5-COTE PACIFIQUE

 

Bonjouratous

Les voyages sont parfois des fuites. Je n’évoque pas ici les fuites des vieux. Elles sont inconfortables et plutôt de nature à vouloir rester chez soi 😉 On fuit le temps, les gens, les événements, les endroits, le gaz ou l’eau…

Il a plu toute la nuit, et encore ce matin. Alors je fuis. Une amie me commente en direct le relais mixte en biathlon des JO. Cocorico ! Je fuis le cœur joyeux. Arrêt petit dej, face à la brume, face à la bruine, ce soir à la brume nous irons ma brune… Sur la balustrade, une peau de banane fait le bonheur des oiseaux, chacun son tour. Les petits bleus sont les plus alertes et profitent du moindre répit pour planter leur bec. Les jolis roux, un peu plus grands, ne sont pas partageurs. Ils prennent leur temps. Les gros noirs à la queue jaune sont bien jolis mais plus craintifs. On le sait bien, pour le petit oiseau, ce n’est pas la taille qui compte…

Je fais le tour du lac Arenal par le nord. C’est magnifique, vert de partout. Les abords de la route bien bitumée sont très entretenus, l’herbe est coupée fréquemment. C’est que ça pousse vite. Beaucoup de restaurants avec vue immanquable sur le lac rythment le trajet. Les touristes sont choyés. Sur le bas-côté, voilà une cousinade de coatis (genre de ratons-laveurs) qui ne sont pas dérangés par le trafic. Plus tard, c’est un raton-laveur suicidaire qui traverse sans regarder à droite ni à gauche. On doit être en légère altitude. Et puis, patatras, tout d’un coup, le ciel s’ouvre. Cela existe donc encore les ciels bleus ? Ce n’est pas seulement un changement de temps, c’est un changement de climat ! Le paysage change brusquement. De forêt humide, nous passons à une sorte de savane. Les arbres paraissent maintenant secs, moins hauts et clairsemés. L’herbe est jaunie comme lors de nos étés. Je verrais bien des zèbres et des gnous à la place des ruminants qui broutent. Et la température grimpe vite. Jusqu’à 33 °C au compteur. Moi qui ai eu frais cette nuit ! C’est le Pacifique tant attendu. Je ne le vois pas encore. Je prends la route qui monte vers le nord, vers le Nicaragua. Je longe à droite, au loin, la chaîne des montagnes d’où je viens. Un épais bourrelet de nuages est accroché aux sommets, cousu comme un ourlet. No pasaran ! Car le vent chaud de la mer veille (la merveille, la mère Veil, l'amère vieille, l’âme erre veille, stoooooooooop). Cela existait aussi encore d’avoir chaud !

Je monte encore, je m’arrête à peine, sauf à Liberia d’où on bifurque pour le Parque Nacional del Rincon de la Vieja. J’irai peut-être. Pour l’instant je planifie un bain de mer dans le Pacifique qui ne doit plus être loin. Un bain d’océan. Je pose mon sac à mon hébergement du jour, Cabanas Canas del Casillas, au-delà de La Cruz. Le Nicaragua est à 15 kms. C’est un super ensemble de maisonnettes cachées dans la végétation, tenu par une suissesse et son mari d’origine indéterminée, mais que je vois bien porter une culotte de peau et iouiouler. Une rivière en contrebas. Je demande si on peut se baigner. La dame me répond de faire attention, il y a peut-être des crocodiles. Je dis que peut-être, je n’irai pas me baigner. La dame me sauve la vie (et celle de mon entourage), elle va laver mes vêtements. C’est 15USD tout de même. Du coup, de ce fait et par conséquent, je bourre le panier autant que je peux. Il y a de tout, des t-shirts encore mouillés de transpiration, des chaussettes qui puent de loin, un pantalon qui a bien morflé, une casquette dont je ne recommanderais pas à un chien de fourrer sa truffe à l’intérieur… J’ai une grande chambre, une grande terrasse, un grand hamac. Un lit double et deux lits simples pour moi tout seul. J’occupe le tout, égoïstement. C’est que je n’ai pas le temps de fonder une famille ! L’arrêt dans le hamac est fatal. J’y suis trop bien. Et cet emplacement, loin des touristes en quête de fiesta, me convient bien aujourd’hui. J’irai à la mer demain. Petite balade en forêt, le long de la rivière. C’est bien balisé, les gros crocos ne monteront pas jusqu’à mes pieds. Une toile d'araignée dans la figure, le fil est très solide. Je vois l'araignée qui guette patiemment.

