Je vous écris de Montagu, KM 4.200


Courrier des lecteurs

Suite à la récente grève de la SNCL, Société Nationale du Courrier des Lecteurs, nous ne sommes pas en mesure d’ouvrir la rubrique courrier. Néanmoins, notre excellent, spirituel, brillant et talentueux confrère ERicW, qui se la coule douce quelque part vers l’Océan Indien, nous a adressé une question soi-disant perdue dans un tiroir du bureau de son manoir de 25 pièces, qu’il a acquis grâce à la cagnotte litchi lancée auprès de ses lectrices…


Cher ERicW, Dès que je lis une de vos chroniques, je suis soit frigorifiée de stupéfaction par l’excellence qui vous anime, soit emportée dans des chaleurs extrêmes par les mots exquis que vous assemblez avec tant de justesse et qui me semblent souvent destinés. Je suis persuadée qu’un fluide passionnel nous relie. Merci de me provoquer tant d’émois. Les émotions qui me bouleversent aujourd’hui me donnent le courage de vous poser une question. J’imagine qu’hélas vous avez bien mieux à faire que de répondre à une micro-souillon telle que ma personne, mais c’est aujourd’hui jour de repos et il n’y a rien à la télé pour m’occuper. Donc je me lance. Depuis quelques temps, vous nous parlez de Karoo par-ci, de Karoo par-là, mais qu’est-ce exactement que le Karoo ? Un plat qui se mange tiède ? Un rite sacrificiel indigène ? Une plante médicinale de la savane africaine ? Un dialecte local ? Ici nous avons le vieux Bayroo, est-ce en rapport ? Mes mains sont moites, mes aisselles autant et c'est moins reluisant pour les fins odorats, et mon cœur bat la chamade rien qu’à l’espoir de votre réponse.

LaNigaude337LNHO


Chère LaNigaude337LNHO, ne te mets pas dans cet état de soumission pour si peu. Plusieurs sont tombées en dépression, quelques-unes se sont même, paraît-il, suicidées, rien qu’à mon évocation stérile, car, tel un monarque des temps anciens, je ne m’abaisse à satisfaire les désirs et fantasmes vulgaires de femmes mal nées telles que toi. Comme tu portes bien ton pseudo. Le Karoo est une vaste zone aride, région semi-désertique, parfois fertile, parfois moins, où gambadent autruches, zèbres et antilopes. Elle recouvre un tiers de la surface de l’AFS. On trouve le petit Karoo au sud, juste derrière les montagnes de la côte, et le grand Karoo au-dessus. Karoo veut dire « pays de la soif ». Les boers qui s’y sont installés sont juste des toqués du ciboulot, mais ont bâti quelques jolies villes perdues de tout, comme Prince Albert et Graaff Reinet. Mais bon voilà, comme le dit si bien un vieux dicton que je viens d’inventer : « Karoo, car où qu’tu naisses, au Karoo tu restes, car où qu’tu ailles, y’a qu’le Karoo qui t’aille ». Je sais que tu vas encore admirer mes talents de créativité, comme ça, au débotté, ce qui ne va qu’ajouter à ton admiration pénible (pour moi), mais je prends le risque.  Voilà LaNigaude337LNHO, tu peux retourner jouer aux billes avec tes crottes de nez 😊

Depuis le Malealea Lodge, où l’on pleure presque de me voir partir, la route est tranquille jusqu’à l’embranchement de la Sephapos Gate. Nous sommes dimanche, c’est jour de messe. Certains sont habillés avec de longues toges voyantes comme s’ils allaient au gospel (the queen ?). Là démarrent six kilomètres de piste pas terrible, très caillouteuse, où la seconde l’emporte sur la troisième. Rien ne signale les postes-frontières. Aucun drapeau. Côté Lesotho, une simple barrière actionnée manuellement par un garde qui m’a dit qu’il était important de mettre un tampon sur le passeport, et que c’était pourquoi il fallait s’arrêter. Il renvoie sa ribambelle de gamins de son bureau-maison par un hurlement qui les fait éclater de rire mais se débander quand même et nous voilà au calme, et lui tout sourire. Il remplit un vieux cahier de passage, avec colonnes tracées à la main, qui pourrait être celui d’un hôtel. Je remplis et je signe. Ce n’est pas ici qu’on va me retrouver si jamais on perdait ma trace.

