Fuerteventura et Lanzarote sont les deux îles les plus à l’est de l’archipel des Canaries (Gran Canaria, Tenerife, La Gomera, La Palma et El Hierro). Les deux plus à l’est et les deux plus arides. Les montagnes volcans sont basses (point culminant de Fuerteventura 807m.) et retiennent peu les nuages. Du coup il pleut peu et le vent balaye les territoires. Fuerteventura porte bien son nom.

2ème île de l’archipel en surface avec 1.600 km² (5 fois moins que la Corse), Fuerteventura compte moins de 120.000 habitants et reçoit 2 millions de touristes par an. Beau déséquilibre qui confirme l’adoption du tourisme de masse à l’espagnole. Le Maroc est à 100 kms à la nage, avis aux amateurs. 1404 est l’année de référence. Elle marque l’arrivée sur l’île du conquistador Jean de Béthancourt (aïeul de Liliane par alliance ?). Il y est resté quelques années, le temps de fonder la petite ville Betancuria, capitale de l’île jusqu’au 19ème siècle. Les autochtones (majos) qui s’étaient perdus sur ce bout de terre environné d’océan, ont été assimilés, version officielle. L’île est passée sous le contrôle total de la couronne espagnole il y a 200 ans. Le tourisme est la source essentielle des revenus de l’île. Le fromage de chèvre et l’aloe vera prennent leur part également, mais loin, très très très loin derrière…

Tourisme de masse donc. On peut venir toute l’année, sacré avantage pour l’hôtellerie. Les allemands, retraités à l’embonpoint certain ou familles, profitent des transats et buffets à volonté autour des magnifiques plages où de grands complexes hôteliers et des lotissements de cages à lapins défigurant les collines, comme savent très bien faire les espagnols, ont poussé comme des champignons dans les années 90. Le holà a été heureusement mis, mais le mal est fait en certains endroits. Si les canariens veulent percer dans le tourisme, ils ont intérêt à faire allemand en première langue. Autre population touristique, les surfeurs et kitesurfeurs qui profitent du vent de l’Atlantique sur de nombreux spots, où, avantage, les bétonneurs n’ont pas œuvré. Cette population, jeune, fait vivre l’économie de ce sport, mais n’est pas grande consommatrice du reste. Il y a encore les sportifs d’autres genres, randonneurs ou cyclistes, qui profitent par étapes, des paysages grandioses sous des températures acceptables tout au long de l’année. Fuerteventura étant une accumulation de parcs naturels, on n’y campe pas, et c’est très bien pour la préservation de la nature. Il y a enfin les autres, comme moi, un peu tout ça, touristes plus que voyageurs, qui partent à la découverte de ce que Fuerteventura offre de beau. Et du beau il y en a partout. Du sauvage beaucoup, du vertigineux parfois, de la tranquillité souvent. L’île se parcourt très facilement, 120 kms du nord au sud, 25 kms au plus large.

Conseils voyageurs :

~ Pour y aller, au départ d’Orly, Transavia propose des vols à prix dérisoire (hors vacances). Le principe est le suivant : vol Paris-Lanzarote, ceux qui s’arrêtent à Lanzarote descendent, ceux qui continuent jusqu’à Fuerteventura restent dans l’avion, ceux qui étaient à Lanzarote et retournent à Paris montent. 2ème étape, vol Lanzarote-Fuerteventura (18 minutes)ceux qui s’arrêtent à Fuerteventura descendent, ceux qui étaient à Fuerteventura et rentrent à Paris montent. 3ème étape, vol direct pour Paris. C’est compris ?

~ Louer une voiture, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement, à moins d’être venu ici pour marcher exclusivement ou faire du vélo. Les petits loueurs ont jeté leurs armes du fait le la pandémie, les prix ont grimpé, mais on trouve de bons deals, par exemple chez Cicar, le spécialiste aux Canaries. On peut prendre la voiture à un endroit et la rendre à un autre, sans frais. Et les routes sont excellentes, on a l’impression qu’elles ont été terminées la semaine dernière.

~ Réserver les hébergements à l’avance. C’est ce que j’ai fait exceptionnellement (même si ça devient de moins en moins exceptionnel) pour avoir la disponibilité et les meilleurs rapports qualité-prix aux endroits voulus. Objectivement sur place, ça me semble compliqué de trouver un hébergement au pied levé.

~ Eviter de venir en mars, c’est le (seul) moment de l’année où il pleut, de grosses pluies qui font déborder brusquement les lits des rivières, ce qui peut être dangereux. Sinon vous êtes bienvenus toute l’année avec des températures jamais trop chaudes, jamais trop fraîches non plus.