Retour au hamac. Cela me laisse le temps de m’informer sur la structure de la société costaricaine. En substance : quelques décennies après l’arrivée des européens, essentiellement espagnols, les populations indigènes avaient diminué de 80%. Un génocide expliqué par les maladies importées contre lesquelles elles n’étaient pas immunisées (maladie d’amour, elle court, elle court…, maladie de la jeunesse, grippe aviaire, maladie de Kreuzfeld-Jakob, malading dung dong…), travail forcé, etc. Elles sont aujourd’hui environ 100.000 seulement sur un total de 5,2 millions d’habitants. Plus de 80% de la population est d’origine européenne et la plupart sont métissés à des degrés divers. Il y a enfin une petite communauté de descendants de jamaïcains sur la côte caraïbe. Il faut aujourd’hui compter également les nord-américains et les européens qui s’expatrient au Costa Rica pour travailler (dans le tourisme surtout) ou passer les six mois d’hiver bien au chaud (les retraités). D’ailleurs, le Costa Rica est réputé pour son excellence médicale. Les habitants tiennent aux bienfaits de l’Etat providence (sécurité sociale, éducation) qui hoquette quand l’économie fatigue. On sait de quoi on parle. Un tourisme médical s’est également mis en place. Sur les 2,6 millions de touristes annuels (représentant la moitié de la population donc), 13% viennent pour se faire réviser les dents ou les yeux ou se faire rallonger le pénis ou raffermir les seins. C’est une sacrée manne. Les Costaricains profitent de ce bon niveau médical. L’espérance de vie est de plus de 80 ans, comparable aux états occidentaux, supérieure aux Etats-Unis (qui n’ont pas tous, de loin, une couverture médicale, ces nazes…)

Niveau éducation, il en est de même. L’école est obligatoire depuis toujours. Le taux d’analphabétisme est le même que celui de l’Espagne, c’est-à-dire peau-d’zob 😊. Voili voilou. Consultez vos réseaux sociaux pour connaître la date de l’interrogation écrite sur le sujet.

Et si je vous disais aussi que le Costa Rica n’a pas d’armée. Ça vous en bouche un coin, forcément. C’est la Constitution de 1949 qui a apporté ce fait. La police assure la sécurité. On la voit, pas trop, pas plus qu’à Marnes-la-Coquette :) Si tous les pays du monde décidaient de s’entendre et de ne pas avoir d’armée, nous pourrions débloquer pas mal d’argent pour sauver notre planète, non ? Utopie pensez-vous ?

Dans la maison voisine de la mienne, il y a une jeune française. Elle effectue une mission au Nicaragua dans le domaine du café. Durée six mois environ. Comme elle n’a qu’un visa de tourisme, elle est venue passer quelques jours de l’autre côté de la frontière pour renouveler son visa, sa durée de séjour. Elle habite près de Toulouse et est d’origine tuniso-algérienne. Elle n’est jamais allée en Algérie. Je n’ai pas l’impression qu’elle soit bien heureuse dans sa vie actuelle. Elle fuit quelque chose, c’est certain. Je la raccompagne en voiture jusqu’à la frontière, ça lui évitera des complications et des attentes de bus. Et ça me permet de voir le tout petit poste-frontière. Il n’y a personne, elle devrait vite passer de l’autre côté. Et puis je me dis (utopie mon amour) que c’est quand même drôle ces barrières que les hommes ont montées, ces espaces cloisonnés pour assurer leur tranquillité, leur entre-soi… Je sors de mes rêveries stériles, un petit iguane (1 mètre) traverse devant mes roues. Quand je vois un iguane de profil, je ne peux m'empêcher d'y voir une resemblance avec Donald Trump.