« Combien y a-t-il de passages à ce poste-frontière ? »

« Cette semaine il y en a eu quatre », me répond-il. Puis il va lever la barrière, on se salue. « Kia Leboha ». Il me sourit. Je roule sur un carré d’herbe bosselé. J’ai l’impression de passer un passage à niveau de campagne ou une écluse. Je m’arrête au poste sud-africain, un peu plus structuré en apparence, mais guère. Il n’y a personne dans le bureau. Je pourrais voler des tampons ou des stylos. Je dis « hello ». Ça remue, un type sort de sa sieste matinale et reboutonne le haut de sa chemise. « Wait a minute ». Il va chercher un collègue à l’arrière. Ici, ils sont deux. Deux fois plus de moyens qu’au Lesotho donc. Ils doivent s’emmerder sec ces gars, promis à la dépression ou au suicide.

« Combien y a-t-il de passages à ce poste-frontière ? »

« Vous êtes le premier aujourd’hui ». Le gars me souhaite bonne route, route qui est bonne mais encore non bitumée sur 15 kms.

Le changement est flagrant. J’arrive dans une vaste savane semi-sèche. Mes premiers springboks et mes premiers koudous. Coup double donc (jeu de mots…). Je retrouve les routes toute droites et les excès de vitesse. C’est aux abords des villes que je me fais systématiquement avoir, quand il faut être à 60km/h max et que ce n’est pas indiqué et que ça ne se justifie pas. J’évite quelques babouins, et d’autres animaux sur pattes, genre écureuils, que je n’ai jamais vus. Je ne vais pas donner de nom à tout le monde. Appelons-les les François. Dans la famille François, je voudrais Claude, je voudrais Frédéric, je voudrais Jacques… Déjeuner à Rouxville, dernière ville de l’Etat Libre, j’ai la chance de dégoter quelque chose de très bien et d’ouvert (dimanche). Puis je me pose à Burgersdorp, ville fantôme. J’ai été abusé par les images vues du ciel sur Internet. Cela ressemblait à l’un de nos villages concentré autour de son église. Je n’ai pas bien réfléchi où je me trouvais. Dans la réalité, c’est dimanche et c’est mort. Heureusement il y a la piscine de l’hôtel, un peu dans les hauteurs, pas désagréable. L’atmosphère est chaude et sèche. La logeuse m’accompagne dans un supermarché tenu par des indiens, ouvert, pour que je puisse m’acheter une boîte de conserve pour mon dîner puisqu’aucun restaurant ne sera ouvert ce soir. Ca fait partie du voyage, c’est bien aussi.

Intermède linguistique :

Il y a 11 langues officielles en AFS : l’afrikaans, l’anglais et 9 langues autochtones dont le zoulou, le tsonga (pas obligé de s’appeler Jo-Wilfried), le xhosa (qui semble être celle de là où je me trouve), le sotho (dire soutou) parlé par les basothos (dire bassoutou)… L’anglais est la langue partagée, mais le zoulou est la langue la plus parlée (par ¼ de la population). Mais il y a des régions où le zoulou n’est pas du tout parlé, comme dans la province du Cap où c’est l’anglais qui l’emporte avec 28% de locuteurs. Les blancs parlent anglais ou afrikaans. Normalement tous les afrikaners apprennent l’anglais à l’école et le parlent aussi. L’afrikaans est un dérivé du hollandais, venu avec les premiers colons. Il a évolué de son côté quand les contacts se sont perdus. Sans doute comme le québécois et le français.

