Je vous écris de Kampot
Depuis le début de ce voyage, deux chansons m’obsèdent : The four Horsemen des Aphrodite’s Child (the leading horse is white, the second horse is red, the third one is a black, the last one is a green…) et J’taimais tellement fort que j’t’aime encore de Michel Jonasz (Le bruit des fanfares, les trains qui entrent dans les gares, le tam-tam des pays noirs, pourront pas couvrir c’que j’vais dire tu sais, j’t’aimais etc.). J’ai toujours une ou deux chansons qui me trotte dans la tête de façon permanente quand je suis en voyage. Un syndrome de folie obsessionnelle ? Pourquoi ces deux-là ? J‘essaye de remplacer par une autre chanson, mais j’ai trop peur que ça tombe sur la Bonne du curé… Ça serait ballot, ça ajouterait du traumatisme non ? Je vous laisse analyser. C’est en tout cas ce que je chante à tue-tête sur mon scooter dans la campagne de Kep, au sud-est extrême du Cambodge, vers la frontière vietnamienne. 
En face, c’est la grande île (superbe) de Phu Quoc, mais Ah tiens, encore une bizarrerie géographique, regardez la carte, Phu Coq appartient au Vietnam. Les Cambodgiens l’ont encore au travers de la gorge. Ils n’avaient qu’à être plus attentifs lors de la distribution des îles ! Oui oui, Ha Tien, la ville frontière côté Vietnam. Je suis passé par là il y a quelques années. Kep est réputé pour son crabe, dégusté à toutes les sauces. Je ne me prive pas. Kep est une station balnéaire familiale créée par les français il y a un siècle, détruite par les khmers rouges puis remise en état dans les années 80 (Femmes des années 80… vous la tenez ?). C’est weekend, les Cambodgiens viennent en profiter, la petite plage est bien remplie mais les asiatiques ne nagent jamais bien loin du bord. Ils ne nagent pas du tout d’ailleurs, ils pataugent. Ça laisse de la place pour se tremper à l’aise (Mayonnaise). L’eau n’est pas transparente mais qu’est-ce qu’elle est bonne ! Elle est nettoyée tous les matins sinon ce serait un véritable dépotoir des plastiques venus de la mer et des résidus d’emballage des repas des autochtones. Comme souvent partout, je dénonce haut et fort les résidus de plastique sur les bords des routes, dans les champs, au secours. La politique de l’interdiction du plastique jetable n’est pas encore votée ici. Il me semble qu’à chaque fois c’est pire.

Ce n’est pas la plus belle saison pour la campagne, les rizières ne sont pas vertes ni en eau, l’herbe fait un peu foin, il faudrait venir en novembre, après la saison des pluies. Je n’ai pas trouvé les salines que pourtant j’ai gardé en souvenir. Je vais continuer à chercher. Sur la jetée pour l’île aux Lapins, il y a du monde, c’est dimanche, j’irai dans deux jours. Je suis descendu à l’Hôtel de la Plage, tenu par Lili, une Française naturalisée Cambodgienne. Une mine d’informations mais un entourage de pique-assiette assez vulgaire et qui parle fort. Les deux choses combinées font un cocktail qui me dérange. Je fuis dîner ailleurs. D’excellentes king prawns, j’ai fait le bon choix.

