Mon très cher Paul,
Où en étions-nous ? A Kilitbahir, j’étais descendu à la pansiyon Dardanelles 1915, un peu chère (126€ les deux nuits) mais tellement chouette avec sa vue sur Canakkale, de l’autre côté du détroit. J’avais bien parlé avec Serhat, le patron qui m’avait préparé des sandwichs le matin pour le petit déjeuner. Lui était un retraité de la marine turque et comme Mustafa à Edirne, il était divorcé et avait décidé de monter cette petite affaire de maison d’hôtes. Je ne l’ai pas suivi sur le sujet des femmes qui prennent l’argent. En revanche, comme Mustafa, il a une dent longue comme ça contre Erdogan. Quelles similitudes. Il y aura de nouvelles élections dans un an et demi pour la présidence. Serhat prévoit de grands changements car l’opposition prend de plus en plus d’ampleur. Elle vient déjà de signifier un cinglant revers à Erdogan aux élections municipales…

Avant de quitter la péninsule (de Gallipoli), je me rends à l’excellent musée Canakkale Epic Promotion Center qui retrace l’épopée des Dardanelles. Les explicatifs en anglais sont très informatifs. Celui (celle) qui ne se serait pas penché sur l’histoire de la guerre de 14, y comprendrait parfaitement les enjeux, les pourquoi et les comment. Je zappe le film (1h30 !) en turc, semble-t-il très nationaliste. De retour à Kilitbahir, je traverse le détroit par feribot, là où il est le plus étroit, et me retrouve en moins de deux à Canakkale. C’est une grande ville de 140.000 habitants, agréable sur ses quais bordés de cafés et restaurants. J’ai dit agréable, pas jolie. Un quartier tout proche de l’ancien fort, gardien du détroit avec son jumeau de Kilitbahir, à l’allure ancienne, est branché, genre rue de la soif. Les ottomans avaient compris l’impact stratégique du lieu. Pas plus qu’ailleurs, la marine britannique, doublée de la française, n’avait réussi à forcer le détroit, à débarquer ici. Que de bateaux coulés. Le bide total. Mais de sanglants affrontements, des pertes énormes des deux côtés. Je ne comprends toujours pas pourquoi, alors que la reconnaissance de la défaite et l’évacuation des troupes avait été décidée dès août 1915, six mois après les premières tentatives, on avait continué à envoyer des troupes, dont toi en septembre mon Paul. L’évacuation des derniers soldats aura lieu en janvier 1916 (toi le 19 décembre).
Je zappe le Deniz Müzesi. Il y a des Deniz Bank, des Deniz Hotel, maintenant un Deniz Müzesi. Qu’on ne croie pas qu’une Denise fut une muse turque si vénérée qu’on lui octroie une banque, un hotel ou un musée. Muse de la mer peut-être puisque Deniz (faut que j’te dise !) veut dire mer en turc. Je zappe donc le musée de la mer de Canakkale, trop cher (10€), ils n’acceptent pas ma carte b. car non turque, et je n’ai pas envie de musée maintenant. Il fait chaud et je vais plutôt aller boire une bière. A la tienne Paul, qui ne buvais d’alcool qu’à table, jamais au café où tu ne mettais pas les pieds. Kilitbahir, en face, me semble plus proche que Canakkale quand j’y étais. Effet d’optique, ou effet de la bière…

Me voici en Anatolie. En Asie Mineure comme je l’ai appris en classe, toi aussi certainement. Ca m’a toujours interloqué cette expression Asie Mineure. Tout comme le Moyen-Orient ou les Pays-Bas, comme si c’étaient des Asie, Orient ou pays de seconde classe…
Il y a beaucoup de « kuaför » à Canakkale. Sur un camyon, je vois que l'entreprise est spécialisée dans la réparation « d’asensör ». Une boutique pratique l'"epilacyon". Un marchand de chaussures présente ses "sandalet". Les envies pressantes se font aux "tuvalet" (en général 10 livres). Le "X" n'existe pas, alors on prend des "taksi" et on respire de "l'oksijen". Je deviens bilingue :)

