7-RETOUR AU PANAMA
Ce sont des moments où on balise un peu. On n’en est pas à l’aventure, mais l’organisation est fragile. Cela va-t-il marcher ? Le taxi va-t-il venir me chercher comme convenu à 1h15 du matin ? Le bus va-t-il réellement passer et s’arrêter à 2h du matin sur cette route peu fréquentée ? Vont-ils être efficaces à la frontière ? La voiture de location sera-t-elle prête ? C’est qu’il y a des conséquences sur les réservations futures… Je me la joue effrayé, mais non, tout va bien dans ma tête. Ce qui me préoccupe le plus est que je vais dormir très peu. Reprenons les choses en ordre…
L’idée générale est que je passe aujourd’hui du Costa Rica au Panama. Il y a un bus quotidien qui part de San José (capitale du Costa Rica) et va jusqu’à Panama City (capitale du Panama). Un seul, et il est de nuit. Et moi je le prends en cours de route (Quepos) et je m’arrête en cours de route aussi (David). David ? Ah l’idée 😊
Tu ne m’as pas laissé le temps, de te dire tout c’que je t’aime et tout c’que tu me manques… et gnagnagna…
Aussi simple que ça ? Attendez… Le bus passe à Quepos, mais pas dans une gare routière. Juste un endroit déterminé en face de l’hôpital, sur la grande route (la Panamericana en l’occurrence). Et c’est en pleine nuit. Vers 2 heures du matin. En matière de bus, 2 heures, cela peut être 1h30 ou 3h. La fourchette est large. Et il faut y aller à cet endroit qui est à 3 kilomètres de la ville. Donc trouver un taxi qui accepte le trajet en pleine nuit, et qui soit honnête et sûr. Dans la journée, je me rends dans la file des taxis et je baragouine en anglo-espagnol pour expliquer le bazar. Tope là. On échange nos numéros, on s’enverra des cartes postales aussi… Le type peut très bien me laisser tomber et c’est tout mon château de cartes qui s’effondre. Je l’appelle à 20h. « Toujours ok ? » Je ne comprends rien à ce qu’il me raconte, mais j’entends « Bueno », donc c’est bon. A 1h, je l’appelle comme convenu pour dans un quart d’heure. « Bueno » .A 1h17, je rappelle. « Soy listo, espero, where are you ? » « Five minutes ». C’est bon. A 1h29, je rappelle, je vais bientôt être en décomposition avancée… « Where is your place ? » « Euh... Cabinas Alicia ». « What ? I’m at Cabinas Yolanda ! » « What hell fuck are you doing at Yolanda !!! » « So sorry, I ask my wife where is Cabinas Alicia »… Bref il débarque quand même. Il est so sorry pendant tout le trajet. Mais ça va, j’ai prévu de la marge.

A l’endroit supposé d’arrêt du bus, il y a déjà quelqu’un qui attend. Ça rassure. Il est argentin. Ah merde, un touriste. Parenthèse sur la Panamericana. Il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une autoroute large construite avec un très gros bulldozer exprès de bout en bout, c’est-à-dire de l’Alaska au sud du Chili. Elle peut être à une seule voie, comme à deux ailleurs. Elle n’est pas forcément rectiligne. Elle est même coupée à l'est du Panama comme vous le savez. Donc on parlotte avec l’argentin, une bonne demi-heure, dans un jargon hispano-anglicho-français. Le bus arrive, nous sommes bien sur la liste. Une nana roupille sur mon siège. Je la bouscule gentiment avec un air navré bien hypocrite. Elle bougonne un peu et s’en va ronfler ailleurs. Cool, j’ai deux places pour moi. Le bus est très bien, mais c’est l’antre du Captain’ Igloo ! J’avais prévu, mon Damart et mon sweat à capuche, ainsi qu’un masque, et je m’endors. A un moment, je sens que je cogne une jambe. Je retire mon masque. Une jeune nana est là qui me regarde. Cette conne s’est assise sur ma casquette et mes lunettes. D’instinct je les cherche sous elle. Elle s’enfuit. Elle a dû croire que je voulais la tripoter, certainement peu rassurant avec mon air ahuri de type qu'on réveille. Le résultat est que je garde mes deux places lol.

