4-SAN JOSE ET PLUS
Bonjouratous,
Le bus de 13h arrive à vide mais à 15… Il pleut durant quasiment tout le trajet. La température extérieure est indiquée dans la cabine. Elle baisse régulièrement. Nous passons de 25°C à Puerto Viejo à 13°C à San José. Je n’étais pas prévenu. Que fait la compagnie ? Cinq heures plus tard, le bus nous vomit au Terminal Atlantico Norte. Il est 20h. Il fait nuit noire. C’est la zone. Je snobe les taxis qui nous assaillent à la descente du bus. La course Uber coûte 2 dollars. Je préfère les dix minutes à pied pour l’hôtel. Mais pourquoi ??? Bref, je serre les fesses et je montre que je suis sûr de moi. Personne dans la rue que des groupes de mecs aux mines pas très tibulaires. Je contourne. Plus que 6 minutes. J’y vais même d’un « buon approveccho » sans tremolo dans la voix à trois gars qui raclent leur gamelle en polystyrène. Ils me répondent « gracias » en chœur. J’ai une destinée de parrain en devenir dans cette ville ! Plus que 5 minutes, et 3. M’y voilà. L’hôtel Quinta Avenida que j’ai choisi pour son prix. Je ne ressortirai pas ce soir, j’ai quelques gâteaux en réserve. Il est dit qu’au Costa Rica, à 21h, il est minuit. C’est le cas dans mon quartier en tout cas. Je le confirme après plusieurs jours. Ma voisine de chambre sort quand j’arrive. Courte accoutrée comme elle est, elle ne part pas sucer que des glaces ! Mon voisin, quant à lui, va parler toute la nuit. Je n’ai pas de fenêtre donnant sur la rue, mais je l’entends comme si j’y étais. Mais bon, c’est propre et j’en ai pour mon argent (30US$). Pour la première fois je dors avec une couverture (légère, synthétique et bleue électrique).

San José n’est pas du tout une belle ville. Aucune trace de passé colonial ou vraiment très peu. Ça caille grave sec sa putain de race ce matin, je vais faire durer mes t-shirts plus longtemps. Mais il fera plein soleil toute la journée et la température va grimper. San José aurait une sorte de microclimat, printanier toute l’année. Deux musées topissimes : le Museo del Oro Precolombiana (muséographie excellente et jolies pièces en or) avec une intéressante partie sur les pièces de monnaie et les billets, la numismatique quoi 😊, et le Museo Nacional del Costa Rica, disposé dans une ancienne prison. Plusieurs églises sympatoches. En grattant un peu, je trouve un quartier, Amon, plus agréable avec de jolies maisons et du street art. Quelques belles maisons, parfois biscornues, mériteraient un rafraîchissement. L’Alliance Française est hébergée dans un bel ensemble tout vert de ce quartier.

Il y a aussi un grand marché couvert. J’y découvre des plantes pour la prostate, la sinusite et même la leucémie. Pourquoi la science s’acharne-t-elle à trouver des remèdes alors qu’ils existent déjà ? Au rayon souvenirs, c’est affligeant. Mon budget passera à autre chose. Ce que j’ai mangé aujourd’hui ? Au petit déjeuner, croissant et café au lait (pas eu envie d’empanada ou de poulet dans son jus !), à midi un vrai sandwich jambon fromage (pain bien croustillant), pour le goûter, je n’ai pas résisté à un excellent carrot cake au Café Rojo (que je recommande fortement) et au dîner une pizza quatre saisons. Le mal du pays vous croyez ? Ah non, pas encore… Mais il est clair que ça ne va pas être une fiesta gastronomique (ni diététique) ce voyage.

Bref, San José n’est pas incontournable pour les voyageurs pressés, mais sincèrement, les musées valent le détour. Et je m’en réserve un ou deux pour quand je reviendrai.
Beaucoup de laissés pour compte dorment dans la rue. Ca m’afflige. Et pour un pays qui passe pour être l’un des plus sûrs d’Amérique Centrale, il y a des grillages et des barbelés un peu partout. A San José, les voitures ne sont pas garées dans les rues, mais dans des parkings fermés de grillages infranchissables et surveillés.