Au port trône le cheval de Troie, pas celui d’Homère évidemment, mais celui du film « Troie » avec Brad Pitt en Achille et Diane Krüger en belle Hélène. Pour info, la guerre de Troie (qui est une légende) aurait eu lieu entre 1350 et 1150 avant Jean-Christophe. Voilà l’histoire :
Hélène, la meuf à Ménélas, le king de Sparte, est enlevée par Pâris, le fils à Priam, lui-même king de Troie, sous prétexte qu’elle lui avait été promise par Aphrodite. Un mariage arrangé quoi, comme au pays. Il faut dire qu’Hélène était canon, un avion de chasse, une bombe, avec un boule à raidir les morts… Euh je m’égare là… Loin d’être une poire la belle Hélène, c’est pour plus tard ça. Et puis c’est aussi une gamine à Zeus, celui-là qui est allé traîner sa queue un peu partout. Tu parles d’un daron ! Donc pas content ! Pâris dit que c’est trop manquer à son respect. Alors il embraye la cinquième, il se met en quatre, embarque LN à Troie en moins de deux, trop fort hein ! Et c’est pas tout près à l’époque. Alors les grecs forment une coalition dont pourraient bien s’inspirer nos bouffons politiques. Agamemnon, Ulysse, Achille and co. Et ça dure et ça dure… Tout ça pour une greluche de bourgeoise de cité… Des années, de quoi perdre patience. Hector, le frère à Pâris, qui a la fibre fraternelle, défend les arguments et l’honneur de son frère. Il se fait tuer en duel par Achille, pourtant faiblard rapport à son talon. Ça sent pas bon du tout ce bizness. Et Hélène dans tout ça ? Tout le monde s’en désintéresse de ce qu’elle veut. Et elle est pas facile tous les jours. Une emmerdeuse même à faire trop des chichis. Trop ouf la meuf. Alors entre en scène le fameux cheval de bois, énorme, que construisent les grecs pour y planquer leurs guerriers. Les troyens, ces bâtards, ils croient que c’est un cadeau des dieux et le laissent entrer dans la ville. Trop débiles ! Et paf dans la nuit, pendant que les troyens cuvent leur bibine et ronflent leurs amygdales, les guerriers grecs sortent des flancs de l’animal équestre et détruisent tout sur leur passage. Et ça étripe, et ça viole, et ça hurle, et ça met le feu partout, la fête du samedi soir quoi.
Fin de l’histoire. Qui ne dit pas si Hélène a été contente de retrouver le vieux Ménélas et comment qu’elle s’est pris la râclée de sa life pour avoir trouvé que Pâris, c’est magique !
La légende a été colportée par voie orale pendant des siècles, donc inventée, amplifiée, déformée… jusqu’à ce qu’Homère, en mal d’inspiration, la jette par écrit. Rien ne vient corroborer donc la véracité de l’histoire. Encore moins le lieu où elle aurait eu site (ou l’inverse). En tout cas, des archéologues soutiennent mordicus que ça se trouve à 30 kms à l’ouest de Canakkale. Il y a des restes de villes successives. Ce qui est certain, c’est que le site qu’on voit aujourd’hui se trouvait au bord de l’eau (on peut croire les géologues de façon sûre), ce qui n’est plus du tout le cas à présent. Le site n’a pas d’intérêt, mais un musée récemment ouvert (2018) très intéressant et bien présenté fait s’y déplacer les touristes. Avec une entrée à 27€, ils se rincent correctement. Une journée entière au Louvre est moins chère.

