6-ENTRE DEUX MERS, ENTRE DEUX PARCS

 

Bonjouratous,

 

Le Parc National de Tortuguero est situé au nord-est du Costa Rica, côté Mer ces Caraïbes, juste sous le Nicaragua. Il a été créé dans les années 80 pour protéger l’extraordinaire diversité florale et faunique du coin, ainsi que la ponte des tortues sur la longue plage qui borde le parc. On peut y assister en saison (juillet-août) mais on ne peut pas se baigner du fait de forts courants, et, de toute façon, les gros rouleaux rebutent. L’an passé, 12.000 nids de tortues ont été référencés sur 8 kilomètres de sable. Sachant qu’un nid contient en moyenne 200 œufs et qu’une tortue revient 3 ou 4 fois pondre, cela ferait plus de 8 millions d’œufs (si j’ai bien tout compris). Mais attention, seul un tortillon sorti de son œuf sur mille survit. Vous voyez l’ampleur du carnage (prédateurs) de la sortie de l’œuf à la haute mer !

Au village de Tortuguero, il n’y a pas de voiture et on accède au site en bateau. Le trajet est le suivant : bus depuis San José jusqu’à Cariari (beaucoup plus de locaux que d’étrangers). A Cariari un autre bus attend les étrangers à la sortie de la petite gare routière puis se rend dans une autre gare routière, à 200 mètres de là, pour se remplir de locaux. Cette opération un peu bizarre n’a, à mon sens, d’autre but que de masquer la différence de prix demandé aux étrangers ! Après une heure de route, on arrive au ponton de La Pavona, où nous rejoignons ceux qui sont venus en voiture (qu’ils laissent au parking - payant). Et une heure de bateau pour arriver au village. Je suis attendu par Boa, cinq minutes pour accéder à mon hôtel. Je suis immédiatement surpris par l’aspect du village (enfilade de restaurants et boutiques à souvenirs), par l’ambiance touristique intense, et par le nombre. L’hôtel est un peu à l’écart. Ouf ! Deux nuits me suffiront. L’intérêt réside dans les activités que je vais pratiquer. Arnaque ou vrai bonheur ?

La première est une marche de nuit dans la forêt. M’accompagnent Michael, un Allemand de Hanovre de 67 ans, un jeune couple de Barcelone qui habitent Bruxelles et un autre jeune couple de Clermont-Ferrand. La jeune femme a des origines indiennes, c’est certain. Origines libanaises ? Ah OK, j’aurais mieux fait de fermer mon bec. Elle me rassure, on lui prétend souvent des tas d’origines différentes. Ce groupe est très sympa. Dans tous ces groupes auxquels je me joins de temps en temps, il règne un sacré niveau de bienveillance, sans clanisme générationel. Cela fait du bien dans ce monde de bruts. Aucun de nous n’est anglais et notre langue commune est l’anglais. Il est évidemment mieux de se faire accompagner pour ces sorties, découvrir seul les animaux cachés n’est pas possible (pour moi en tout cas). Nous voyons des petites grenouilles vertes de la taille d’une grosse pièce de monnaie avec les yeux rouges, un tout petit serpent enroulé sur une feuille plate, des araignées, un toucan… Les animaux dorment et ne sont absolument pas gênés par les lumières qu’on braque sur elles. Très bien cette balade.

Je retrouve le même groupe pour une promenade en bateau. J’interroge notre driver-guide. La nationalité touristique la plus développée ici est la France. Cocorico ! Les Espagnols ne font étonnamment pas partie du peloton de tête. Les Américains sont presqu’absents. Ces derniers préfèrent la côte pacifique, la mer, les plages, le soleil assuré… Je l’ai vérifié.

Cette promenade en bateau dans les canaux est excellente. Nous ne sommes pas les seuls, en barcasses de 6 à 8 personnes (rame et moteur électrique silencieux) ou canoés une place, mais le site est vaste et on ne se bouscule pas. Nous restons longuement à contempler un petit caïman à un mètre de lui, c’est la star des photographes. Des toucans et d’autres emplumés superbes, des singes hurleurs, etc. font notre bonheur. Et puis, avec l’Allemand, nous participons à une marche sur le Jaguar trail. Il y a des jaguars dans les parages, ils boulottent les tortues quand c’est le moment, mais il y a peu de risques que nous nous fassions des politesses en pleine journée. Nous voyons quelques paresseux (sloth en anglais, peresozo en espagnol). On a le temps de faire la sieste, ils n’auront pas beaucoup bougé. Nous voyons aussi des toutes petites grenouilles toutes rouges. Il ne faut pas les toucher, elles sont vénimeuses. Bien qu’il n’ait pas plu depuis plusieurs jours, j’ai loué des bottes en caoutchouc. Chat échaudé… Bien m’en a pris, il se met à pleuvoir, alors que ce matin était plein beau. Le sentier se gorge vite d’eau. Je plains les quelques congénères qui ont voulu faire des économies. En réalité, je suis très hypocrite, je ris sous cape😉. Cape que je n'ai pas, je suis trempé jusqu'aux os.

