Je vous écris de Bangkok.
A la descente des bateaux en provenance des îles (Koh Chang, Mak et Kood), les voyageurs sont promptement entassés dans une navette qui les dépose dans une sorte de hangar, gare de triage, où, dans un joyeux bordel organisé, sont répartis ceux qui vont faire un gang bang à Bangkok, ceux qui partent à Pataya, ceux qui vont encore à Angkor, etc. Je suis a priori le seul qui souhaite juste aller à la gare des bus de Trat (10 kms). Pas d’autre choix que de prendre un transport privé à 800 bath ! C’est un mini van de 15 places flambant neuf pour moi tout seul. N’importe quoi ! Du coup, je deale avec le chauffeur, pour 300 bath de plus, il m’emmène directement à Chanthaburi, 80 kms à l’ouest, et me dépose à mon hôtel. L’affaire est rondement menée. Hôtel très bien sur la rivière, je demande une chambre avec vue, mais c’est en bordure du pont routier. Mega bruyant pour le coup…

Une cathédrale à Chanthaburi, joli intérieur coloré, j’arrive après quelque chose qui ressemble à un mariage. Les curés font des selfies avec les fidèles. Chouette quartier préservé le long de la rivière, le Riverfront. Plutôt que laisser libre cours aux promoteurs, les maisons en bois sont rénovées et transformées en petites boutiques, cafés et restos qui accueillent une clientèle jeune. C’est un peu bobo. Ça me fait penser à Taipei, on n’est pas loin d’Hello Kitty. Le soir, le quartier se transforme en night market où on mange pour rien. Quelques stands obligés de sauterelles et de larves grillées. C’est pour les palais thaïlandais car il y a très peu de touristes dans cette ville. Tout près de cette zone se tient le weekend un vaste marché de pierres précieuses. Les tables envahissent les petites rues et les visiteurs, acheteurs, connaisseurs… sont incroyablement nombreux. On me propose un rubis. Ça tombe bien, je n’en ai pas. Ah flûte, je n’ai pas pris mon argent. La prochaine fois sans faute, hein ! Il y a quelques temples chinois. Il doit y avoir une grande communauté d’origine chinoise. D’ailleurs je trouve à beaucoup d’habitants la peau pâle et le faciès chinois. Bien sûr je suis un expert en la matière 😉. Hormis ce quartier, les immeubles sont tellement hétéroclites et moches, façon béton classique dans ces pays, que c’en est attachant. Il a dû y avoir, un jour, pénurie d’architectes de qualité.

Jolie boucle en scooter (9€) vers la mer. La côte n’a pas du tout été accaparée par tourisme. Elle reste aux thaïlandais, et c’est parfait. Il y a de très belles plages. Je pensais qu’elles seraient bondées car nous sommes dimanche. Il n’en est rien. Les thaïlandais préfèrent remplir les gargotes qui bordent les plages. Seafood à profusion. Les tables sont remplies de bols et plats. Je ne sais pas comment ils font pour ingurgiter tout ça... et rester tout maigres. Dernier bain de mer. Je reste dans l’eau… une heure ? deux heures ? La campagne est jolie et verte, bananiers, un peu de jungle, temples, fermes d’élevage de poissons… Pas de rizière dans cette zone.