J’apprends que les costaricains sont les « ticos » et que les habitants de San José sont les « josefinos ».
Je loue une voiture, une Toyota Yaris blanche, plus grande que sur les photos. Ca sera plus pratique pour faire ma tournée en toute liberté. Le type m'agace derrière son comptoir. D'abord j'ai réservé pour 9h et, à l'heure où j'arrive, 7h45, elle n'est pas encore prête ;) Ensuite, alors qu'il a déjà mon permis de conduite international, il me demande mon permis national. Alors à quoi sert un permis de conduire international ??? Et puis il faut que je lui envoie des pdf ou je ne sais quoi d'autre, alors que je suis en face de lui. Des tartes, je vais lui envoyer. Evidemment il cherche à m'embrouiller avec les assurances. J'ai pris une couverture complète justement pour éviter ça. Bon allez, il fait son boulot et puis voilà. Première étape, le volcan Irazu, à une heure de San José. L’accès jusqu’en haut (3.800 m.) est facile. Route bitumée et paysages magnifiques. J’ai la chance du beau temps, malgré quelques nuages qui commencent à monter de la vallée. 11°C au sommet. C’est l’un des seuls lieux du Costa Rica où on peut voir, par temps clair, le Pacifique d’un côté et l’Atlantique de l’autre. Je ne vois ni l’un ni l’autre (nuages).

Quand je vois un volcan, me viennent les paroles que je hurlais étant jeune. « Comme un volcan devenu vieux, mon cœur bat lentement la chamade, la lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades, je pense si souvent à toi que ma raison en chavire… » Mesdames, on est d’accord, c’est juste des paroles d’une chanson. Vous la tenez d’ailleurs ? Un indice : écrite par Etienne Roda-Gil. Et ça continue… « J’ai la raison arraisonnée dans un port désert, dérisoire, toute ma vie s’est arrêtée comme s’arrêterait l’histoire, mon cœur volcan devenu vieux… et patati et patata ». J’aurais dû faire « champion de karaoké », ça m’aurait rapporté ! C'est malin, je l'ai en tête pour plusieurs jours !

Redescente magnifique dans le vert de la campagne rurale. Je vois des choux, je vois des ananas, je vois des bananiers… Et sûrement du café de Monsieur Vabre… « Monsieur et Madame Mavallée ont deux filles… Connaissez-vous leurs prénoms ? » Solution en fin d’article…

Destination Cartago pour cette nuit, dans la grande banlieue de San Jose. Première capitale. Supplantée pour des broutilles de clans par l’actuelle. Pas plus belle. Je crains qu’aucune ville de ce pays ne soit jolie. On vient à Cartago pour son calme, et pour sa basilique superbe à l’intérieur. Un marché couvert municipal bien pour y passer dix minutes. Et le train qui passe en ville, sous les fenêtres de ma chambre d’ailleurs. Hôtel plus cher que d'habitude, très moche à l'extérieur mais superbe à l'intérieur. J'aimerais bien transposer cette chambre à chacune de mes étapes.

Le temps est parfois ensoleillé, parfois nuageux, parfois pluvieux. Chaque journée on se dit qu’il pleuvra à un moment ou à un autre. Pourvu que ce ne soit pas le moment où je serai accroché à un filin tendu entre deux arbres… Aujourd’hui zypline, tyrolienne dans le parc Braulio Carrillo, à plus d’une heure de route. Belle route tracée au travers de la jungle. Les immense camions, tracteur allongé à l’américaine, l’empruntent. Elles ne sont pas nombreuses les routes valables qui relient San José à la côte caribéenne. Ces camions font un peu vintage, mais je crois qu’ils sont encore en circulation aux US. Etonnamment certaines choses n’évoluent pas là-bas (les camions, le bipartisme, les billets de banque, la malbouffe…). Un éboulement et un arbre est tombé sur la route. Une seule voie est possible. Je passe in extremis. Mes aïeux la queue déjà formée en sens inverse... J’ai réservé des attractions dans un parc privé. Zypline, petit téléphérique au ras de la canopée, diverses expos de serpents, grenouilles et papillons. La zypline est un défi pour moi. Vertiges de l'amour… Nous sommes en pleine jungle, je suis avec une petite famille de Costaricains, le papa, la maman et la fifille de 17 ans. Nous accompagnent deux costaricains quarantenaires sympas comme tout, rigolos comme il se doit pour les situations où il convient de dédramatiser 😊. Ils nous expliquent les rudiments et assurent notre sécurité. C’est parti pour un parcours de 16 tyroliennes. Mama mia. Je pensais qu’il n’y en avait qu’une, qu’il suffisait de fermer les yeux et que ce serait coché sur la liste des choses faites à ne plus refaire. Erreur, c’était génial. Pas un soupçon de vertige. La plus longue, la dernière, fait 700 mètres de long. On a le temps de regarder en bas, faire le pitre (pas trop) et constater qu’on n’est rien qu’une petite tâche en l’air au-dessus de l’immensité verte.