Michael, l’allemand, est très intéressé par les compteurs électriques qui, à Tortuguero comme dans tout le pays, « décorent » les entrées de maisons, d’immeubles, de bâtiments. Les contrôles (et les coupures) sont faciles à effectuer. Les raccords sont parfois bien biscornus. Michael détecte que le matériel est allemand (marque Elster, inconnue pour moi) et il en est fier. « Deutsche Qualität ». Nous repartons ensemble vers San José. Décidément, nous allons bientôt publier les bans. Lui repart en Europe très vite et moi je continue ma route gentiment pour un retour sans grande pompe (juste mes tongs) vers le Panama. Le Museo del Jade manquait à mon palmarès. Extraordinaire lui aussi, comme deux autres déjà évoqués à San José.

On me dit que, pour une fois, je ne parle pas beaucoup de nourriture. C’est vrai. Ce n’est pas la grosse fiesta. Je me nourris d’enchiladas, de riz frit, de casados, d’empanadas… Rien de très excitant et mon poids reste le même sur la balance. Mes belles joies gastronomiques, jusqu’à présent, furent (vous noterez mon souci de sauvegarde de l’emploi du passé simple…) les queues de langouste à Bocas del Toro, une pizza digne des meilleures pizzerias italiennes à Samara et un cordon bleu accompagné d’un bon verre de rouge (d’origine indéterminée) à San José. Cela ne fait pas très local 😉. Les salades, y compris simples, sont très chères. Je me gave d’ananas (fruit ou jus).

Bus de bon matin pour Quepos, petite ville tranquille au bord du Pacifique, à quelques kilomètres du Parc National Manuel Antonio. Il y a plusieurs gares routières à San José, selon la destination et la compagnie. Aujourd'hui, c'est la Tracopa, qui dessert la côte Pacifique. Une rochelaise dans le bus qui continue sa route vers la péninsule d'Osa, pour aller plonger. Conversation éphémère, pas grand-chose à signaler. Il fait une chaleur de gueux. Après-midi « administrative » : réservation bus pour le Panama, réservation du prochain hôtel (où ? Mystère, il faudra lire… de toute façon je change d'avis tout le temps), réservation en ligne pour le parc. La plupart des Parcs se réservent en ligne. Pas d’achat de billet sur place. Et le site web (SINAC) mis en place par je ne sais quelle administration, est une vraie merde. Je m’arrache les cheveux, ceux qui restent, à chaque fois. D’une opération qui pourrait être simple, comme la réservation d’une table au restaurant, tout est compliqué, ne passe pas, il faut recommencer. De plus, ils mettent un minuteur de 12 minutes pour réaliser l’opération. Au bout de ce laps de temps, tout est à recommencer, ce qui m’est arrivé à chaque fois… Heureusement que les biathlètes cartonnent aux JO ! Ça n’a rien à voir mais ça fait du bien.

En fin de journée, je vais vers la marina. Toute autre ambiance. J’arrive dans une sorte de cocktail chic avec femmes habillées de rose et d’orange vaporeux avec cheveux teints et visages très maquillés (inutile de se demander leur nationalité). Il y a un orchestre qui joue « Cocaïne » de Clapton. C’est bien. J’attends Leila. Je comprends qu’il s’agit d’une réunion de fin de journée d’un championnat de pêche sportive au gros (pêche au gros ? je me cache vite 😉). La marina est d’ailleurs emplie de gros bateaux avec nacelles en hauteur. Je pense à Hemingway. Le coin est réputé pour la pêche sportive, dorades, thons, marlins… Je retourne chez les humbles. Coucher de soleil magnifique.

Comme il n’y a plus de place aujourd’hui pour le Parc, j’ai journée off. Je pars à pied chercher une plage. Le soleil cogne déjà et la température grimpe vite. Je traverse le village « des gens ». Ça, j’aime vraiment. Maisons simples et barraques. Les « gens » ne font pas attention à moi. J’en profite pour poursuivre mon reportage « photos compteurs », et j'ajoute une galerie de photos sur le sujet. Un petit bac électrique est bienvenu pour traverser le petit lagon. Ça sent bon la petite plage où barbottent les enfants du coin. Voilà la plage. Pas du tout ça. Immense plage magnifique avec personne, sans trop de vagues. Rien que pour moi. Il y a quelques panneaux informant de possibles courants, mais pas de drapeau. De toute façon, je ne vais pas bien loin, juste après les vagues pour être tranquille. C’est trop bon. La houle me rapproche régulièrement du bord. Une grosse vague échappée de sa tribu, que je n’avais pas vue venir et plouf, me voici dans la machine à laver. J’en perds ma casquette et mes lunettes de soleil. Je récupère la casquette, mais pas les lunettes. Arghhhhhh. J’ai une autre paire, mais elle m’attend chez moi… Tant pis, je clignerai des yeux jusqu’à la fin du voyage… Je me les brûlerai s’il le faut. Si ça peut faciliter la vie d'un thon bigleux, tant mieux. Je vais m’acheter des verres solaires que l’on pose au-dessus des lunettes. C’est pas super, c’est un pis-aller (origine de ce mot svp ?) mais ça dépannera.