L’histoire vue sous d’autres angles :
- A la Perrault (tchin tchin… d’Afflelou… rapport aux lunettes !) : D’un coup de baguette magique, la gentille fée transforma la casquette et les lunettes en une jolie princesse. Ils se regardèrent, ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants.
- A la bolcho : Un monstrueux capitaliste s’accapara les terres voisines de pauvres paysans. Il marqua son territoire en y plaçant ses objets. La cellule locale dépêcha sa plus fervente révolutionnaire qu’elle chargea d’abuser l’usurpateur et le défaire de ses biens pour les donner au parti qui saura quoi en faire. Le pillard lui parut bien séducteur, mais aussi tellement beau qu’elle ne put accomplir sa mission. Elle, vierge encore pour l’honneur de la patrie, s’enfuit dans son traineau et partit loin vers des territoires enneigés où elle put serrer des boulons de contrefaçon jusqu’à la fin de sa vie, tiraillée entre convictions et contradictions.
- A la Molière :
Léandre
Sur mes bésicles sied votre grâcieux popotin
Souffrez que j’aille les chercher de mes propres mains
Elvire
Gredin vous n’y pensez, je ne suis femme aisée
Je m’enfuis de ce pas, jamais vous ne m’aurez
- A la néolithique : Houba houba, grumpf grumpf, tumfémalkonar, grosbaf dans l’pif, rahaaaaaaaan, ouin ouin
- A la Trump : Well hell fuck shit bastard, voici le 51ème état (de siège) des Etats-Unis. Il est marvelous et very confortable. Et cette voisine qui me regarde, je ne l’aime pas beaucoup. Not very much. What’s your name ? Anamaria Grinlandia ? Encore une immigrée qui vient prendre le travail des gentils américains. You say we are in her country ? I don’t care, je vais l’attraper par la ch., je vais lui envoyer l’ICE, je vais lui augmenter les droits de douane de 500% et je vais lui voler ses bijoux… Oops, she’s gone…
- A la panaméenne : Como como muchacho sin mostacha, no me toca con tus sales manos. Soy Maria Virgen y la hira de mi padre. Es muy fuerte et tiene mostachas. Preferio de ir. Adios conardo.

On doit avancer vite puisque je suis réveillé par le chauffeur qui nous informe que nous sommes arrivés à la frontière et qu’il faut descendre. Il est cinq heures, Paris s’éveille, il est cinq heures mais j’ai toujours sommeil.

Ce qui est visiblement le cas des douaniers costaricains. La bonne nouvelle est que nous sommes les premiers arrivés (pour sortir). La moins bonne est qu’il faut attendre. Alors nous faisons la queue. J’ai connu des douanes plus modernes et entretenues. Je m’en fiche, je veux juste un tampon libérateur. Ça y est, ça se décante. C’est mon tour. « No paga ». « No paga what ? » Ah zut, il faut payer des frais de sortie. 8US$. Je sors ma liasse. Mais il faut payer en ligne. Photographier un QR code und so weiter. Encore un site créé par un technocrate stagiaire en deuxième année de licence informatique d’une obscure administration. Nous sommes plusieurs à nous énerver, le site est très lent et en pur espagnol. Plein de questions alors qu’il ne s’agit que de payer une prestation. Tout juste s’ils ne me demandent pas si j’aime les chiens àpoil dur ou les soirées kebab… Miracle et vroum, je peux sortir du pays. Maintenant il faut entrer dans l’autre. Avec tout ça, les postulants se sont multipliés spontanément et la queue s’est allongée. Le monsieur dans sa guitoune me demande si j’ai un billet de départ du Panama. Oui monsieur j’en ai un. Voilà monsieur… Et j’ai mon tampon Jex. Voilà qu’ils exhibent des chiens renifleurs bien turbulents. Tous nos bagages sont sortis du car et le chien s’excite. Il ne trouve rien. Mais ce n’est pas tout. On fait la queue avec nos gros bagages qui sont ouverts et scrutés par un agent sur une table à roulette qui n'arrête pas de bouger. Qui ne trouve rien lui non plus. On peut repartir ? Oui ? Merci.