Il est temps que je parle des khmers rouges, ces croque-morts sortis du mauvais trou de leur mère pour semer l’effroi, l’impensable, l’inhumain. Comment peut-on accepter soi-même de se comporter de façon aussi ignoble, de s’auto-endoctriner au détriment de ses semblables. Au sortir de la seconde guerre mondiale et de l’horreur nazie, on pouvait dire « Jamais plus ». Jamais plus des êtres humains ne pourraient asservir et exterminer sans émotion d’autres êtres humains. Cela avait commencé par l’esclavage, par les guerres ou les vainqueurs s’appropriaient droit de vie et de mort sur les vaincus, mais dans le monde occidental, qui s’était intellectualisé, qui savait soi-disant réfléchir, voire humanisé, certains avaient réussi à manipuler beaucoup d’autres, à accuser d’autres encore d’être la cause de leurs misères inexistantes parce qu’ils étaient d’origine, d’extraction, de religion ou de couleur différente. Et voilà, des camps de concentration, pim pam poum, vas-y que je t’incinère. Les américains avaient-ils fait mieux avec les indiens ? Et les anglais avec les boers comme je l’ai appris récemment ? Donc jamais plus… Et mauvaise ironie de l’histoire, que fait Israël à Gaza ? La bonne rigolade… Bref, revenons au Cambodge sinon on va s’étriper entre nous. Dans les années 50, le Cambodge déclare son indépendance, ratifiée à la Conférence de Genève en 1954 et le retrait de la France de l’Indochine. Le roi Norodom Sihanouk, peu avare d’ambiguïtés tout au long de sa vie, tente de garder le bien et de promettre le mieux. Méfiant envers les Etats-Unis qui pourtant contribuent au financement de son armée, il se fait copain avec la Chine communiste et le Vietnam du nord (communiste aussi). Corrompu, ainsi que l’élite et la famille royale, il finit par s’aliéner tout le monde, la gauche comme la droite, ce qui l’amène à mettre en place de grandes répressions. Il est le roi tout de même ! Il finit par être destitué et s’exile à Pékin (où il décède en 2012) d’où il crée un parti « Khmer Rouge » que de nombreux adorateurs du roi divin, rejoignent pour cette simple cause. Les vrais khmers rouges, dont le sinistre Pol Pot à sa tête, d’obédience communiste, marxiste, maoïste et toute la cliquiste, profitent de l’aubaine pour lutter dans l’ombre, avec l’aide des vietnamiens du nord d’abord, contre les corrompus du pouvoir et s’allie les mécontents. Dans le climat de guerre froide mondial, le Cambodge vit sous la tension.

Immanquablement, une guerre civile s’installe et le conflit vietnamien déborde sur le territoire du Cambodge, incapable de se défendre. Le Cambodge devient le terrain de bataille entre les vietnamiens du nord qui l’investissent, s’en servant de base pour envahir le Vietnam du Sud, et les américains qui bombardent la zone à qui mieux mieux pour déloger ces derniers, faisant au passage des dizaines de milliers de morts dans les rangs des civils qui ne demandent qu’à pouvoir labourer leur bout de terre pour survivre. Vous avez dit génocide ? D’où mécontentement des paysans, ralliement auprès des vietnamiens et des khmers rouges de la ligne dure. Deux semaines avant la chute de Saïgon, c’est Phnom Penh qui finit par tomber en 1973. En quelques semaines à peine, les khmers rouges installent avec brutalité un changement de société radical. L’idéologie ? Faire du pays une vaste coopérative agricole, avec adhésion de tout le monde, femmes, enfants, vieillards, unijambistes compris. Les populations inutiles, intellectuels, journalistes, médecins… sont éliminées. Les incapables meurent d’épuisement et de faim. Les populations sont déménagées dans les zones rurales pour cultiver. Phnom Penh est vidée. Ça ne marche évidemment pas, les récoltes ne sont pas au rendez-vous, la nourriture manque. Les hésitants sont exécutés. Les cadres du parti s’entêtent dans leur radicalité. Le pays est totalement fermé du monde. Impuissant le monde, ou la tête ailleurs. Sauf peut-être les vietnamiens qui finissent par grignoter le territoire, puissamment armés alors que les cambodgiens n’ont plus que des fourches pour se défendre. Le régime des khmers rouges a duré peu de temps, un peu plus de trois ans, mais quels dégâts ! Deux millions de morts estimés, sur une population totale de moins de huit millions. Exécutés ou morts de maladies ou de faim. Les habitants d’aujourd’hui sont des survivants ou les enfants de survivants.