Je pousse jusqu’à Kumkale (Kale veut dire château), qui marque l’entrée du détroit, côté Asie. Tes collègues avaient aussi essayé de débarquer là et s'étaient bien fait canarder, mon Paul. Rien à voir. J’en profite pour faire un grand tour dans la rude campagne écrasée de soleil et je me dis que c’est malin tout de même cette astuce de cheval de Troie, mais qu’elle était trop connue pour que vous l’utilisiez en 1915 mon Paul. Imagine : le coup du cheval, quelques avions de chasse, tout plein de drones, des lance-roquettes longue distance, un peu de gaz orange et des promesses américaines en attendant le vote du Congrès, vous seriez devenus maîtres des Dardanelles et de Constantinople en un claquement de doigt. Mais bon voilà, fallait vous équiper correctement et pas prendre les turcs pour des nouilles sans tête (et sans cœur). Il est temps que je te quitte, que je quitte ton histoire. Je quitte le détroit. Un coup d’œil à droite vers la côte d’Europe et cap au sud. Petite route côtière le long de la mer Egée, arrêt sur une plage publique tranquille face à l’île (turque) Bozcaada. L’eau est trop bonne. En fait, sur cette route côtière, on voit très peu la mer. Environnement rural vallonné, la route des oliviers le plus souvent, peu de voitures. Bien chouette cette route. Jusqu’à Assos, site antique réputé, dans le haut d’un village pavé blindé de restaurants et de boutiques à souvenirs. Au rayon des figurines que les vendeurs tentent de refourguer aux passants harassés de chaleur, Atatürk trône au milieu de la sainte Vierge, d’Apollon et ses ouailles et des héros de la guerre des étoiles. Cléopâtre, lascivement allongée, reluque les biscoteaux de Superman… Entrée au site 11€, belle vue, mais peu à se mettre sous la dent si ce n’est deux ou trois colonnes reconstituées d’un temple d’Athéna (déesse de la guerre). Des braves descendent pour voir l’amphithéâtre. Mais après il leur faudra remonter. Cagnard. Je renonce. Je ne suis pas un bon client des vieilles pierres.

Plus loin un très beau village, Yesilyurt. Il me fait penser à Rochefort-en-terre, en Bretagne. On se gare à l’entrée du village constitué de superbes maisons en pierre locales. Mais il n’y a plus de vie que touristique. Avec goût certes, les maisons sont des restaurants ou des boutiques de produits locaux ou de vêtements bobos. J’écourte et ne m’arrête pas à Adatepe qui me semble être du même acabit. J’ai plutôt envie d’arriver à Ayvalik, m’allonger dans ma chambre, mettre la clim et pourrir la planète par la même occasion.

A Ayvalik, chambre airbnb dans une maison ancienne de la vieille ville toute de pentes et de ruelles. Pas fastoche avec la voiture. Je trouve une place. Je ne bougerai pas. Pas donnée la chambre, 72€ la nuit, petit dej en plus. Je râle un peu car la chambre qu’on me présente est minuscule et ne correspond pas à l’annonce. J’ai bien fait de râler, ils se sont trompés. Ils ont interverti avec les voisins qui font un peu la tête. Mais bon, on n’a pas dû payer le même prix… Derrière un chapelet de micro-îles que des promène-couillons font faire le tour aux dits couillons, se trouve Lesbos, île grecque, presqu’enclavée dans la sorte de baie au fond de laquelle se trouve Ayvalik. Anecdote : Lesbos est si proche de la Turquie que, m’y trouvant il y a quelques années, mon opérateur téléphonique me souhaitait régulièrement la bienvenue en Turquie (alors que j’étais en Grèce). Par le traité de Lausanne en 1923, la Turquie a reçu très très peu d’îles de la mer Egée, deux majeures en fait : Gökceada (Imbros en grec) qui surveille l’entrée du détroit des Dardanelles (Limnos où tu as d’abord débarqué Paul, et Samothrace se trouvant à quelques encâblures) et Bozcaada. Le reste des îles (des centaines en mer Egée), même très proches de la Turquie, comme Samos, Chios, Kos, Simi, Lesbos, voire Rhodes… que ça en est presqu’une anomalie quand on regarde la carte, ont été attribuées à la Grèce indépendante. Fallait pas être du mauvais côté, fallait pas perdre. L’échange des populations de 1923 a évité de futures revendications et sources de conflits de territoires. Ainsi, les turcs de Lesbos, qui y vivaient parfois depuis plusieurs générations sont venus s’installer dans les maisons des grecs d’Ayvalik et vice-versa. Comme ils faisaient à peu près tous de l’huile d’olive, ils se sont facilement adaptés. Les églises grecques d’Ayvalik ont été transformées en mosquées. Il a suffi les vider, de mettre de la moquette et de construire un minaret. Et hop, le tour est joué.