Je ne pensais pas aller jusqu’à Bangkok mais planning et circonstances font que... Toujours un peu compliqué pour moi d’organiser (dans ma tête) mes derniers jours de voyage. Car il faut vraiment organiser pour être à l’heure au décollage. La tête commence à être un peu ailleurs. Je suis content de rentrer. Retrouver un peu de fraîcheur. Machinalement, je m’interroge sur ce qu’il se passe dans le monde. Aujourd’hui je tombe sur les aboiements vulgaires de Donald Trump. Putain quatre ans ! Mike est effondré, les américains, à mille lieues de regretter leur vote, continuent d’excuser ses comportements. Au moins ça masque la politique intérieure dont je n’ai absolument pas envie d’entendre parler. « Bruno, François, Borne et les autres »… j’aimerais bien vibrer au film, mais ça ne vient pas. Le weekend dernier, Tom était au Salon de l’Agriculture, sur le stand de son cousin corrézien. Il a vendu un pot de rillettes à Valérie Pécresse et assisté à l’attroupement provoqué par la venue de Jordan Bardella sur un stand voisin. On ne choisit pas ses personnalités politiques ! Je n’y étais pas. Ouf ! Je me souviens avoir serré la pince de Jacques Chirac et de toute une kyrielle d’hommes politiques qui n’en avaient rien à faire de ma personne (ni de l’endroit où ils se trouvaient pour la plupart) lors de ma (très ancienne) glorieuse carrière salonienne. Jacques Chirac m’avait marqué par son extraordinaire présence, sa façon sincère et chaleureuse d’aborder les gens, quels qu’ils soient. Je n’ai ressenti cela chez aucun autre visiteur politique, sauf de second plan lorsqu’il s’agissait d’intérêts professionnels pointus (artisanat, industrie…). Je précise que je n’ai voté qu’une fois pour Jacques Chirac de toute ma vie. Vous devinerez facilement en quelle année. Je suis content de retrouver mes fleurs, pour une fois voir mes premiers muscaris et perce-neige. « Pas de printemps pour Marnie » ? Pour Marnes, oui oui oui. Mais pour l’heure, je suis encore sous les tropiques. A Bangkok donc.

Route 2X2 voies tout du long. Le bus file droit. La clim n’est pas trop forte. Outre la petite bouteille d’eau offerte gracieusement, l’hôtesse donne à chacun un burger (poulet) de chez Mc Donalds qu’elle vient d’acheter sur l’aire de parking. Il est 10 heures du matin. Ça n’empêchera pas de s’arrêter dix minutes pour déjeuner à midi, à mi-parcours. A l’arrivée sur Bangkok, environ 30 kms en amont, la circulation ralentit. Nous entrons dans une zone ininterrompue de routes suspendues et de bretelles en tous sens. Google Maps y perdrait ses petits. Dépose à la station routière Ekkamai où j’attrape un métro aérien qui m’amène à la gare ferroviaire centrale où je vais poser mon sac pendant deux jours. Quartier pratique pour le retour, avec un sky train direct pour l’aéroport (45 bath). Quartier commercial indien. Beaucoup d’hôtels. Un nombre incalculable de salons de massages, peut-être plus de masseuses que de clients ! Au Top High Airport Link Hotel, piscine sur le toit, la classe.

Combien de fois suis-je venu visiter Bangkok ? Beaucoup. Bangkok a longtemps été une plaque tournante pour se rendre en Thaïlande et les pays voisins, Birmanie, Laos, Cambodge, peut-être même Malaisie et Vietnam. Ça l’est peut-être encore un peu. La preuve, j’y suis. Je veux (re)visiter trois endroits lors de mon court séjour : le Bangkok Art & Culture Center, le marché Khlong Toei et le marché Chatuchak. Pour le reste, ce sera à l’avenant. Devant la fenêtre de ma chambre, un couple de petits oiseaux, tourtereaux d’occasion, mais qui ne sont pas des tourterelles, ont décidé de bâtir leur nid, entre fenêtre et rambarde. Je trouve l’emplacement étroit, peu confortable et guère sécurisé. Mais je ne suis pas un oiseau expert en la matière. Madame est ramassée, semble grosse et bien enceinte. Elle garde l’emplacement pendant que Monsieur part à la recherche des matériaux de construction nécessaires à la construction. Il fait la navette, brindille par brindille qu’il apporte à Madame, qui se charge de la disposition des branches. Dans le monde des oiseaux, le mâle semble avoir pour tâche port et transport, tandis que la femelle s’octroie les tâches plus nobles de disposition et décoration. Oui mais voilà, Madame semble bien maladroite. Chaque brindille qu’elle tente de disposer lui échappe et tombe dans la rue. Nous sommes au 4ème étage. Ça n’a pas l’air de la perturber et Monsieur revient. Il fait semblant de ne pas s’apercevoir des méfaits et continue son travail. Rebelote, ça tombe. A chaque fois qu’elle bouge et se retourne dans son micro espace, elle fait tout tomber. Quelle gourdasse ! A croire qu’elle le fait exprès. Peut-être n’est-elle pas prête encore à la vie commune. Je laisse là mes zoziaux et part à la découverte de la ville.