Mais on ne rebâtit pas un pays qui à tout perdu par un simple claquement de doigts. Il faudra une bonne vingtaine d’années avant que le pays sorte de guerres civiles, de l’emprise vietnamienne et de conflits internes… Retrouve un semblant de stabilité. Je m’aperçois que lors de ma première venue en 2002, les plaies étaient toujours béantes, la misère totale. Je me souviens de ces gamins morveux qui mendiaient autour des tables des restaurants et qu’il fallait évacuer sans ménagement. Croyant être de bons voyageurs, on venait faire les touristes sans cœur parce qu’on ne se rendait pas compte de l’ampleur du désastre, parce qu’on ne pouvait donner à tout le monde, parce qu’on installait une distance aux fins de ne pas se perdre soi-même. Je comprends les états d’âme stérile que l’on peut avoir depuis chez nous (ah les pauvres petits biafrais qui meurent de faim, ah les pauvres ukrainiens qui se font boulotter leur territoire, à pas loin de chez nous ma brave dame que c’est pas malheureux tout ça, ah zut alors le territoire de Gaza qui rétrécit comme peau de chagrin, ces pauvres gens qui perdent leurs hôpitaux les uns après les autres…). Et quand on est sur place, est-on meilleur à siroter nos mojitos ? Rangez vos mouchoirs…
La population cambodgienne aujourd’hui est très jeune, un tiers de la population a moins de 15 ans. L’âge médian n’est que de 25 ans. L’espérance de vie n’est que de 65 ans. Les cambodgiens sont khmers à 90%.

Scooter (6$ la journée). Je file vers la frontière vietnamienne. A droite des salines que je ne retrouve pas, les pluies de ces dernières nuits ont eu raison du sel m’explique-t-on. Je poste des photos d’il y a dix ans. A gauche, une ferme au poivre que je visite avec un coréo-américain qui se la ramène, une jeune allemande de Stuttgart qui lui dit qu’elle n’ira pas aux US dans les quatre ans qui viennent et un monsieur d’origine indéterminée. Je fuis en général les visites de plantations de thé, de fermes aux épices avec visite de la boutique de rigueur. Cette fois-ci c’est bon enfant, assez rapide et convivial. Le poivre de Kampot est reconnu internationalement. Il obéit à un cahier des charges strict. Les khmers rouges, toujours avides de bonnes décisions douces, avaient tout détruit pour faire de la place à la riziculture. Les poivriers ont été replantés par la suite. La zone bénéficie d’une bonne conjonction de terrain, d’ensoleillement et de pluie. Il semblerait néanmoins qu’il pleut moins qu’avant et les fermiers cherchent des productions de remplacement. J’emprunte des pistes pour me perdre, selon mon adage fumeux qu’« un voyage réussi est un voyage où on se perd ». Mais aujourd’hui, Google Maps toujours en poche, je suis un perdant de pacotille. La campagne ressemble bien à l’Asie, quelques reliefs karstiques ponctuent une platitude qui pourrait bien être des rizières bien vertes en saison. J’atteins les grottes de Kampong Trach, petites excavations où les locaux n’ont pas manqué d’installer des petits temples. Un gamin me guide, les montées d’accès sont ardues, surtout en tongs. Vue époustouflante sur la campagne.

Au petit déjeuner, un « couple » mixte, homme âgé (plus que moi, enfin j’espère) et jolie jeune femme, tous frais payés. Lui arrive d’abord, ridicule dans une espèce de pyjama bermuda blanc avec gros motifs verts de palmiers. Mademoiselle arrive derrière en robe confectionnée dans le même tissu qui lui va bien. Comme ces jumeaux qu’on s’échine à habiller pareil. Façon d’affermir leur relation sentimentale ? Je me tords de rire tellement lui, béat devant sa dulcinée polie, ressemble à un guignol. Le ridicule ne le tue pas, pas encore. Mais ce serait lui rendre service :)