Je décide, pour une fois, une longue route vers le sud, plus de 350 kms. Quand je dis long, c’est long sur ces routes toute droites… Imaginez faire 100 kms tout droit, à 100 km/h sur une route limitée à 120 km/h mais de la taille de nos départementales. Je vous mets au défi. Par exemple, entre Steynsburg et Cradock. C’est à Cradock que je dépose mon autostoppeur de 120 kilos sans compter ses sacs, qui contribue à maintenir au sol ma berline qui vole dès qu’il y a deux nœuds de vent. Il ne parle pas. On ne se dit rien. Certains diront que ça veut dire beaucoup. C’est peut-être un détail pour vous. Il met sa main à la poche. Je lui fais comprendre que ça ira pour cette fois. Cradock ne porte pas bien son nom. Son centre est très propre avec quelques jolis bâtiments bien blancs. J’y déjeune et retaille la route. Pas loin, le Mountain Zebra National Park, pour ceux qui ont envie de voir des zèbres (des montagnes). Plus ça va, plus cela devient vert. Des grands champs de maïs et autres avec grands arrosages sophistiqués par endroits. Et la route s’élargit, devient une presque autoroute avec zones de dépassement fréquents, et tournante pour passer les montagnes qui séparent le Karoo de la côte. Quelques kilomètres avant Port Elizabeth, il y a l’Addo Elephant Park, pour ceux qui ont envie de voir des éléphants. Il paraît que dans la boutique du parc, ils vendent des sacs à dos 😊. Je m’arrête au Nanaga Farmstall, grand centre de produits fermiers frais et conditionnés. Ça me rappelle un peu de bon temps.

Intermède géographique :

La plus longue frontière de l’AFS est avec le(s) océan(s), 2.850 kms de côtes, un grand sourire depuis la Namibie au nord-ouest jusqu’au Mozambique au nord-est. Cela paraît beaucoup, mais, en définitive, la France métropolitaine a 4.700 kms de côtes (c’est ce que je lis sur Internet, j’ai des doutes). Au nord, entre la Namibie (capitale Windhoek) et le Mozambique (capitale Maputo), se coincent le Botswana (capitale Gaborone) et le Zimbabwe (capitale Harare), sans compter l’Eswatini, ex Swatziland (capitale Mbabane) en tampon entre l’AFS et le Mozambique. Sérieusement, vous en connaissiez combien des capitales ? 😉 Et d’ailleurs, comme ça en spontané, quelle est la capitale de l’AFS ?

L’arrivée sur Port Elizabeth est particulière. Côté est, ce sont les usines, les faubourgs, les bretelles que je loupe l’une après l’autre pour me retrouver dans une ville noire, peuplée mais d’apparence à l’abandon, et à l’ouest, vers Summerstrand, où je vais me poser, et c’est sans intention, le front de mer propre avec de beaux immeubles, des grandes plages, très aéré et propre. Le contraste, toujours, qui me saisit, m’obnubile, me turlupine, m’enquiquine et me perturbuline. Je dîne d’un médaillon de springbok avec un verre de Chardonnay face à l’océan.

Je vais me baigner, l’eau est excellente. L’Océan Indien est vraiment plus acceptable que l’Atlantique. Toujours des vagues qui empêchent de nager. Port Elizabeth… mais il ne faut plus l’appeler comme ça. Maintenant c’est Gqebeha, du nom qui traverse la ville en xhosa. Une façon d’effacer le passé colonial ? Les détracteurs de ce changement disent que ça va coûter des mille et des cents, et même des cent milles…

PE ne se parcoure pas à pied, trop vaste, pas de vrai centre, points d’intérêts éloignés. Un charmant musée, le Nelson Mandela Metropolitan Art Museum, qui regroupe des artistes sud-africains. Il y a un peu de tout. L’occasion de prendre le frais.

Becassine (ma voiture) veut du mouvement. On repart. Je choisis les petites routes côtières. L’évocation des petites routes me ramène à mon enFrance. Pour les rentrées de weekend, mon père disait : « on va prendre les petites routes pour éviter les embouteillages ». Résultat des courses, on n’en finissait pas de faire des tours et de circonvuler pour éviter les fameux embouteillages que nous finissions toujours par attraper car il fallait bien qu'on approche de Paris à un moment ou à un autre… Gagnions-nous du temps ? Pas sûr, mais en tout cas la famille était réunie sans échappatoire possible, on chantait des canons, on jouait à des jeux de mots, aux départements et il y en avait toujours un pour demander « on arrive quand ? »