~ Apporter des chaussures à grosses semelles, pratiques pour marcher sur les cailloux, les galets…

~ Mettre un petit sweat-shirt dans son sac, il y a souvent du vent et il peut faire frais le soir et le matin.

~ Dire Buenos dias et Muchas gracias à la dame

Mes hébergements (que je conseille, tous trouvés sur Booking) :

A La Lajita : Chabela’s hostel (39€ la chambre double (un peu sombre), salle de bains et cuisine communes très bien). Excellemment placé dans le village, à 200 ~~m du centre et de la plage. Petit déjeuner avec une jeune tchèque née en 1994 qui s’est trompée d’avion, a atterri par hasard à Fuerteventura et doit rejoindre ses amis par bateau à Gran Canaria . On a parlé surf (elle) et communisme (qu’elle n’a pas connu), et de ma guerre, celle du début des années 80, où je m’étais rendu en Tchécoslovaquie, triste à pleurer, et où on avait fait des pieds et des mains pour trouver une pauvre boutique de souvenirs afin de dépenser nos couronnes restantes, celles-ci n’étant pas remboursées à la frontière. Bref…

A Betencuria : Hotel Princess Arminda (47€ la chambre double). Grand charme rustique, plusieurs patios, ancienne ferme familiale depuis une dizaine de générations reconvertie en hôtel (5 chambres) et restaurant. L’hôtel fait à dîner pour ses hôtes car les restaurants de la ville ne font que le service du midi pour les excursionnistes qui repartent ensuite faire la java sur la côte. Partagé mes petits déjeuners et dîners avec un couple de septuagénaires bretons vaillants qui voyagent en un mois sur toutes les îles de l’archipel, sauf La Palma (pour cause d’éruption). Ils restent quatre jours à Fuerteventura et ne sont pas très emballés, très exigeants…

A La Oliva : GBH Casa Quintana (47€ la maison entière). Grande maison disposant de deux chambres et de grands espaces de vie, lumineuse et meublée à l’ancienne, façon canarienne. Idéalement située au cœur du village en face de l’église D’excellents restaurants dans la toute proche ville voisine Villaverde.


Points d’intérêts (ou de non intérêt, ou selon ses intérêts) :

~ Sites et parcs naturels :

Punta de Jandia au sud, une route non bitumée (mais facile) d’une vingtaine de kilomètres mène à la pointe sud de Fuerteventura depuis Morro Jable. Paysage austère et grandiose. Aucune ombre, quelques chèvres. Puertito de la Cruz est le village ultime, perdu au bout de la terre, une éolienne à l’arrêt, des caravanes hors d’âge en pagaille qui servent aux surfeurs ou de résidences secondaires, un resto bar, et le phare bien planté au bout. La mer agitée des deux côtés.

Mirador de Sicasumbre, la route jusqu’à Pajara est d’une extraordinaire sobriété, roche orange, des allures de western. Le mirador offre un panorama à 360 degrés.. On se sent tout petit.

Les dunes de Corralejo au nord-est, elles apparaissent d’un coup toutes blanches après des kilomètres de paysage rocailleux. Sur une dizaine de kilomètres elles plongent vers la mer pour former des plages extras naturellement protégées. Les habitués des déserts de dunes de Lybie ou d’Arabie Saoudite les trouveront gentilles, mais c’est déjà bien des dunes gentilles, non ?


~ Les petites villes anciennes du centre de l’île (où on peut juste passer, s’intéresser à l’église, prendre un verre, bref prendre son temps) :

Pajara, mignonne petite cité paisible avec maisons anciennes rénovées. C’est le plus riche village de l’île car il collecte les impôts des stations balnéaires du sud. C’est tout propre, tout beau, tout joli. L’église blanche comme il se doit a un imposant portail sculpté de pierre blonde. Très beau.

Betancuria, l’incontournable de Fuerteventura. Fondée par Jean de Béthencourt au début du XVème siècle, saccagée par les pirates 100 ans plus tard, reconstruite ensuite puis laissée dans son jus et rafraîchie, c’est une très agréable petite ville où chaque visiteur de l’île se doit de passer. Active le jour, mortelle le soir.

Et Tuineje, Tisacamanita, Antigua, Vega de Rio Palmas, Castillas del Angel… un peu plus loin La Oliva, pour leurs jolies petites églises bien proprettes sur des places aménagées. L’occasion d’un café et de courtes balades.


~ Les petits villages de pêcheurs au bout du monde :

Pozo Negro à l’est, joignable par une excellente route non bitumée le long de la côte depuis Salinas del Carmen, installé autour d’une plage de galets, excellent petit resto à peine masqué du vent en bord de plage.