Je choisis aujourd’hui la playa Rajada. La seule abritée des parages. Les autres sont au vent, avec de grosses vagues, bonnes pour le kite. Et moi je veux nager, alors je nage. Pour le plaisir, ne plus courir, ne plus compter, prendre la vie du bon côté, sans réfléchir, pour le plaisir… L’eau est froide, ça pique un peu au début, et on s’y fait. Il doit y avoir un courant froid dans les parages. Partout ailleurs, plus au sud, la température de l'eau sera très correcte.


Au dîner, encore des Américains, un couple retraité du Nouveau Mexique. Ce voyage devient routinier ! Effondrés comme les autres, connaisseurs de l’Europe. Pour eux, il est « mentaly ill ». J’aimerais bien rencontrer d’autres nationalités maintenant.

Le cri des singes hurleurs, le matin et le soir, est vraiment impressionnant. Mâles comme femelles hurlent, un son guttural assez effrayant. Si vous ne connaissez pas, allez voir sur You Tube . Ils marquent ainsi leur territoire. S’ils ne sont pas dangereux pour nous, si on ne les embête pas, je n’aimerais pas trop m’y frotter. D’abord il faudrait que je monte aux arbres, que je me suspende de branche en branche, que j’accepte de dormir en équilibre le cul sur une branche et que je mange des feuilles. Pas gagné la rencontre…

Je pars au Parc National del Rincon de la Vieja. Le coin de la vieille. De l’amère vieille ? Un serpent est écrasé sur la route, enroulé. Au retour, c’est le même, mais déroulé. Dans le parc, grâce à la patience d’un jeune couple de français, je vois un serpent. « Regardez, au bout de mon doigt »

« Au bout de votre doigt, je vois un ongle, mais pas de serpent »

« Mais si, devant la plante »

« Des plantes, il n’y a que ça ici »

Ah enfin il bouge et je le vois. Il est tout noir. Sous un tapis de feuilles sombres, il est bien camouflé ! J’ai une vraie circonstance atténuante. Mettez moi un éléphant sous le nez, je vous dirais que je ne le vois pas, j’ai un énorme rocher gris qui me cache la vue. Change tes lunettes grand-père…

Le parc du coin de la vieille est un petit parc de forêt intermédiaire, plutôt sèche, créé autour du volcan du même nom (comme un volcan devenu vieux…). Toujours en activité. Sa dernière surprise-partie date de 2024. Pour des raisons de sécurité on ne monte pas au cratère. Sentier remarquablement balisé et pas trop difficile. Les groupes y viennent, c’est dire. Ça et là, des fumeroles et des bains bouillonnants à ne pas tremper un doigt. A l’entrée des guides harcèlent un peu. Moi je dis que je n’ai besoin de personne (pour le rencontrer un jour, ni qu’on me raisonne, pour m’aider à voir l’amour… elles sont tartes ces paroles 😉). Le guide se bouche les oreilles et me laisse tranquille…

J’ai envie de bain de mer, la playa Hermosa fera l’affaire. Mais j’arrive dans la zone des plages populaires. C’est la côte d’Azur en plein été ici, des files de voitures au ralenti, une campagne brûlée, des gardiens de parking qui t’engueulent si tu essayes de te garer en dehors de leur territoire… Exaspéré, le gardien me dit « fuck you ». Si je veux mon beau, si je veux. Il n’aura pas sa pièce… Je pensais naïvement trouver un petit restaurant tranquille pépère, les pieds presque dans l’eau. Naïf, rien de tout ça. Les gens s’agglutinent autour de tables aménagées et déballent leurs glacières, installent le pollo et le frito… Mais la mer, c’est fait pour la regarder, c’est fait pour nager. Et je reste des heures à regarder la mer, le coeur abasourdi, les pensées de travers, et je ne comprends rien à ce triste univers, tout est couleur de pluie, tout est couleur d’hiver… Ah mes petits drôles, elle est plus difficile celle-là 😉

Je fais un plouf et je quitte l’endroit. Très jolie plage encore, mais pas mon ambiance. Mer calme fraîche et calme, bonne à nager.

Je me pose à Nicoya. Je croyais avoir réservé en ville, mais je suis à l’écart. Tant pis, ce sera calme, si les coqs daignent faire une trêve.