Le Bangkok Art & Culture Center est un grand bâtiment blanc coincé entre les bretelles de routes et de métro aérien et le centre commercial MBK. L’intérieur est configuré comme le Guggenheim de New York. On grimpe en haut par ascenseur ou escalators et on descend à pied en pente douce le long de la paroi circulaire où sont accrochées les œuvres des expositions temporaires. Je suis un peu déçu, les étages supérieurs sont fermés et il n’y a pas d’exposition phare. L’endroit est malgré tout agréable et le moment est climatisé. A ce propos, à force de passer de la clim à l’air extérieur chargé d’humidité et étouffant, je vais finir par attraper la mort. De profundis. Tu avais une valeur inestimable Eric. Le monde ne s’en est pas aperçu hélas… Dès 9 heures le matin, l'air est étouffant. Toute autre ambiance au Khlong Toei Market. Si on ne devait visiter qu’un marché de toute sa vie, ce pourrait bien être celui-là. C’est un immense marché purement alimentaire. Les animaux y sont joyeusement maltraités, les poissons n'en finissent pas d'agoniser, ce qui veut dire qu’ils sont encore frais. L214, que fais-tu ? Comme si les animaux qu’on mange n’étaient pas des humains comme nous, pfff ! Passées ces considérations dont je suis seul ému, il n’y a pas de touristes sur ce marché, il y a une belle ambiance. Les vendeurs n’arrêtent pas de couper, découper, faire des tas, disposer les étals, aller chercher dans les réserves pour compléter, parler avec les clients qui pinaillent… C’est aussi un ballet des porteurs. Pendant que je suis en train de prendre une photo, une chose mi-molle mi-dure remue sous ma chaussure. C’est un rat de belle taille, marron sombre. Il s’enfuit quand il constate sa bourde, et avant que je puisse vraiment réaliser. Un porteur a vu la scène et rigole. Moi aussi et puis voilà. Je cherche les paniers remplis de gros crapauds qui se chevauchent flasquement de mes souvenirs. Je ne les trouve pas.

Il y a plusieurs lignes de métro. Une ligne est enterrée profond puisqu’elle passe sous la Chao Praya (qui est la Seine de Bangkok). Les autres sont des sky trains soutenus par des piliersde béton immenses plantés au milieu des grandes avenues. Les travaux ont été pharaoniques et maintes fois retardés. Maintenant ça fonctionne très bien. Chaque ligne est indépendante. Il n’y a pas d’opérateur général (comme la RATP à Paris), et, quand elle en croise une autre, il faut sortir et reprendre un nouveau ticket pour emprunter l’autre ligne. Les stations d’intersection n’ont d’ailleurs pas le même nom. L’une d’elle me fait traverser la Chao Praya où je vais visiter le célèbre Wat Arun, immense, magnifique et très populaire. Les (nombreux) touristes payent un droit d’entrée de 200 bath. A proximité du temple, des boutiques de location de vêtements traditionnels se sont établies. Les femmes principalement viennent y louer un costume pour se faire prendre en photo à l’intérieur du wat. Il y a de nombreux photographes assermentés, l'activité semble lucrative. Ce qui sied très bien aux femmes asiatiques est une vraie cata pour les occidentales. Certaines de celles-ci trouvent rigolo de s’habiller local, mais elles ne s’aperçoivent pas qu’elles gênent le paysage. C’est la même impression lorsque des occidentales ont l’idée saugrenu de porter un sari en Inde.