Je vais passer la nuit à l’île aux lapins (Rabbit island ou Koh Tunsay). Aucun lapin n’y gambade à ma connaissance. C’est paraît-il la forme de l’île qui a donné son nom. Il faudrait être un drone pour le confirmer. Vingt minutes de bateau (10$ AR). Débarquement sur la petite plage mignonne et tranquille bordée de bungalows et de petits restaurants. A fuir le weekend, sinon c’est le paradis. Le ministre des Travaux Publics a obtenu une concession sur l’île où il fait construire un resort. Vous avez dit corruption ? Bref, dépêchez-vous de venir avant que qu’à nouveau une île du golfe de Thaïlande reçoive des hordes de touristes et la dénaturent. Les travaux sont pour l’instant à l’arrêt. Problèmes techniques… Je pars faire le tour de l’île. Il fait chaud, je transpire, c’est calme et sans intérêt ravageur. A mi-parcours, c’est un cul de sac entre mangrove et rochers. Je fais demi-tour. Deux demi-tours en valent un complet. De l’autre côté, le rivage est plus sale, la mer colporte ses déchets sans que personne ne les évacue. Pas d’électricité sur l’île. Des générateurs fournissent lumière et courant de 18h30 à 23 heures. Tous à vos chargeurs !

Autant mon mois sud-africain a été muet, presqu’asocial, autant ici j’engrange les conversations avec les voyageurs et les nombreux français. Au hasard des pauses, des transports, des moments. Il y a Marc, français d’origine mais quarteron (sa grand-mère, qu’il n’a pas connue, était cambodgienne). L’histoire est intéressante. Cette grand-mère, danseuse dans le ballet royal, avait eu deux filles avec un italien retourné en Europe. De relative bonne extraction, elle avait eu la possibilité d’envoyer les petites vers leur père pour leur assurer un avenir. Dans les années cinquante, le voyage se faisait en bateau et c’était long. Lorsqu’elles débarquèrent à Marseille, c’était l’hiver 54, il faisait froid et le contraste avec la touffeur tropicale avait été rude. Des bonnes sœurs les avaient accueillies en leur annonçant que leur père était décédé. Elles étaient orphelines. Les bonnes sœurs, peaux de vache comme seules peuvent l’être des bonnes sœurs, les avaient recueillies à la dure, pour en faire de bonnes petites françaises, leur interdisant de communiquer en khmer entre elles. Bon an mal an, la mère de Marc, installée en Ardèche, a épousé un français. Ils ont eu deux enfants, Marc et sa petite sœur. Ils ont divorcé assez vite mais sont restés amis. Après cinquante ans sans revoir son pays, ni jamais sa mère, allant mal physiquement et moralement, la maman est retournée au Cambodge. Elle avait soixante ans. C’était en 2004. Ce voyage l’a totalement ressourcée. Elle était accompagnée de sa famille. Marc, qui se cherchait, voyageait beaucoup sans pouvoir se fixer. Il a eu une sorte de révélation. Son point d’attache serait le Cambodge. Il vit à Kep depuis vingt ans, fait de la production musicale, a monté un restaurant avec sa compagne cambodgienne. Ils ont l’air de mener une vie tranquille avec leur chien husky, dont on se demande bien comment il a atterri sous les tropiques. Marc a obtenu la nationalité cambodgienne du fait de son sang cambo. Ils viennent sur l’île aux lapins tous les mardis. La maman est retournée en Ardèche où elle s’est à nouveau mariée à un français. La petite sœur est en France et vient deux fois par an au Cambodge voir son frère. Le père, qui n’avait aucune racine cambodgienne, est venu s’établir à Phnom Penh, vit avec une compagne du cru et a ouvert un restaurant sur le Riverside de PP. Marc et lui s’entendent parfaitement et se voient régulièrement. J’engage Marc à écrire cette histoire qui part dans plusieurs sens : la grand-mère danseuse, le voyage en bateau, l’éducation française, le chassé-croisé entre une cambodgienne qui s’établit en France et un français qui vient résider au Cambodge, un français qui s’échappe de partout et trouve sa place et son équilibre à la pointe d’une de ses racines…
Je lui raconte le bouquin que j’ai écrit sur mon grand-père, pour ne pas perdre la mémoire. Il s’intéresse à mon histoire. Il me dit que ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, que son père écrit bien… Quand nous nous quittons, il me dit qu’il a apprécié ma philosophie de la vie. Je lui réponds qu’il n’est pas en reste. A la (non)revoyure.