Les voyageurs que je rencontre au Costa Rica font un circuit d’en général quinze jours. C’est une moyenne classique. Vive les congés payés. C'est le cas de la famille française (papa, maman et trois enfants, bonjour le budget !) que le rencontrerai dans le bus pour le parc. Lorsque je leur explique mon parcours d’à peu près deux mois répartis au Panama et au Costa Rica, ils me jalousent pour cela, mais avant tout pour mon charisme légendaire et mon physique d’Apollon moderne 😊 Ils me demandent systématiquement le pays que je préfère (question nulle, tu préfères Papa ou Coco ?) et les différences entre les deux pays. Je fais les comptes. J’ai pour l’instant passé trois semaines dans chacun de ces pays, mais j’ai pourtant le sentiment d’une immersion plus profonde au Costa Rica. S’agissant d’un même voyage, je ne fais pas d’emblée de différence. On y parle espagnol et la nourriture est bof tanbien. Je me prête néanmoins à l’exercice comme ça me vient.

- Le coût de la vie est absolument plus élevé au Costa Rica. Je commence à préparer mon programme pour mon retour très proche au Panama et je rigole en regardant le prix des hébergements. Le prix des menus sur les cartes seront aussi plus sympathiques.

- Le Costa Rica a une plus longue tradition touristique que le Panama. Le nombre de ses sites naturels remarquables est aussi plus élevé quoique le pays soit plus petit. Le Panama est en quelque sorte un suiveur.

- Enormément d’américains au Costa Rica, notamment sur la côte Pacifique. Moins au Panama, mais je suis peu allé sur la côte Pacifique au Panama.

- Ce qui me marque vraiment dans la structure de la population est que le Panama semble bien plus s’être préoccupé de ses populations autochtones. Des comarcas ont été créées (régions gérées et réglementées par ces populations directement). La population me semble bien plus diversifiée qu’au Costa Rica. Cela est dû à l’histoire. Le Costa Rica a moins intéressé les conquérants espagnols (qui n’y ont pas trouvé l’or prévu), les indigènes ont diminué rapidement (maladies) et les populations se sont vraiment mélangées. Peu de populations africaines se sont implantées. Pour raccourcir au sujet de la promotion touristique : le Costa Rica mise sur sa nature, tandis que le Panama parle énormément de ses populations. 

Le Parc National Manuel Antonio est rikiki par la taille mais très populaire. En raison sans doute de sa facilité d’accès, sa facilité de visite (aucun sentier dans la boue, signalisation parfaite) et la récompense ultime que sont deux magnifiques plages concaves qui se font dos à dos et créent un isthme jusqu’à la pointe du parc. Ca doit être très joli vu du ciel. Le trajet en bus depuis Quepos (10 minutes) me montre que j’ai bien fait d’y poser mes sacs. La route est bordée d’hôtels certainement très bien avec vue sur la mer ou sur la jungle, mais peu pratiques si on n’a pas de voiture. Et Quepos, sans être jolie (mais j’y suis habitué), est plaisante, a tous les commerces et restaurants nécessaires. Manuel Antonio rassemble groupes et visiteurs en nombre. Cela a un côté pratique. Les gens qui s’attroupent et regardent en l’air indiquent qu’il y a des animaux à voir. Des singes capucins, des singes colorés (orange), des paresseux qui paressent plus qu’ils ne paraissent. Au sol, quelques iguanes déguerpissent et de magnifiques petits crabes à la carapace bleue et aux pinces rouges font un va et vient tranquille. Une balade vraiment sympa et une mer encore excellente dans laquelle je me prélasse sous un soleil sans concession. De retour à mon hôtel, où ma chambre est de plain-pied, un iguane a décidé de monter la garde devant ma porte. On se regarde. Que pense-t-il ? Je n’en sais foutrement rien. Ni lui ni moi ne savons quoi faire. J’ai le dernier mot. Il s’enfuit.

Si tout va bien, je passe cette nuit au Panama.

 

Transporter vous j’espère avoir bien.

Lecture

Quand j’étais soldate de Valérie Zénatti (2002)

Valérie Zenatti est une écrivaine française qui a passé huit années en Israël à partir de 16 ans. De ce fait, elle y a effectué deux ans d’armée, comme tout le monde là-bas. Elle est régulièrement invitée des plateaux télé, comme C ce soir, lorsque le débat porte sur le Proche-Orient, Israël ou Liban. Je l’aime bien avec son regard halluciné comme si elle était sous prise de produits non recommandés. Quand j’étais soldate, son premier roman, relate sa période à l’armée. Instructif, facile à lire, je vais m’atteler à ses autres ouvrages, une dizaine.