Longer la côte est sympa comme tout. Déchiquetée la côte. Les pirates n’arriveront pas par là ou ils fracasseront leurs embarcations. L’océan se déchaîne à longueur d’année et l’homme n’y pourra jamais rien contre cela. L’océan gagnera. A St Francis Bay, ils apportent des grosses pierres qu’ils empilent pour empêcher les marées de grignoter le sable sous les maisons. Comme partout. De temps en temps, il y a des regroupements de jolies maisons secondaires avec gazon bien tondu et braii pour les sirloins. Pas la moindre possibilité d’entrer dans l’eau. Ils ne savent pas nager sans doute. Tout d’un coup c’est l’ouverture, une longue plage qui s’étend en contrebas, toujours percutée par les vagues, inlassablement. Il n’y a rien de plus patient que les vagues. De temps en temps une tempête peut-être. Et ça recommence. On sera morts que ça continuera. Et voilà la dune du Pyla. Amoncellement de sable incongru, comme un commencement de désert. Et pourtant c’est bien vert sur l’arrière.

A Jeffrey’s Bay, je me gare devant la grande plage qui dispose, paraît-il, de la vague idéale. Les surfeurs viennent du monde entier. Encore une superbe plage que les baigneurs n’auront pas. Avec un peu d’effort, il suffit d’aller derrière la vague, ça semble plus calme pour la nage. Moi je verrais bien un concours de cerfs-volants sur cette plage plein vent. J’en toucherai deux mots au syndicat d’initiative. La station est blanche. Je me croirais bien en vacances. Il fallait bien qu’il y ait un township sur l’arrière. Je le découvre en quittant la ville.

Et puis enfin St Francis Bay où je me pose dans un superbe cottage. C’est une station balnéaire huppée, qui ressemblerait presqu’à Carnac-Plage avec ses maisons blanches aux toits marrons noirs, disposées au bonheur la chance. D’ailleurs il fait un temps breton aujourd’hui. Beaucoup de ces maisons ont un toit de chaume. Je me croirais bien en vacances. En allant vers le Cap St Francis, voici à gauche le pire township que j’ai vu jusque-là. Peut-être bien parce que, pour une fois, il n’est pas enclos d’un haut mur et que je peux voir l’intérieur depuis la route. Bicoques vraiment en mauvais état, allées étroites qui doivent être bien boueuses par temps de pluie. Quel contraste avec l’apparat des maisons des gens "bien". Je n’ai pas le pouvoir de juger. Il est trop facile d’exprimer des scrupules quand on n’est que de passage et qu’on ne met jamais les pieds dans le 93 sauf pour aller au Stade de France par le RER, ou qu’on va prendre l’avion à Roissy ! C’est l’heure de la débauche des femmes de ménage et des jardiniers. Ils tendent le bras au bord de la route. Je prends une autostoppeuse (ne vous emballez pas) dont je ne comprends pas la destination finale, mais c’est dans le même sens que mon trajet. Pour qu’elle ne s’emballe pas à me parler trop vite, je lui dis « I’m french ». Et elle me répond « Oh, nice to meet you, I’m Nancy ». La voilà la solution, l’information « deux en un ».

Temps gris aujourd’hui et petite pluie intermittente. C’est inédit. La météo s’est mis le doigt dans l’œil, dans le nez et peut-être ailleurs. Alors en voilà un scoop : la météo a un doigt, un œil, un nez, et peut-être bien un ailleurs 😊. La Garden Route, entre côte et montagne, est une grande zone verte, beaucoup de conifères et de bruyère. On traverse le joli Tsisikanuna park. Quelques gorges profondes (ne vous emballez pas messieurs !), des plages retirées avec déferlantes implaccables et lagons tout calmes juste derrière (Natural Valley par exemple). Deux stations balnéaires prisées : Pletterberg Bay où je déjeune d’un fish and chips et Knysna où je pose le sac. La montée à la guesthouse est ardue, mais la récompense, vue sur le grand lagon, est très sympa. Je descendrai en ville une fois, pas plus. Knysna n’est pas installée directement au bord de la mer comme pourrait le laisser supposer la carte. La mer, on l’aperçoit dans l’échancrure de la petite montagne qui borde la côte. On voit l’écume des vagues qui viennent s’y bloquer et passer gentiment au-dessus de la barrière pour former un vaste lagon. C'est au bord de ce lagon que s’est construite Knysna. Des bateaux de plaisance y sont mouillés. Je ne vois pas tellement l’intérêt puisque l’accès à la mer est bloqué et le lagon, tranquille et calme comme un lac, est vaste, mais de là à naviguer au long cours… Il y a un yacht club, vraisemblablement un Rotary club, un men’s club, un sandwich club… où s’amassent les blancs. On dirait que tous les blancs d’AFS sont là. Et pas n'importe quels blancs, pas ceux du Karoo, fermiers et descendants des fermiers boers, les afrikaners, déformés par des générations de travail manuel et qui s'habillent comme des sacs. Ceux qui viennent à Knysna parlent anglais, portent un bermuda propre et un pull sur les épaules comme à La Baule ou une robe légère avec odeurs de parfum à la traïne. Pas un noir à l’horizon, sauf les serveurs (et veuses) des restaurants. Ca ne me rend pas très à l’aise cette répartition sociétale, bien que j’en profite…