Je recommence quand vous voulez. Il est proposé également un tour d’une heure dans des petites cabines ouvertes (mais couvertes) au-dessus de la canopée. Ils ont rangé les animaux sauvages aujourd’hui. C'est calme. C’est lent, c’est sympa. A la fin, je roupille un peu 😊 Cette attraction ne vaut le coup à mon sens que si on inclut la zypline.

Je pars ensuite rejoindre mon gîte du jour, vers Puerto Viejo de Sarapiqui, le Chitamate Rainforest Ecoretreat. Le dernier mot prend tout son sens. La clientèle est âgée. Les jeunes se ruent plutôt vers les plages à surf et à plongée. Dîner avec des Américains bon teint. Des bien éduqués de Californie, connaisseurs de la France. On parle Godart, Truffaut et Cartier-Bresson. A la table voisine, c’est un couple de gersois. On s’invite au bar pour un verre de Sauvignon du Chili. Jamais de déception avec le Sauvignon.
Ma petite chambre toute simple est en bout de ligne, en bordure de jungle. Quelques singes font les trapézistes dans les hautes branches. Ils sont vertigineux à se lancer dans ce qu’on croit être le vide, et se rattraper à une liane de circonstance. Un petit trail part de là, pas difficile, relativement balisé. Attention ça glisse. L’hôtel prête des bottes. Beaucoup de plantes vertes et peu d’animaux, où sont les ânes, avec leurs gestes pleins de charme… ? Jour férié ? Jour de grève ?

Je pousse vers le nord et le lac Arenal que surplombe le volcan du même nom. Comme un volcan devenu vieux… Stoooooooop ! Ce volcan a la particularité d’être parfaitement conique. Je dis ça d’après les photos qu’on peut voir ici où là, car au réel c’est une énigme. Aucun voyageur rencontré jusqu’à présent n’a pu le voir en entier, nuages en permanence. C’est pareil pour moi. Très belle route qui respire l’argent venu du tourisme. Aux abords de La Fortuna, les enseignes se succèdent qui proposent les meilleures attractions et activités. Rafting, canyoning, speed-dating, kayaking, zypling… Sauras-tu retrouver l’intrus dans cette liste ? 😊Petit coup de pouce dans la liste 😉Il faut faire des choix sinon le porte-monnaie en prend un sacré coup. J’opte pour le Mistico Hanging Bridges qui consiste en une balade de 4 kilomètres dans une jungle avec ponts suspendus, le plus long faisant une centaine de mètres. C’est très balisé, un panneau tous les 10 mètres de peur qu’on se trompe. C’est sympa. Je vois un petit oiseau tout rond et tout bleu. Et comme disait un ami distingué, "si tu as le vertige, fixe le cul de la nana qui te précède".

Je vais poser mon sac à l’Essence Arenal, dans une tente qui fait face à une forêt de bambous et vue sur le lac. Quand je dis tente, c’est très aménagé, avec vrai lit. Demain je pars vers le soleil et la chaleur permanents…
Bien j’espère vous avoir transportés

Lecture :
Quatre jours sans ma mère de Ramsès Kefi (2025)
D’une cité du nord de Paris où ils habitent depuis quarante ans, la mère disparaît. Une fugue inexpliquée. Père et fils sont désemparés. Elle était le pilier de tout. Questions : Où ? Pourquoi ? Qu’ont-ils fait ? Que n’ont-ils pas fait ? Et maintenant ? Les explications sont données au fur et à mesure. Le fils projette d’aller la chercher dans son bled en Tunisie. Y sera-t-elle ? Tout n’a pas été dit. Sympa… C'est un premier roman.
Solution jeu : « Colette et Berthe »