Ayvalik est une station vacancière prisée. Tout ce que j’aime ! Mais il y a le ciel, le soleil et la mer, comme l’avait fait remarquer François Deguelt (ça en bouche un coin aux férus de blind test 😉). La ville se réveille tard, donc agréable de s’y promener tôt, reflex en main, avant la chaleur. Puis un latte sur le port avant que la voiture m’emmène quelques kilomètres plus loin retrouver une plage pour peut-être mon dernier bain de mer. Grande et longue, les parasols des plages privées cachent le sable. Je trouve un espace public où s’agglutinent les désargentés.

Je t’explique la plage mon Paul, tu n’as pas dû beaucoup aller à la plage dans ta vie. Pas ton genre. Et pourtant tu as écrit t’être baigné plusieurs fois à Moudros en 1915… Quand un couple à la routine installée arrive, c’est toujours le monsieur en tête. C’est lui qui porte le parasol et les chaises pliantes. C’est monsieur qui est expert en technique. C’est toujours monsieur qui choisit le périmètre où il va planter le parasol. Il s’en fiche un peu si c’est près ou loin de personnes déjà installées. Il tâte le sable, des fois qu’il serait de consistance différente d’un endroit à l’autre. C’est toujours monsieur qui plante le parasol. Il n’a pas besoin d’aide. C’est monsieur qui est expert en construction. Eventuellement madame déplie les sièges pour s’occuper si monsieur n’a pas été assez rapide. Madame installe les deux sièges côte à côte. Sans rien demander à personne, monsieur va se baigner pendant que madame commence à installer le repas. C’est monsieur qui a apporté aussi la glacière car monsieur est fort. Madame s’est occupée du reste, les serviettes, les maillots. C’est elle qui plie et range soigneusement les vêtements pour qu’ils ne prennent pas le sable. Au bout d’un moment, madame regarde au loin et décide d’aller se baigner quand même. Monsieur s’attarde plus que de coutume dans l’eau et est un peu trop proche d’un groupe de jeunes filles et, même si la concurrence est redoutable, elle exhibe ses bourrelets hors d’un maillot qui a dû servir quelques saisons. Comme la plupart des femmes qui entrent dans l’eau, madame trouve qu’elle est froide, même si elle est en fait chaude. Et elle fait des petits sauts pour se protéger des mini vagues en serrant ses bras recourbés contre sa poitrine pour éviter un ballotage intempestif. Arrivée à mi-taille elle pousse des petits cris en direction de son mari qui ne lui vient pas en aide car il ne comprend rien à ce cirque habituel. Elle se lance, elle n’a pas le choix, en grimaçant la tête hors de l’eau. Madame nage vers son mari et se place près de lui à l’opposé des jeunes filles. Monsieur ne peut décemment plus reluquer les minettes qui d’ailleurs n’en ont rien à faire de lui, ne l’ont même pas remarqué, tellement prises par leurs rires et leur conversation sur le beau mec qui loue les jet skis. Madame arrive avec un enthousiasme surjoué et monsieur lui répond poliment. Madame rit trop fort, essaye de montrer une complicité qui a disparu depuis longtemps, depuis la naissance du dernier peut-être. Elle le sait mais ne peut s’en empêcher. Monsieur se montre condescendant. Il accepte de la prendre dans ses bras quand elle feint de couler et il essaye de penser qu’il tient une des minettes. Madame le sait encore mais n’en laisse rien paraître. On est en vacances, tout va bien. Madame arrive finalement à ramener monsieur à des sujets habituels, le bon emplacement sur la plage, la chaleur du jour, la bonne idée qu’ils ont eue de venir plus tôt que d’habitude, le dîner de ce soir, les voisins de balcon… S’ils sont accompagnés d’un ado, celui-ci s’est installé tout de suite dans un siège qu’on lui a déplié, sans se déshabiller, avec son téléphone en main qu’il regarde frénétiquement avec hargne ou un sourire à la con. Je t'expliquera plus tard mon Paul cet espèce de téléphone qu'on peut emporter avec soi à la plage sans avoir à tirer un fil, sur lequel on peut voir la météo, envoyer des insultes à ses ennemis, se prendre en photo en souriant trop, recevoir des fausses nouvelles, transférer de l'argent à ses petits-enfants, réserver des billets d'avion, enregistrer et écouter de la musique, traduire des textes dans n'importe quelle langue, prendre rendez-vous chez le médecin... et que les adolescents utilisent sans discontinuer comme le prolongement de leur cerveau. Le garçon est sourd et aveugle au reste, mais ses parents sont quand même contents qu’il ait bien voulu les accompagner. Peut-être se fera-t-il des amis réels sur cette plage, on ne sait jamais, bien que depuis qu’ils sont arrivés, il n’a encore discuté avec personne, alors qu’eux-mêmes se sont déjà fait plein de connaissances, qu’ils savent tout à fait temporaires, mais quand même, ils ont parlé à d’autres gens et étalé leur connivence. Ne voyant pas ses parents revenir, et commençant à avoir faim, il jette un œil à l’eau. Il daigne aller les rejoindre, à condition qu’il soit sûr qu’ils sont dans de bonnes conditions et pas à affûter les couteaux comme c’est souvent. En fait il est assez content de se retrouver avec eux, mais pas une éternité… Voilà mon Paul, la vie sur la plage. Ça donne envie n’est-ce pas ?