Une heure de route toute droite pour David, qui est la troisième ville du pays. Je me fais déposer en périphérie. Je commande un Uber (qui s’appelle en fait Kevin, véridique) qui m’emmène au petit aéroport où sont concentrés les loueurs de voitures. Je prends ma Kia Machintruc et repars en sens inverse vers la frontière du Costa Rica. Pas très cohérent, je l’admets. Juste avant, je bifurque à gauche vers la mince péninsule de Burica, étonnamment partagée en deux entre les deux pays. Je me pose à Puerto Armuelles, très pittoresque bourgade le long de la mer (toujours le Pacifique) avec une multitude de maisons colorées, la plupart en bois. Certaines auraient besoin d’une bonne petite démolition, d’autres se contenteraient d’une énergique rénovation. Peu de monde vient là. Les sentiers battus sont un peu plus loin. C’est d’ailleurs ce qu’on devrait faire à ce chien qui m’aboie dessus, fonce sur moi et saute me mordre la fesse, la droite. Les propriétaires ne s’excusent même pas ! Il fait une chaleur de gueux.
Je pose mes affaires au Sunrise Inn, ensemble de petites maisonnettes peintes, chacune sa couleur, face à la mer. Le propriétaire est américain, de Détroit, Michigan. Il est installé ici depuis six ans. En faut-il du désespoir pour venir s’installer dans ce trou, esclave de clients canadiens, américains ou allemands qui sont les plus nombreux. Il est très gentil mais il me faut une bonne concentration pour le comprendre. On en vient au sujet. Il se dit fan de Trump mais comprend qu’on puisse avoir des réticences. Pour cette raison absolument non essentielle, et il y en a plusieurs autres, je ne resterai qu’une seule nuit ici. Longue baignade à marée haute puis dans la petite piscine de l’hôtel, balade au milieu des maisons jolies.

En réalité, j’ai besoin d’un peu de fraîcheur. Objectif Boquete, à mi-chemin entre Pacifique et Caraïbe. Dès qu’on prend de la hauteur, la verdure revient. Petite route très correcte, sinueuse, en montées et en descentes plongeantes. Sous un éclatant soleil. Très beaux paysages sur les montagnes. Le volcan Baru est sous les nuages. Il culmine à près de 3.500 mètres. C’est le plus haut sommet du Panama. En chemin, je me délecte d’un carne guesida, bœuf mijoté en sauce, dans un boui-boui de bord de route. Cela me réconcilie avec la nourriture. De plus, le prix est tout doux, bien loin de ceux des lieux touristiques. Parlons-en d’ailleurs. Voici Boquete. On voit le bourg de loin. Passage obligé d’un circuit au Panama. La température est agréable, 22°C en journée. Les restaurants succèdent aux hôtels. Les retraités canadiens et américains viennent se la couler douce ici. Le prix de ma chambre est honteux. 50€ pour une micro chambre avec une micro salle de bains partagée. A priori je suis seul dans le partage aujourd’hui. Mais superbe terrasse commune et plantureux petit-déjeuner compris dans la note.

On vient ici pour faire des trails, plus ou moins longs, plus ou moins difficiles… Journée rando donc. Il vente, il bruine et il ne fait pas très chaud. Petite rando de deux heures pas très compliquée pour se mettre en jambe. Pas d’animaux par ce temps, ils restent sous la couette. Ça grimpe quand même un peu, il faut traverser des petits cours d’eau. C’est la fête nationale de la plante verte aujourd’hui ! Truffaut a de la concurrence ! Pas mécontent de redescendre. J’ai faim. Il y a un site bien fait pour ceux qui aiment les randos. Il s’appelle AllTrails. A priori il couvre les sentiers de todo el mundo. Inconvénient : il consomme énormément de batterie. Mais je pense qu’on peut télécharger le parcours souhaité et le visualiser sans connexion. Je ne suis pas allé jusque-là 😉 Petite sieste et rebelote, rando de trois heures à partir du bas de Boquete. AllTrails annonce un parcours tout doux. Effectivement la montée est douce, mais ça n’arrête pas. Le parcours pénètre par le golf autour duquel se trouve un superbe ensemble hôtelier fait de petites maisons couleur ocre. Le prix de la chambre ce soir est de 180US$. La chambre fait 320m² ! Ont-ils rippé sur le 0 ? Le petit déjeuner est en plus (20US$), c’est mesquin. En revanche l’accès à la piscine est gratuit. Je ne demande pas s’il leur reste une chambre minuscule avec salle de bains partagée. Ils n’ont pas, c’est sûr. C’est peut-être là que les Américains viennent passer leur hiver… L’ensemble est très fleuri et très bien assimilé à la nature. Je poursuis ma route, ça grimpe toujours et le temps devient menaçant, les nuages glissent vers moi à grandes enjambées. Je rebrousse chemin. Je ne m’appelle pas J. et G., des amis qui marchent, qui marchent. Je ne mets que leurs initiales pour préserver leur intimité 😉 Appelons-les Jules et Gym... Je suis canné et j’ai mérité une glace.