Nicoya, à l’entrée de sa péninsule, est l’une des plus anciennes villes du Costa Rica. Nicoya, Nicoya, ma première larme ne fut que pour toi, on était des enfants, notre peine valait bien celle des grands (il fallait bien la caser celle-là ;)) Même s’il n’en reste pas grand-chose, elle est agréable à vivre. A conduire aussi, comme la plupart des villes costaricaines, tracées en damier, à l’américaine, les rues sont quasiment toutes à sens unique. Il subsiste la jolie église coloniale. A l’intérieur sont disposées des statues de saints, saints de bois peints, figés, saints de glace, tous ont l’air triste, petits saints rikiki, tout flapis, tout flagada, pauvre d’eux. Il faudrait les regonfler ces saints, les raffermir, les remodeler. Le saint William est en méforme... de poire 😉. Il leur faudrait un bon coup de chirurgie ecclésiastique à ces saints. Tout ça pour ça. Tout Saint Pourçain…

Au sortir de la station-service, j’attrape mon petit sac à dos pour prendre je ne sais quoi, entre volant et bidou. Je me fais piquer très fortement au niveau du ventre. Je lâche tout, fais valdinguer le sac, frotte la zone de piqûre qui se prolonge pour écraser le moustique inquisiteur. La douleur est vraiment aigüe, comme un coup de canif. Je parle en méconnaissance de cause puisque je n’ai jamais reçu de coup de canif, y compris durant mon sommeil (à ma connaissance). Je ne vois rien, ni insecte, ni canif, ni rien d’autre. La douleur s’estompe. Pas de boursouflure notable. En voiture on gamberge. J’en viens à me demander si le mal brutal ne viendrait pas de l’intérieur, un estomac qui perce, un intestin qui occluse, un foie qu’est pas droit… Et je finis par me concentrer sur la jolie route qui m’emmène vers Montezuma à la pointe de la péninsule. En chemin je bifurque vers la mer. La route n’est plus bitumée et joue aux montagnes russes. Voilà la playa Blanca, correcte, presque sauvage, en dehors des chemins. Juste un restaurant et quelques barcasses. C’est l’heure du bain, il n’y a personne, c’est ce que j’aime, l’eau est excellente et calme à nager. J’y reste, j’y reste et puis j’y reste. Autour de moi, ça scintille. Des multitudes de poissons nagent au ras de l’eau et brillent comme de brefs miroirs. Je suis spectateur du ballet des pélicans. C’est leur heure de déjeuner. Le buffet semble bien garni, il n’y a qu’à se servir. Le pélican survole, prend un peu de hauteur et pique le bec dans l’eau. Cela fait un grand plouf et le pélican bascule et flotte immédiatement comme un canard du bois de Boulogne. Le poisson n’a rien compris. Tranquille avec sa nombreuse famille, le voilà happé et prisonnier dans une grande poche sans lumière où frétillent quelques-uns de ses congénères. Et puis, d’un grand slurp, le voilà entraîné dans le gosier, le voilà ceviche sans assaisonnement, ni salé, ni pané… et puis plus rien, le trépas. Sous l’eau, les autres se retournent. « Mais où est passé Jean-Pierre ? ». La maman ne peut pas dire à un de ses rejetons « Tiens la main de ton frère, on a prévu un vol de pélicans ». D'abord parce que les poissons ne parlent pas français. Et ensuite parce qu’ils n’ont pas de main. Les papillons qui rasent l’eau aussi, ont une trajectoire moins directe, plus biscornue et saccadée.

J’arrive à Montezuma après une jolie route un peu longuette car c’est une route simple et qu’il y a pas mal de camions. Mon hôtel (de la Cascada) est un peu à l’écart et c’est très bien car Montezuma est une station balnéaire, tranquille mais balnéaire quand même. Elisa, la nana de l’accueil, est très gentille et rigolote. Je commence à déballer mon gros sac, puis le petit. Un scorpion en jaillit et me frôle. Il va se réfugier en boule dans un coin. Je m’étais en fait fait piquer par un scorpion. Comment ? Au travers du sac et du t-shirt ? Peu probable, mais cela explique peut-être que la piqûre ne soit pas si profonde. Ou alors s’est-il réfugié dans le sac après son méfait ? En tout cas, nous avons voyagé 150 kms ensemble. Je reviens au coup de canif, qu’on attribue parfois à l’infidélité dans un couple. On parle rarement de coup de poignard qui serait une énorme trahison volontaire. On ne parle jamais de coup de piqûre de scorpion. On pourrait… Je vais voir Elisa. « Hay un escorpion en mi habitacion !!! ». Je parle couramment espagnol maintenant, surtout quand il faut dire qu'il y a un scorpion dans ma chambre. Je ne dis pas évidemment que c’est moi qui l’ai apporté 😊 Elisa se précipite mais ne semble pas surprise. C’est la nature. L’hôtel la côtoie. Elle a une bombe. Anti cafards et anti scorpions, les dessins sont parlants sur la bombe. Le scorpion n’a pas bougé. Il reçoit quelques bonnes giclées. Il remue un peu et se raidit. Elisa part chercher une pelle et un balai.