Et moi je m’installe sur celle-ci. C’est Juan-les-Pins au mois d’août. Je fais un tas de mes affaires pour qu’on ne vienne pas me piquer mes clés, mon argent, mon livre et mes résultats scolaires. Je voulais dire ma crème solaire. Et je vais me baigner à l’écart, là où il n’y a étonnamment personne. Je me fais vite engueuler car je suis dans le couloir des jet skis. Pas grave, je vais faire mes longueurs derrière. Les gens ne nagent pas trop dans l’eau donc restent là où on a pied. L’eau est magnifiquement bonne et transparente malgré tous ces baigneurs qui doivent y uriner. L’eau appelle l’eau. J’ai connu meilleur environnement, plus à ma convenance en tout cas (les palmiers, moi tout seul, etc.), mais ce n’est pas désagréable tout de même 😊

Les petites iles Alibey qui ceinturent Ayvalik, se rejoignant par deux ponts. J’y vais en voiture et retrouve par endroits la nature sauvage et de très beaux paysages. Les plages que je longe sont minables avec eau à mi-mollets sur des dizaines de mètres. Des hauteurs, on distingue très bien Lemnos. En d’autres endroits en bord de mer, c’est à nouveau Le Lavandou. Autant retourner à Ayvalik manger une glace de couleur orange, car je ne comprends pas le nom des parfums, continuer ma lecture avec une pinte d’Efes qui va râcler admirablement ma gorge et, plus tard, dîner d’un excellent poisson, un bar peut-être sur une terrasse qui voudra bien de moi. Il fait encore 30°C à 21h. Ou une pizza...

Il est temps de songer à ma sortie. Izmir est à 150 kms au sud, Istanbul est à 400 kms au nord-est. Route vers le sud, je ne m’attarde pas sur cette côte. Bifurque à gauche, à l’intérieur des terres. Halte à Pergame, connue pour son acropole et autres ruines grecques que je laisse de côté pour leur préférer une balade dans la vieille ville. Les maisons sont un peu restaurées, beaucoup effondrées ou en passe de l’être. Lacis de ruelles autour d’une jolie mosquée qui date de 1400. Un bazar pas loin, fait de multiples petites boutiques. Nous sommes dimanche, tout est fermé. Dommage. Le calme est bien aussi. Cap sur Bursa, dernière étape. Autoroute tout du long. Attention aux dépassements. Sauf les véhicules très lents, les turcs ignorent la voie de droite et restent cantonnés sur la voie centrale. Pire qu’en France. Alors on double à gauche ou à droite. Vigilence car ça peut venir des deux côtés… En tout cas, merci à Google Maps car l’arrivée est faite de bretelles et bifurcations compliquées. Une autre compétence des téléphones d’aujourd’hui mon Paul.