Je quitte Boquete. La dame de l’hôtel me dit « Vous partez déjà ? » « Oui oui, j’étais venu chercher un peu de fraîcheur, maintenant je repars vers la chaleur ». Devant son air attristé mais feint, je dis « Bon d’accord, une dernière chanson alors… »
Just a song before I go
To whom it may concern
Traveling twice the speed of sound
It’s easy to get burned…
… And when we opened up the door
I had to be alone
Je suis sympa, je donne un indice, c’est un groupe américain des années 70.
Je suis très sympa, voici un deuxième indice, les initiales du groupe sont CSN
Et comme je suis méga sympa, un ultime indice, le nom du groupe commence par Crosby, se termine par Nash et contient Stills au milieu.
Pour ceux qui n’auraient pas trouvé, voici ma suggestion : monter sur le toit de la maison ou de l’immeuble et se jeter dans le vide 😉
Boca Chica est un petit bourg en bord de mer calme et qui semble assez loin de toute agitation. Parfait pour presque s’extraire du tourisme. Bon petit hôtel bienvenu avec piscine. J’ai retrouvé la chaleur. Un bateau m’embarque pour 2US$ sur l’île en face. Un sentier facile d’une quinzaine de minutes traverse l’île. Il débouche sur une très belle plage en parfait arc de cercle. Je m’immerge avec délectation, plus d’une heure. J'écoute le silence, juste interrompu par les vaguelettes qui atteignent le rivage, et les hurlements de quelques singes hurleurs. Je me demande comment ils sont arrivés sur l'île et je me dis qu'ils n'en partiront jamais. Un petit territoire pour toute une vie. Excursion soi-disant snorkeling près des îles qui peuplent le large de Boca Chica. Nous sommes huit sur le bateau, un couple de marseillais qui fait deux voyages par an, le prochain, cet été avec leurs filles, en Indonésie, deux copains trentenaires de Lyon et Fréjus, Romain et Thomas et un couple de panaméens. Leur fille de huit ans parle étonnamment bien le français, qu’elle apprend depuis deux ans. Le petit bateau nous dépose successivement sur trois îles « paradisiaques » du large. Je mets les guillemets au mot car l’affluence est de nature à leur retirer le label. C’est en réalité un circuit calibré que semble proposer toutes les agences du coin. Tous les bateaux arrivent à la même heure et repartent pareil. Un roulement serait plus sympa. C’est magnifique malgré tout, mais c’est tout l’art de bousculer la saveur des lieux. Qu’est-ce que cela doit être le weekend ! Question snorkeling, c’est pipo de chez pipo. Une dizaine de poissons sur un fond marron sur la première île et puis voilà… Le groupe est sympa, on papote, c’est déjà ça… Dîner langouste avec Romain et Thomas.

Après la chaleur, retour vers la fraîcheur. Depuis le Costa Rica, j’opère ma lente descente vers Panama City en zig-zag. Un coup de zig vers la mer, un coup de zag vers les montagnes. Pour relier Santa Fe, il faut quitter la Panamericana (superbe à deux voies) à Santiago de Veraguas, et prendre à gauche en direction de la Côte Caraïbe. Une jolie petite route très correcte, fleurie, puis sèche, puis refleurie. Au loin les nuages. Je fonce droit dessus, mais ils ne m’auront pas ! Santa Fe est un village très agréable à 500 mètres d’altitude. L’hôtel ou je descends est superbe, suite de petites maisons dans un immense jardin de verdure parfaitement entretenu. Je vais être bien là. Peut-être même que je ne vais pas en bouger. Un de mes plus agréables hébergements du voyage, sans conteste. On vient à Santa Fe pour se reposer, mais aussi pour emprunter les nombreux sentiers qui l’entourent, plus ou moins difficiles. Je verrai demain si l’envie me prend de mettre un pied devant l’autre…