Dernier bain de mer à Buffalo Bay. Dernier bain de mer sud africain car j’ai décidé de ma fin de parcours, et il n’y aura plus la mer… ni ta sœur… comme toujours… La Garden Route est vraiment magnifique. Je la quitte à hauteur de George et entre dans les terres. Le paysage change vite, retour à l’aridité. Tout le monde chante avec moi : « Mets tes deux pieds en canard, c’est le Karoo qui redémarre »…Voilà, c’est bien en tête pour une partie de la journée. Retour à Oudtshoorn, la capitale de l’autruche. Remember ? Il refait très chaud, fini le climat « méditerranéen de la côte, 40°C me dit ma logeuse. Mais moi, ce ne sont pas les autruches que je viens voir, mais les suricates (Meerkats en sud-africain).

L’appellation suricate viendrait du français souris. Allez zou, un petit coup de Marseillaise… J’ai réservé cette attraction. Je m’imaginais être seul, nous sommes cinquante. Répartis en deux groupes. Moi je suis dans le groupe Dumba. Après un petit show sur un serpent corail, soi-disant trouvé la veille pour le remettre en liberté (cela me fait penser aux oiseaux en cage qu’on libère contre monnaie, mais qui reviennent plus tard dans leur cage)… Donc après ce show et un briefing, nous partons dans le bush assister au réveil d’une famille d’une douzaine de suricates. Il est six heures du matin. Ils sont totalement sauvages, non nourris et sans contacts avec l’humain. Mais ils ne sont pas effrayés quoiqu'ils restent à distance, et nous aussi, installés en rond dans des fauteuils pliants, on peut même parler fort. C’est mignon, à faire une fois dans sa vie. Je les aurais imaginés plus gros.

La route 62 me mène à Montagu. Route rapide et sympa comme tout, en montées et en descentes, et aussi en circonvolutions. Je tente le « deux en un » :

« Good morning, I’m French »

« Oh, you’re fridge ? »

« Euh, I come from France »

« … » (sourire commercial de la patronne du coffee shop de Calitzop qui n'a absolument rien compris à la conversation). 

« Can I please have a capuccino on the terrace ? ». Ça elle comprend…

Plus loin, avant Barrydale, les gens s’arrêtent au Ronnie’s Sex shop. En fait, des plaisantins ont ajouté le « sex » entre « Ronnie’s » et « Shop » et Ronnie, bougon à longue barbe façon Hell’s angel, n’a pas effacé. Ça amène les curieux qui viennent consommer. Dans le bar, du plafond sont suspendus des kyrielles de soutiens-gorges. Ronnie s’est adapté et Madame Ronnie a le choix. Les toilettes et l’ensemble des murs sont tagués par les gens de passage. Une affaire qui marche. Avant d’arriver à Montagu, grandes exploitations fruitières et vignes. On entre dans le vif de la viticulture.

Message personnel pour la petite Tiphaine qui va abandonner bientôt ses parents pour se rendre en AFS. Tiphaine, je ne la connais ni de mes lèvres ni de ma dent (creuse), mais je sais qu’elle lit mes talentueuses élucubrations avec intérêt et gourmandise 😊. Voici les restaurants que j’ai aimés jusqu’à présent :

Cape Town, à condition d’être vers Claremont, le Cool Runnings Claremont, ambiance cool, soi-disant jamaïcaine, il y a tout ce qu’on veut, de la pizza au fish and chips et plats traditionnels. Certainement de bonnes options si on est à Cape Town même.