Bursa, 2 millions d’habitants, est la quatrième ville de Turquie. Elle a été capitale de l’empire, avant Andrinople (Edirne) et Constantinople (Istanbul). J’ai loué un appartement airbnb (je t’expliquerai plus tard Paul). L’entrée est autonome, codes en guise de clés. Je trouve que ce n’est pas bien l’esprit airbnb d’accueil chez soi, mais ça se pratique de plus en plus. Le propriétaire reste au chaud et n’a pas à poireauter le client. Stupeur, le ménage n’a pas été fait. On sait bien que, comme à l’hôtel, d’autres personnes nous ont précédés, ce n’est pas le même ressenti de le constater au réel. J’appelle le proprio qui vit à Abu Dhabi. Pratique Whatsapp (des questions Paul ?). Il se confond en excuses, contacte ses potes chargés du ménage qui se radinent fissa. Il fait un geste, me rembourse les frais de ménage, 26€. Je prends.

Les vieux quartiers sont assez étendus. Je me trouve à deux pas de la mosquée Verte (couleur des carreaux de faïence à l’intérieur) et du Mausolée Vert (sultan Mehmet 1er) dont l’extérieur est bleu. Plus à l’ouest est le centre avec la Grande Mosquée (1400), la 5ème en importance du monde musulman, superbe et assez sobre à l’intérieur. On trouve surtout le bazar, immense avec des ramifications dans les ruelles, couvert ou non, qui sent la fripe ou les épices, selon le quartier. Il intègre les grands caravansérails où se sont installées de belles boutiques ou des cafés. C’est le centre commercial de Bursa. J’adore. Encore plus à l’ouest est la ville haute, le secteur de Muradiye et son complexe funéraire. Simple mosquée et un ensemble de 12 mausolées construits à partir de la fin du 15ème siècle et au 16ème siècle. Dernières demeures de sultans, leurs épouses, leurs enfants qui ont régné ou ont été assassinés. En général, le fils aîné du sultan faisait assassiner ses frères pour qu’il n’y ait pas de problème de succession au trône. Catégorique ! Valait mieux venir en premier, mais après il fallait assurer ! Dans le premier mausolée se trouve le sultan du livre que je dévore actuellement : l’architecte du sultan d’Elif Shafak. Les mosquées anciennes de la ville et les mausolées (Patrimoine de l’UNESCO) sont parfaitement restaurées et d’un ensemble très homogène, des briques fines et rosées s’insèrent dans le mortier qui joint les pierres. Très beau.

Dans l’ensemble, je trouve, comme d’habitude 😊, que j’ai bâti un circuit cohérent, sans précipitation et sans ennui. Si c’était à refaire, avec le même timing, je retirerais une journée à Canakkale pour profiter plus de Bursa, ses environs jusqu’à la côte de la mer de Marmara et aussi la visite d’Iznik (ex Nicée). Mais on ne peut pas tout voir. Une semaine de plus et j’intégrais Istanbul naturellement.
Pour la question qui te concerne, mon Paul, l’effroyable campagne des Dardanelles, j’ai bien fait le tour, pas vraiment appris plus de choses que je ne savais, mais ça s’est ancré plus profondément dans ma caboche. J’ai trouvé intéressant de constater à quel point la Turquie était fière d’avoir vaincu les invincibles, en passant sous silence néanmoins l’issue de la guerre. Propagande, patriotisme, nationalisme… tout cela se mêle un peu. La figure d’Atatürk n’en est que renforcée. On le vois affiché partout, ce qui n’est absolument pas le cas d’Erdogan. Une surprise pour moi sur ce point. Maintenant le dossier est définitivement clos, je n’ai rien à ajouter à mon travail. Tu peux te rendormir tranquillement.

Ce voyage m’aura coûté à peu près 1.800€ tout compris, soit 150€ par jour.
La décomposition :
- Avion, transports Orly : 300€
- Location voiture, essence : 500€
- Logement : 600€ (près de 50€ par nuit)
- Nourriture, divers : 400€
J’ai trouvé que c’était plus cher que la Grèce, au moins pour la location de voiture, les hébergements et la restauration. A titre comparatif, mon voyage récent en Crète, sur les mêmes bases, m’avait coûté moins de 130€/jour. Ça demeure abordable pour nous naturellement. Sur le marché ce matin, un kilo de prunes : 1,3€.
Euh oui mon Paul, les euros… Combien en anciens francs ? Mon téléphone fait aussi calculatrice, je te fais ça vite.
Bizatous