Plus que 4 dodos…
Je vais faire une petite rando de 2h30 depuis Santa Fe vers un point de baignade. Ca descend sec à l’aller, ça grimpe tout autant au retour. Exténué. La baignade dans la rivière était divine, eau fraîche, solitude.
Une route récente permet d’atteindre le petit village de Calobevora sur la côte Caraïbe. 1h30 de joli ruban sinueux en montées et descentes parfois impressionnantes. Je m’amuse bien avec la voiture, même si elle est automatique. Il a fallu la motiver et prier pour une montée plus longue et ardue que les autres. Quelques points de vue magnifiques sur la jungle dans laquelle, en s’y enfonçant, on se prend un bol d’air bien humide. Des indiens, qui me font toujours rire (je ne moque pas hein !) par leur petite taille marchent à pied tout au long du parcours. Caloberova ressemble à un bout de monde. Le rivage est jonché des bois et résidus de tempêtes, non évacués. Ça sent la pêche, mais aussi des trafics. Comment les bateaux débarquaient-ils là avant la route ? La mer n’est que rouleaux. L’isolement devait être bien rude. Je déjeune d’un poisson frit avec patacones (tranches de banane plantain frites) pour 3 US$. Au retour, ayant moins d’appréhension de la route, je m’amuse encore plus qu’à l’aller.

Plus que 3 dodos…
Que j’espère meilleurs que ce dernier.
Toujours à Santa Fe, bled de petite montagne. Au restaurant, un danois fait d’excellentes pizzas avec pâte au levain. Il discute avec deux jeunes clientes portugaises. Que de situations incroyables je vois ! C’est samedi soir, et c’est la fièvre au village, pétards et boum boum me réveillent. Et les nombreux coqs se sont donné pour mission de réveiller la population à partir de 3 heures du matin, et sans discontinuer (par roulement donc) jusqu’à un temps de réveil normal. Les chiens croient que c’est l’heure de la pâtée et s’en donnent à cœur joie, tandis que la chatte de l’hôtel, en chaleur, n’en peut plus de s’époumoner de ses miaulements désagréables. Eole se dit : « tiens tiens, que se passe-t-il là ? », et il se met à souffler fort, et fait trembler les masures. A l’heure décente de mon réveil, j’ai l’impression que toutes les basses-cours du village se sont réunies dans ma chambre. Que peuvent-elles exprimer de si urgent, de si strident ? On dirait un ensemble de pleureuses d’une place de Téhéran célébrant la mort du tyran d’Iran apprise il y a quelques heures. Bref, je me lève tout pâteux. Je quitte Santa Fe aujourd’hui.
Je passe par San Francisco, bourg réputé pour sa petite église coloniale, et je pense à nos Franciscos, nos François, Claude, Jacques, Valéry et Frédéric, Pape aussi, et puis tiens… Hollande, Civil tant qu’on y est… Et à celui-ci, qui vantait le ciel, le soleil et la mer. Je retrouve les paroles :
Allongés sur la plage
Les cheveux dans les yeux
Et le nez dans le sable
On est bien tous les deux…
J’ai une conception du bien-être différente… Ne rien voir et le nez bouché ! Pffff...
Il y a le ciel, le soleil et la mer...
Il a dû venir ici au Panama ce chanteur-observateur… Son unique tube, je vous épargne le reste des paroles, mais c’étaient les années 60. Quel est son nom ?
Il y a baptême, j’ai la chance que l’église soit ouverte, l’intérieur est magnifique de boiseries et statues de bois peintes.
A une heure de San Francisco, un village s'appelle Los Angeles... Véridique.