Il y a ce jeune couple qui revient de deux années en Australie. Ils ont travaillé dans la restauration, dans la blanchisserie, dans des fermes… Il est temps pour eux de rentrer. Ils sont nombreux, nos jeunes, à tenter l’aventure au loin, presque le plus loin possible de l’hexagone. S’ils pouvaient aller sur la Lune… Ils rentrent en France pour déposer des CV, se stabiliser. Ils s’offrent un sas de décompression de deux mois, d’abord en Indonésie, puis ici au Cambodge. Ils sont vers la fin et je sens que ça les travaille. Ils me précisent qu’avant l’Australie, ils ont passé plusieurs années en Nouvelle-Calédonie. Je ne donne pas cher de leur maintien durable en métropole.

Et puis ce couple de profs ardennais qui profite des quinze jours de vacances pour s’évader au Cambodge. Ils ont fait appel à une agence qui leur a organisé un circuit sur mesure. C’est un peu plus cher, disent-ils, mais ils n’ont pas le temps (ni l’envie) d’organiser sur place, ce que je comprends parfaitement avec ces contraintes temporelles. Ils sont accompagnés d’une guide qui a 72 ans, qui a un peps d’enfer et un optimisme à toute épreuve. Elle a traversé la grande épreuve imposée par les khmers rouges, a étudié à l’école de la survie et montre une résilience incroyable, marque de fabrique de ses compatriotes. Elle croit en l’avenir de son pays, en reconstruction pas à pas.

Il y a encore cette maman célibataire, Stéphanie, qui trimballe ses deux filles régulièrement dans ses voyages. L’une a 21 ans, travaille chez Truffaut au rayon animalerie et ne manque sous aucun prétexte les départs de sa mère. D’ailleurs, à son retour en France, elle enverra des CV ailleurs. Truffaut paye vraiment trop mal pour la quantité de boulot demandée. La deuxième fille est plus jeune et va encore au lycée. La maman a obtenu facilement une dérogation du proviseur (enthousiaste) pour qu’elle manque une semaine d’école. Le voyage est un excellent apprentissage. Nous sommes tous d’accord là-dessus, Trois semaines à la confrontation du monde valent mille leçons.

Il y en a d’autres, tous enthousiastes sur le Cambodge et les cambodgiens, la facilité à voyager, l’évasion de l’hiver, de la politique, des français… « Ca fait un bien fou cette fuite organisée » me dit un de ces voyageurs qui a un peu de bouteille. Alors on trinque…
Je ne me m'approche pas des jeunes couples accompagnés de leurs jeunes enfants car ce sont les vacances. Allez savoir pourquoi 😉 De toute façon, ils se regroupent entre eux. « Alors votre Jean-Gaspard ira à Sainte Marie-Cécile ? C’est merveilleux. Nous on a préféré le public pour Barnabé, ça nous semble plus formateur. Damien, arrête de jouer avec tes crottes de nez. Non, tu ne t’approches pas de l’eau, tu ne sais pas encore nager, ouin ouin… On finit de manger et après tu pourras aller faire pipi. Oui oui, la grosse commission aussi. Papa t'accompagnera (c'est le papa qui parle, note de la rédaction)... Pourquoi elle a des grosses fesses la dame ? Euh, excusez-nous Madame... ». Voilà un couple qui vient s'asseoir à côté de moi, avec un mongolito blond et surexcité. Tant pis pour mon petit déjeuner au calme à regarder passer les bateaux de la rivière.