Il fait chaud, je rentre pour la piscine de l’hôtel. Pas de trace de nid à la fenêtre de ma chambre. Mes oiseaux se sont envolés. Monsieur a dû trouver sa belle bien empotée et est parti en chercher une autre. Ou bien Madame a dû faire savoir à Monsieur qu’elle n’était pas dupe de ses allers et venues, soi-disant pour aller chercher de quoi bâtir un nid douillet (c’est le mot « douillet » qui lui a mis la puce à l’oreille, et ça la gratte bien depuis), comme s’il lui offrait des fleurs pour se faire pardonner ses fautes. Monsieur a répondu que c’était bien n’importe quoi, que de toute façon elle n’était même pas capable de bâtir correctement un nid, qu’avait-elle appris à la pension des Hirondelles ? Au couvent des Oiseaux ?... Ils avaient alors divorcé avant de s’être vraiment unis. Ce qu’ils avaient pu faire d’inconvenant était une erreur, ils en avaient convenu avant de se séparer… Elle était sans doute retournée chez sa sœur, où il y avait certainement quelques œufs à couver, ça l'entraînerait pour plus tard, et lui avait repris sa vie de célibataire, vie qui finalement lui convenait bien s’était-il dit pour refouler le chagrin qui malgré tout l’anéantissait.

J’ouvre les rideaux de ma chambre ce matin, et que ne vois-je pas, mes oiseaux en train de s’escrimer à bâtir un nid, au même endroit qu’hier, dans une position aussi inconfortable. Ils ont dû se recontacter « par hasard » sur les réseaux (de fils électriques). « Ah oui, j’étais là par hasard – tu vas bien ? – bof – j’ai traîné toute la journée – j’ai pensé à toi – moi aussi ton image m’a hanté toute la journée, c’est chiant – c’est pas grave si tu es maladroite – c’est pas grave non plus si tu es très con – tu fais quoi là ? – rien, y’a que des conneries à la télé – on se revoit ?... ». Et la nuit a porté conseil, la réconciliation s’est faite sur l’oreiller, comme d’habitude…
Le Chatuchat Market est un marché de puces et antiquités gigantesque ouvert le weekend, comme nos Puces. Nous ne sommes pas le weekend mais j’y vais quand même. La partie intéressante est fermée, rigolo de se balader dans les travées closes. Gros marché aux fleurs et stands de grossistes pour revendeurs de souvenirs et cadeaux. J’ai le souvenir d’une relative qualité et originalité de produits. Ce que je vois aujourd’hui sur les étals est de la sous-merde, où domine le plastique. Avant, c’était mieux, c’est bien connu ! Pour la peine, je vais marchander deux Bouddhas rigolos dans la rue.
J’ai la flemme de monter jusqu’au Musée d’Art Contemporain. C’est loin et il fait très chaud. Je vais buller, chercher un(e) couturier(e) pour repriser mon bermuda pour la nième fois, manger, boire quelques ice latte, me noyer dans la piscine, faire la sieste, m'endormirlorsd'un massage... Ca m'amènera bien à l'heure de l'avion ce soir.

Dans l’attente de votre retour (et du mien), j’espère vous avoir bien transporté au Cambodge et en Thaïlande en ma compagnie, peut-être vous avoir donné quelques envie de venir y faire un tour sans moi...

Bilan de la partie Cambodge / Thaïlande (22 jours) :
Budget total : 2.200 €, soit 100/jour, répartis en un peu plus de 40% pour l’avion, un peu plus d’un cinquième pour les hébergements, à peine 10% pour les transports sur place (dont pas mal de scooter) et un petit quart pour le reste (nourriture, cadeaux…). Je vous laisse faire les calculs 😉
Près de 600 photos, dont 350 sur travelmap
Une vingtaine de bains de mer
2 livres lus :
- Sud-africain : « Philida » d’André Brink, sur la période d’esclavage et d’afranchissement (1830)
- Cambodgien : « D’abord ils ont tué mon père » de Loung Ung, sur la déshumanisation de la population par les khmers rouges
Le coût général de ce voyage de 50 jours en Afrique du Sud / Cambodge / Thaïlande est d’environ 5.600 € pour 50 jours de voyage (110 €/jour).