Route bien pourrie et pleine de trous pour Chitré. Je passe par les bourgs sans intérêt d’Ocu et de Pesé, à la recherche infructueuse d’une fonda, d’un boui-boui ou d’une gargote tranquille pour étancher une légère faim. C'est l'heure. Il y a bien quelques grands ensembles, type hangars, d’où s’échappent une musique affreusement bruyante, mais ça respire vraiment le bal dansant du dimanche… ils appellent ces endroits des jardin.
Ma dernière demeure (au Panama) sera à l’écart de El Villa de Los Santos, au début de la péninsule d’Azueros. Type motel dans un grand jardin en bord de route, et doté d’une petite piscine. Deux bombes blondes (j’ai le soleil dans les yeux) s’y prélassent, se tournent et se retournent comme des saucisses au barbecue. Elles en auront bientôt la couleur… Le temps d’une sieste au frais, les saucisses se sont évaporées. Moi qui aurais aimé faire la conversation en norvégien…
El Villa de Los Santos est une petite ville très agréable le soir. Jolie église ouverte à l’air qui se rafraîchit (presque), c’est l’heure de la messe. Les fidèles sont nombreux, les fidèles sont fervents. Et ils chantent, ils chantent, ils chantent, ce refrain qui leur plaît, et ils tapent, ils tapent, ils tapent, c’est leur façon d’aimer…. Looooooooooooool. Il est temps que ce blog arrive à son terme 😉

Plus que 2 dodos…
Les Norvégiennes s’avèrent être Danoises. Mon norvégien appris en formation accéléré durant la nuit n’aura servi à rien 😉 Elles sont aussi froides et inexpressives qu’un poisson pané 😉
A défaut de briser la glace, j'ai crevé un pneu hier. Ne voilà-t-il pas que la peau de mes roues pète 😉 Je l’ai fait gonfler à bloc, mais ce matin, pas de doute, c’est crevé. Je change la roue avec l’étroite chinoise de secours qu’on nous met maintenant dans le coffre (je parle d’une roue hein !). Je ne suis pas mal situé, il y a plein de stations-services autour et même un réparateur de pneus. J’apprends les mots punchado (crevé) et arreglar (réparer). La réparation me coûte 3US$. Je donne un pourboire de 33%...

Je descends le long est de la péninsule, campagne sèche comme en été. Aucune plage n’est baignable. Bref, je roule… Pedasi a un joli petit centre autour de son église. Les maisons, basses comme ailleurs, sont colorées, la plupart en bois. J’entre dans un restaurant tenu par des chinois. A ce propos, ici comme au Costa Rica, des épiceries sont parfois tenues par des Chinois, comme nos bars-tabacs et nos marchands de fruits et légumes à Paris. On les appelle des chinos. Ils sont en général très gentils et c’est drôle de les entendre parler espagnol. C’est la première fois que j’en vois dans un restaurant. La carte est la même qu’ailleurs, pollo fritto, pescado fritto… Une dame chinoise daigne venir de la cuisine en traînant ses tongs. Je lui demande s’ils ont une carte porfavor. Elle me dit, d’un air pas sympa, que le menu est sous mes yeux. C’est vrai, je n’avais pas vu. Et elle attend que je me décide. Hola la pékinoise, cinquo minutos porfavor, tengo que ver y decidar despues. Et elle s’en va, irritée, la dame n'est pas patiente. Arrive un type, guère plus engageant auquel je passe ma commande. Il me demande si c’est pour manger sur place ou pour emporter. Comme je ne comprend pas tout de suite, il doit répéter comme si j’étais un neuneu. Ca ne me plaît pas et je sors. Par curiosité, je regarde les commentaires sur ce restaurant sur Google : note 3/5, l’accueil calamiteux est régulièrement cité. J’ai bien fait de partir. Je vais manger un poisson frit dans une fonda sur la même place. Et toc les chinetoques...
La piscine de l’hôtel est bienvenue…

Plus qu’un dodo…
Et à nouveau je vais rentrer dans un monde agité. Cela me semble de pire en pire chaque année. Mes départs sont-ils liés au chaos en route ? Je le sens bien que Donald, Vladimir, Xi, Ali et Jean-François (il y a bien un Jean-François responsable de quelque chose…), Paul et les autres… attendent mon départ pour agir ! Pourquoi dois-je m’infliger 14 heures d’avion pour retrouver ça ?
Et pourtant, je suis content de retrouver ma maison, mon Tom, mes bourgeons, un quotidien, mes amis (mes amours, mes emmerdes), même ceux qui ne comprendront pas que je ne réponde pas à la question « Alors, c’était comment ? », ma carte UGC, mon fromage et mon verre de vin, la matinale de France Inter, mes prévisions d’autres départs. Et puis donc, toutes ces joies annoncées, notre classe politique que le monde entier nous envie, la déclaration trumpienne quotidienne aux infos et aux débats télévisés, les municipales tant attendues (qu’elles se terminent), les conflits mondiaux qui n’ont même pas le temps de se terminer que d’autres commencent avec des perspectives de plus en plus monstrueuses. Je retiens ce que dit Villepin (qui n’est pas mon mentor) : les éliminations de Sadam Hussein, de Khadafi, de Ben Laden… n’ont rien arrangé (au contraire ?).