Je multiplie les bains de mer et, pour une fois, je nage sans vagues. Je n’ai pas apporté assez d’argent, je quitte l’île. Je ne vais pas loin. Kampot est à trente kilomètres à peine de Kep. Je vais me poser aux Manguiers, resort en bord de rivière, incroyable de calme et de sérénité. Je vais y prolonger mon temps plus ou moins prévu. Je sillonne les alentours en scooter (4$ la journée, il n’y a pas à se priver). Quelques pagodes sans intérêt remarquable, mais ce sont toujours des espaces de quiétude. L’un est accolé à une école. J’attends la sortie des classes, c’est toujours un grand moment de joie pour eux et pour moi. Quelques pistes où je ne me perds pas plus que ça. Descente au sud vers les marais salants aussi décevants que ceux de Kep, ce n’est pas la saison. Mais c’est la vraie campagne et le scooter donne un air de liberté appréciable. Kampot, poivre et sel, est une ville en évolution. Des immeubles se montent. Elle perd son atmosphère coloniale d’il n’y a pas si longtemps. Le long de la rivière, les touristes gardent encore les terrasses qu’ils aiment, quelques guesthouses et bars pour se sentir bien, des bars du soir pour messieurs en manque de compagnie. Je ne me rends à la ville que durant la journée, et j'y vois traîner une faune de vieux loups occidentaux tatoués qui, à mon sens, ne viennent pas faire du tourisme culturel. Ou la culture de certains champignons peut-être... Je reviens chaque jour me baigner dans la rivière, l’eau est chaude et douce.

Un peu à l’ouest, c’est la grimpée vers la station climatique de Bokor. Bokor ? Vous pensez à moi ? Merci Bokou 😊 Station créée par les français il y a un siècle. Des maisons abandonnées, autrefois squattées et taguées à l’intérieur. Impressions fantomatiques. Une église que les khmers rouges n’ont pas démolie surplombe la vallée, mais surtout des horreurs de constructions en cours, un immense casino et des barres d’immeubles. Projet résidentiel d’altitude réalisée par qui ? Voyons, un peu d’effort svp… Les chinois bien sûr, plaie de l’univers. Des magasins de rez-de-chaussée sont déjà ouverts. Les enseignes sont toutes en chinois. J’aimerais bien voir le cahier des charges, constater comment, encore, les chinois s’accaparent sans scrupules… Mais la balade est belle, la montée à 1.000 mètres d’altitude est facile. Par endroits, les macaques font une haie d’honneur au bord de la route. Je comprends quand de la voiture qui me précède au ralenti, de la nourriture est jetée par les fenêtres. C’est la ruée des singes. Qu’il n’y en ait pas un qui se trompe et vienne s’agripper à mes mollets nus. Les nuages sont bas aujourd’hui et bien chargés d’humidité. Je traverse quelques zones d’intense brouillard sur chaussée humide. Attention…

Il y a des petites communautés musulmanes regroupées autour de petites mosquées sans muezzin horripilant. Elles sont de deux origines : malaisiennes (ils s'appelent eux-mêmes les khmers islam) et cham (ethnie du centre du Vietnam qui avait créé l'état Champa aujourd'hui disparu). Des missionnaires avaient fait le travail au nom d'Allah (qui est grand).

Hôtels
A Kep, l’Hôtel de la Plage – petite chambre à 15$ la nuit (25$ avec la clim), restaurant en terrasse au rdc, plage de l’autre côté de la route. Parfait. Clientèle très française. Location de scooter (6$/j)
A Kampot, Les Manguiers, resort créé par un français et sa femme cambodgienne, Jean-Yves et Phrae – petite chambre mimi à 15$ la nuit avec salle de bains à partager (avec moi-même durant mon séjour, dans une grande maison indépendante. Sinon il y a aussi des grandes maisons sur pilotis (plus cher) – au bord de la rivière, baignades et kayak tranquille. A deux kilomètres de Kampot ville, donc être véhiculé. Location de scooter (4$/j) – proposent des sorties et activités, grand terrain, et restaurant.