Prince Albert, sans discuter, le Karoo Kombuis, cuisine familiale comme à la maison. L’incontournable est l’agneau braisé diablement tendre et bon. Il faut apporter son vin. Sinon, le Prince Albert Café est une très bonne option, un peu plus raffinée, viande excellente.

Graaff Reinet, le meilleur restaurant est le Frontiers avec sa grande cour extérieure. Le meilleur steack d’autruche que j’ai mangé, d’une tendreté incroyable. La tourte à la viande est très bien aussi et copieuse.

Mossel Bay, aller au Mozambik, ambiance relax et affairée en même temps. J’y ai dégusté une marmite de moules parfaites.

Clarens, le Clementines Restaurant & Bar, la carte est très fournie, je me suis contenté d’un carpaccio de springbok, rien que ça 😊

Port Elizabeth, plusieurs adresses vraiment bien : Le Ramos, restaurant italien, ça ne fait pas de mal de changer de régime, j’y ai mangé une salade pêche gorgonzola miam miam, à condition d’aimer le gorgonzola bien sûr. A Summerstrand, le Coachman Restaurant, face à l’océan, la salle est immense, un peu chicos mais on s’en fiche vite, pour moi c’était un médaillon de springbok très bien, tendre et tout. Le Something Good Roadhouse, décontracté et à toute heure au-dessus de la plage, là où j’allais prendre mon capuccino du matin, j’ai pris une marmite de moules qui aurait pu être mieux mais il y a plein de choses à la carte.

St Francis Bay, le Peri peri, soi-disant d’inspiration portuguaise, quand j’ai dit obrigado, personne n’a compris, pour sa situation au-dessus des canaux et son trinchado, morceaux de bœuf dans une sauce épicée, diablement bon !

Knysna, le Sirocco au bord du lagon, un bon pavé de bœuf (mais je n’ai jamais été déçu par la tendreté de la viande) accompagné d’un bon Pinotage…

Oudtshoorn, sans contestation possible, le Nostalgie, ils sont spécialisés dans l’autruche. En carpaccio, en kebab, en filet, stroganoff, en salade, en wrap, en burger, en tourte… Ah, fait pas bon être autruche dans les parages ! Pour ma part, j’ai dégusté un jarret d’autruche braisé en cuisson très lente (quatre heures) sur sa purée maison. Voï voï voï !

Montagu, Leon's on 62, parmi les plusieurs qui ont l'air bien dans la ville, celui-ci propose de la cuisine familiale traditionnelle. Un bobotie pour moi. Excellent.

C'est le premier voyage lointain où je ne me contente pas de me nourrir, mais je déguste. Plus dure sera la suite...


Alertes excès de vitesse : 18. Cela fait plusieurs jours que je n’en ai pas. Les caméras doivent être en grève, ou bien ils se sont lassés de me contrarier.


Hôtels, tous réservés sur Booking.com

Port Elizabeth – The Russel GH – 32 €/nuit, (bon) PD compris – piscine très bien – surprise en arrivant, il n’y a pas de fenêtre sur l’extérieur, je râle, mais c’est comme ça. Chambre de bonne taille mais classique, sans charme particulier, pas loin de la mer et de la plage.

St Francis Bay – Cottage on College – 32€/nuit – juste superbe, grande chambre ultra propre donnant sur un grand jardin, calme, l’endroit où on se sent bien en sécurité

Knysna – Knysna Paradis GH – 30€/nuit, PD compris – vue extraordinaire sur le lagon depuis la chambre, mais ça se mérite, ça grimpe sec pour accéder, chambre de bonne taille, sans cachet particulier, mais putain la vue 😊

Oudtshoorn – Oasis Shanti Backpackers – 28€/nuit – petit bungalow au bord de la piscine où je me baigne trois fois, c’est au moins ce qu’il me fallait

Montagu – Anchorage Inn – 29€/nuit – Magnifique et vaste chambre un peu à l’écart de la ville (10 minutes à pied du centre) avec cuisine équipée et clim.


Dans l'attente de votre retour, j'espère vous transporter