Bon allez, une plongette dans la piscine pour bien commencer la journée et évacuer les mauvaises ondes. Pas grand-chose au programme, je tire mon temps, petit déjeuner ici, déjeuner là et puis voilà. Le village de Parita est très joli, fantôme sous le cagnard, la femme de ménage me laisse entrer dans l'église, magnifique encore de bois peints. Comme dans plusieurs villages du coin, des grosses statues de carton ou plâtre sont abandonnées sur des terrains, reliefs de carnavals type comice agricole où on parade et on élit des miss. Je n’aime pas les ultimes jours. Mon avion de retour est demain soir. Je rends la voiture à l'aéroport. Retour tranquille vers Panama City. D'une traite il faut quatre heures. Réussirai-je à en mettre le double ?
Et surtout vous j'espère bien transportés avoir

Lecture
La sage-femme d’Auschwitz de Joanna Barndenn (2023)
Un best-seller et un film je crois. Un roman inspiré de faits et personnages réels qui ont vécu l'horreur des ghettos et des camps. L'autrice a fait de très sérieuses recherches mais a souhaité intégrer de la romance en guise d'espoir à l'insoutenabilité de ses descriptions. Certains le regrettent. Pas moi, même si j'ai trouvé la première partie un peu trop complaisante et... anglo-saxonne. Vraiment bien de se rappeler l'horreur (que nous n'avons heureusement pas vécue) en ces temps où l'histoire semble se bâtir sur l'oubli... de l'histoire. Je recommande absolument.

BILAN
C’est un bilan concluant, comme doit l’être tout bilan situé à la fin d’un récit.
J’ai donc visité deux pays d’Amérique centrale, le Panama et le Costa Rica. Mon arrivée, comme mon départ, s’effectuant à (et de) Panama City, il m’a été facile d’imaginer une boucle intégrant les deux territoires, l’est du Panama étant largement occupé par le Darien dans lequel je n’ai fait qu’une courte incursion. Vous avez suivi tout cela. C’est une boucle d’environ 5.000 kilomètres effectuée en voiture de location ou en transport public, essentiellement bus.
En termes de transport, le voyage aura coûté environ 2.600 €, répartis en 900 € d’avion et 1.700 € sur place (location voiture, essence, bus, taxis, etc.).
Le prix de l’essence était de 0.75 € au Panama (SP95) et 2 € au Costa Rica (regular). Pour ce que j’ai fait, je n’ai pas eu besoin de 4X4 ou SUV, et c’est tant mieux pour mon compte en banque.

Les hébergements n’ont finalement pas été beaucoup moins chers au Panama. J’exclue les nuits passées en « excursions », soit 3 nuits dans le Darien, 3 nuits sur un voilier dans l’archipel des San Blas et une nuit en bus. Cela représente donc 44 nuitées pour un total de 1.800 € (40 € de moyenne par nuit). C’est évidemment beaucoup plus que lors de mes voyages habituels, en Asie notamment. J’aurais pu prendre un lit dans des dortoirs, ce qui est fréquemment proposé, mais j’ai préféré ne pas gêner de potentiels voisins avec mes ronflements 😊 De plus, j’ai passé l’âge et l'envie de jouer de la guitare, de ricaner bêtement et de me battre avec ceux qui voudraient plus d’air conditionné ou ceux qui en voudraient moins. C’est une maison bleue… J’ai résidé dans 22 hôtels différents.

Un poste important dans ces deux pays est le budget visites / excursions. Tout est pratiquement payant, parfois même des randonnées, même effectuées en solo. Au Costa Rica notamment, il y a pléthore de parcs nationaux (ou privés) destinés à préserver la nature et la biodiversité. Il y a un droit d’entrée. Au Panama, il y a également un droit d’entrée dans quelques comarcas structurées. J’inclue dans le budget les excursions de plusieurs jours payées au forfait tout compris (logement, nourriture, transport, etc.). Le budget total de ce poste est d’environ 1.400 €.