Pendant ce temps je continue à déballer mes affaires. Elisa revient et le scorpion n’est plus là ! On le cherche. Il a fait semblant. Le Baygon local devrait améliorer sa formule. J’allume sous le lit avec mon téléphone et le scorpion sort de sa cachette en me frôlant encore. Dorénavant, quand je serai frôlé par quelque chose, ce sera panique à bord ! Elisa a le coup de balai efficace et le scorpion se retrouve dans la pelle. Il ira retrouver la nature. Je me renseigne. Il y aurait 15.000 espèces de scorpions dans le monde. Parmi la trentaine présente au Costa Rica, aucune n’est mortelle pour l’homme. Je peux donc continuer à vivre. Les scorpions sont de la famille des arachnides (araignées). Les scorpions sont des modèles de résilience. Ils peuvent survivre sans manger pendant un an et s’adaptent à tous types de conditions. Des chercheurs ont congelé des scorpions pendant une nuit. Le lendemain, après décongélation, ils sont repartis comme si de rien n’était. Amis sagittaires, si vous voulez tester la résilience, changez de signe, devenez scorpions… La leçon : penser à toujours fermer ses sacs et taper ses chaussures avant de les mettre. Ce qui est valable pour les scorpions l'est pour les araignées et les pithécanthropes à poil dur.

Il fait chaud dès 8 heures du matin. Je vais prendre un petit déjeuner complet à 15 USD à l’hôtel d’en face. La chambre double y est à 200 USD la nuit. Pas pour moi. Et même si j’étais deux. Toujours cet inconvénient (financier) de voyager seul. On paye la chambre le même prix que les couples. En plus on n’a pas le petit câlin du matin. Par ailleurs, on évite l’haleine de chacal ce même petit matin. Montezuma est une toute petite station balnéaire, un peu familiale, un peu jeune. Quelques quads mais c’est utile. On ne se la ramène pas trop. Quelques mecs circulent torse-nu, histoire de te montrer que tu es vieux. Quelques bombasses, pas trop, on n’est pas à Pétassland. Ça parle anglais (américain), allemand aussi. L'attraction de Montezuma est une cascade vers laquelle on se rend par un chemin qui n'existe pas. C'est gratuit pour une fois, donc pas aménagé. La baignade finale est d'autant plus appréciée. Autre ambiance à Samara, de l’autre côté de la péninsule. Beaucoup de boutiques à touristes, beaucoup d’américains une canette de bière à la main et le rire gras. Le caissier du supermarché me demande si c’est mieux d’annoncer le prix en colones ou en dollars. Il semblerait qu’ici, les Américains viennent refourguer leurs dollars en chute libre. « En colones bien sûr ! ». La plage est grande et superbe, l’eau merveilleuse. J’y reste. Mon hôtel, le Marisol, est à l’écart, dans une zone poussiéreuse. Il fait très chaud, jusqu’à 37°C au tableau de bord de la voiture. Ça emmpeste l’ail, la dame de l’accueil est affalée dans le canapé face à la télé. L’hôtel est un mélange de clients (peu), de la famille et d’amis. Ambiance bizarre. La piscine est bienvenue. J'ai réservé pour deux nuits.

Je n’arrête pas de me gratter le ventre, où la piqûre du scorpion a laissé une rougeur dure de la taille d’un patch. "Vous êtes enceinte ? ". "Non je me suis fait piquer par un scorpion".