Puertillo de los Molinos à l’ouest où l’océan vient se fracasser en rouleaux géants sur la côte déchiquetée et la rivière parvient à grand peine à faire patauger les canards, resto un peu écolo-prétentieux en hauteur et resto terrasse sympa en surplomb de la plage de galets.

Ajuy, anse de sable noir au bout d’une route toute droite. On y va visiter des grottes creusées par le vent et les vagues qui peuvent être déchaînées. Belle côte sauvage. Plusieurs restos.

El Costillo, dans cette catégorie, bien qu’un peu plus vaste et fréquenté que les autres. Malheureusement ça continue à se construire. Charmant néanmoins et côte sauvage ainsi que plage de sable blanc bien sympatoches jusqu’au phare de Toston.

Jablito, surprenant, les petites maisons de pêcheurs semblent être reconverties en cahutes pour le weekend où il n’y a rien à faire. Et comme ça ne suffit pas, les caravanes se sont agglutinées. Micro port et plage microscopique. Pour déjeuner, le restaurant Don Pépé au retour sur la route est excellent.


~ Villes côtières tranquilles :

La Lajita, très chouette petite ville côtière autour d’une plage de galets, pas encore touristique malgré un lotissement à l’espagnole qui a récemment vu le jour. Excellent restaurant (La Falua), paraît-il un des meilleurs de l’île, rapport qualité-prix tout à fait acceptable. Zoo réputé dans les parages (entrée à 35€ tout de même), j’ai évité.

Salinas del Carmen, agréable village côtier autour d’une plage de galets quelconque, reconnue pour ses salines en cours de restauration. Je ne paye pas la visite du musée, pas intéressé. Je contourne, entre sur le site, me balade, fais mes photos, me fais engueuler et déguerpis. Un grand squelette de baleine est exposé.

Puerto Lajas, une jolie plage de sable blond et personne pour t’embêter, le rêve non ? Un bar resto.


~ Plages qui sortent du lot : Fuerteventura est particulièrement bénie par son nombre de plages, sables de tous types (noir, blanc, blond) ou de galets. Quelques-unes sont renommées.

Playa de Sotavento, au sud-est, immense et large de sable blond, superbe.

Playa de Cofete, sur le retour vers Morro Jable, on bifurque côté Océan. La longue route de montagne aride et lunaire offre des vues vertigineuses à couper le souffle. Au débouché, longue et large plage de sable blond très au vent, petit cimetière marin émouvant sous le sable.

La Pared, on remonte vers le nord, vers ce paradis des surfeurs. On ne se baigne pas, courants et forts rouleaux. Le vent et les marées ont découpé les rochers noirs et blancs. Magnifique et grandiose.


~ Les vacances balnéaires par excellence :

Caleta de Fuste avec petit port de plaisance et grande plage aménagée (sable blanc apporté). La plage étant protégée par la digue, on peut y faire trempette au calme quand le vent remue ses grosses vagues sur la plupart des autres plages offertes à l’océan. Pas si désagréable.

Las Playitas, zone entièrement fabriquée pour les vacances. Grande plage calme avec sable rapporté moyennement agréable.

Costa Calma, site typique de vacances le long d’une superbe et très longue plage de sable blond. La ville est une enfilade d’hôtels gigantesques (j’en ai vu un superbe à 150€ la nuit) et de lotissements avec (plus ou moins) vue sur mer. La plage vaut néanmoins le coup d’un arrêt. En cette saison, les gens se promènent plus qu’ils ne se baignent.

Morro Jable, vraie ville du sud où se mêlent locaux, marocains et touristes. Malgré tout, le bord de mer est sympa, les restaurants sont à touristes et la plage a un beau et fin sable blanc, la couleur de l’eau est sublime. Sur son bout, les nudistes semblent s’être donné quelques libertés. Gros culs et petites bites avant l’apéro. Pour les inconditionnels de la chose (le voyeurisme, pas l’apéro !), on en trouve ailleurs. Pour les inconditionnels de la chose, version jeune, vous serez déçus.

Corralejo, le must en la matière, des airs de Floride dans la rue principale bordée d’enseignes de magasins de marque et tape à l’œil. La plage de ville n’est pas désagréable pour ses eaux calmes et la vue sur la petite île de Lobos qui assure le standing des vendeurs d’excursions. A quelques exceptions, pas de construction en grande hauteur, ce qui est au moins cela. On y fait la fête le soir, paraît-il. Port des bateaux pour Lanzarote à 20 kms de là.

~ Villes à voir si on a le temps :

Gran Tarajal, ville côtière où les locaux sont pour une fois plus nombreux que les touristes. Port.

Puerto del Rozario, la capitale, plus vaste que les autres mais néanmoins tranquille. De bons restaurants comme il se doit pour une capitale, promenade le long des quais, port des bateaux pour Gran Canaria… et Cadix.