Pour ce qui est du reste, essentiellement la nourriture, j’estime le budget à 2.200 €, soit bien plus qu’ailleurs dans mes pérégrinations.
Concernant les souvenirs, nada, l’offre est affligeante ou ne me concerne pas…
Ce voyage aura coûté environ 8.000 € pour 51 jours sur place, soit 157 €/j, avion compris. J’ai bénéficié d’un dollar revenu à 0,80 €. Cela a une influence positive de 15% par rapport au même voyage si je l'avais effectué l’an passé.

J’ai utilisé deux guides de voyage papier d’édition différente pour chaque pays. Autrefois afficionado du Lonely Planet, la nouvelle mouture me plaît bien moins. Avec l’arrivée d’Internet et ses sources d’informations multiples et variées, et le désintérêt des jeunes pour la lecture papier, les guides de voyage doivent relever un sacré défi. Ils ont à peu près tous renouvelé le fond et la forme, avec plus ou moins de bonheur. On ne cherche plus les hôtels dans les guides. Sur ce voyage, j’ai réservé uniquement via Booking.com, sans m’interroger sur d’autres plateformes. Google Maps m’a également fait découvrir des lieux. J’utilise aujourd’hui les guides papier principalement pour les articles longs sur l’histoire, la géographie, la politique, le climat, la société… ils m’aident aussi à dresser la colonne vertébrale de mes circuits. Pour intéresser les nouveaux voyageurs, le Lonely a revu la longueur de ses articles, a modifié la structure en colonnes de ses pages et je m’y sens moins à l’aise.

C’est par hasard sur les étagères des librairies que j’ai acheté le Petit Futé pour le Panama et le Guide Vert pour le Costa Rica. Le Petit Futé a de bons rédacteurs, mais le modèle économique qui lui est particulier a pris de l’ampleur et cela se voit. Sont ainsi mis en avant les annonceurs (hôtels, agences…) qui payent, un peu sur le principe du publi-reportage dans les magazines. Cela retire de l’objectivité. Dans la forme, c’est un peu le bazar, les musées, les hôtels, les activités..., sont traités de la même manière. Afin de réduire au maximum la pagination, l’index voit la taille de ses lettres réduite au rikiki, et j’ai parfois du mal à lire. Ils se sont améliorés sur les cartes, mais ce n’est vraiment pas encore optimum. Malgré tous ces défauts, le guide m’a quand même bien accompagné.
Je me souviens des vieux Guides Verts qui trônaient sur une étagère chez mes parents. Rien qu’à les voir, cela transpirait l’antiquité. Je suis bluffé par le renouveau qu’ils ont apporté à l’édition depuis quelques années. Je les conseille vraiment pour les régions françaises par exemple. La rédaction est excellente, les cartes et plans sont top, l’essentiel y est. Vous avez compris où va ma préférence.

J’ai fait plus de 1.000 photos. J’en ai posté près de 600 (toutes galeries confondues) sur Travelmap. J'ai parfois été paresseux avec mon reflex, notamment sur la fin, et un certain nombre de photos sont prises avec mon smartphone.
Concernant Travelmap, j’ai créé plusieurs galeries de photos : Harderu (street art, depuis plusieurs voyages maintenant), Banos (un sujet qui nous intéresse tous quotidiennement 😉), Duerme bien (en hommage aux gens qui dorment dans la rue, heureusement peu fournie sur ce voyage), et une collection de photos en noir et blanc, Negro y Blanco, que j’aime beaucoup.

En appliquant à la lettre la théorie du voyageur qui consiste à porter un vêtement jusqu'à ce qu'il soit vraiment désagréable à l'odeur pour celui qui le porte ou qu'il tienne debout tout seul, j'ai fait faire trois lessives. J'ai déchiré deux t-shirts, un bermuda et un pantalon à cause de la sueur qui colle. Ils ont pris la direction de la poubelle. Ils étaient de bons compagnons, mais avaient fait leur temps. Place aux jeunes...
Enfin, les soirées étant très calmes, j’ai réussi à lire 6 ou 7 bouquins. J'en ai parlé lors de chaque post.