  

Encore des Américains au petit dej. C’est une espèce invasive dans la région ! Deux hommes de mon âge originaires de New York. Ils mettent du temps à déclarer leur bord, mais quand ils s’y mettent, c’est parti pour la fête du slip à Donald Trump ! Poor world ! Si la population américaine était représentative de ceux que je rencontre durant ce voyage, Trump serait en maison de retraite à l’unanimité ! Ceux-là disent à voix basse qu’ils aimeraient bien qu’il meure. Ils passent trois semaines au Costa Rica, dont une complète à Santa Teresa, au bout de la presqu’île. Ils y ont loué une maison. Que vont-ils y faire durant une semaine ?!? D’après ce que j’ai lu, Santa Teresa est devenu un repère des gros américains, envoyant les locaux qui y travaillent à la périphérie… Je leur passe quelques tuyaux. Oui, je suis un très grand voyageur bourré de tuyaux. Je leur apprends qu’il faut plus de 3 heures pour y arriver car il faut faire le tour de la presqu’île, ce que j’ai fait hier. Il n’y a pas de route directe. Ils envisagent un transfert à 70US$ l’aller par personne ! Je leur suggère d’étudier la possibilité de location d’une voiture. D’aller sur Internet plutôt qu’en agence directement. Choisir Discovery Cars plutôt que Rental Cars. Vous avez d’autres demandes ?

Je vais plus loin, direction la playa San Miguel, une heure de pîste en montée et descente. La voiture y arrive. Toutes les plages du coin sont magnifiques, d’autant qu’elles sont à l’écart. Si les autorités voulaient pousser le tourisme balnéaire dans ce coin, ce ne serait pas compliqué. Une bonne route et quelques infrastructures. Je n’ai surtout rien dit. Mais ces plages sont à vagues, bonnes pour le surf ou la planche de bord d’eau. San Miguel, bordée de cocotiers comme sur les cartes postales, n’est pas très baignable. Ca me rappelle…. Stop ! on a dit pas de nom 😉 Pas baignable mais je m’y balade tranquillement. J’ai 5m² de réseau. J’appelle Tom. Il va partir quatre mois au Mexique en fin d’année. Acceptera-t-il que je l’accompagne un bout ? Retour à Samara et baignade à la playa Carrillo. On est samedi, mais la plage est tellement grande qu’on ne s’aperçoit pas du monde.

Je rends la voiture demain à San José. J’étais content de celle-ci. Pour ce que j’ai fait, vraiment pas eu besoin d’un 4X4. La note aurait été bien plus salée. Les routes sont bien, en général des routes simples à double-sens. Attention aux raidisseurs pas toujours bien signalés et aux nids de poules, nombreux parfois et profonds. Je suis branché sur Radio Novo, chaîne musicale vintage. Cela va des Beatles à Eric Clapton, de Madonna à Earth Wind and Fire, de Phil Collins à Neil Young. Un peu de latino pour les quotas. Cela me va très bien. Je fais juste attention de ne pas toucher au bouton pour ne pas risquer de ne pas retrouver la station 😊 L’essence est à environ 1€/litre, plus cher qu’au Panama (0,70€/l), mais tout est bien plus cher au Costa Rica.

 

Bien j’espère transporter vous avoir…

 

Lecture

Les guerriers de l’hiver d’Olivier Norek (2024)

En novembre 1939, la Russie envahit la Finlande. L’objectif de Staline est de la faire avant qu’Hitler ne s’en occupe et se trouve aux portes de la Russie. Les forces sont nettement déséquilibrées. Staline compte mener l’opération en trois jours. Mais la Finlande résiste. Impossible de ne pas faire un parallèle avec l’Ukraine aujourd’hui. Les deux tsars, Staline et Poutine, peu soucieux de la valeur humaine, envoient les troupes non consentantes se faire mâcher menu et… se faire remplacer par d’autres troupes non consentantes… La désinformation est similaire. L’échec s’écrit en victoire. Le livre est haletant. L’écriture est plus sage que celle de la trilogie polar de l’auteur. Et j’aime ces auteurs qui ne s’enferment pas dans un genre. Beaucoup de recherches effectuées pour ce pan d’histoire méconnu qui, pourtant, a dû décider de la suite de la guerre. Je recommande vivement ce livre, et ceux d’Olivier Norek en général.