Bonjouratous,
Je commence par les chiffres clés (en main, poils aux doigts de pieds) qui me paraissent essentiels :
- Ma taille : 1,80 m., beau gosse
- Mon poids : 95 kgs, gros boss, objectif diminution
- Poids de mon sac : 15 kgs, il ne demande qu’à se remplir
- Distance Paris-Panama : plus de 8.000 kms, c’est loin
- Durée du voyage :14 heures, dont 2 heures à Madrid, qu’il est long ton chemin Papa
- Boeing : 737 + 787 (classiques) = 1524, c’est presque la date de création de Panama City et de l’arrivée des conquistadors. Ça n’a rien à voir, mais ça permet l’information deux en un, pas bête 😊
- Air Europa : 57 messages avant le vol (j’ai le sens de l’exagération) pour me suggérer un surclassement (payant), la réservation d’un siège « longues jambes » (payant), une amélioration des repas à bord (payant)… A quand l’accès aux toilettes payant… à l’avance ?
- Prix du vol : 900 € (sans les extras), en cette période d’inflation des prix avionesques, ce n’est pas si mal pour la saison (haute)
- Décalage horaire : 6 heures avec la France. Quand j’éteindrai la lumière le soir, vous serez sur le point ce l’allumer…
- Niveau Candy Crush : 2.877, whaoh !
- L’âge de ma sœur : on ne demande pas l’âge des dames ! Et puis j’en ai plusieurs. Et puis j’ai oublié…

Maintenant que les choses sont posées, on peut commencer…
J’entre dans les derniers dans l’avion à Madrid. Ma place réservée près du hublot est occupée. Déception des deux gars de la rangée, ils croyaient sans doute pouvoir s’octroyer trois places à deux. L’avion est plein. Ça parle espagnol à fond. Perçoivent-ils mon propre désarroi lorsque je mesure la corpulence des deux lascars ? On va se tenir serré ! Pas bouger ! On doit bien manger (ou mal d’ailleurs) au Nicaragua. Ils sont nicaraguayens. Je récupère ma place du hublot. De tout le trajet (10 heures), je ne déplacerai mes deux éléphants qu’une seule fois pour aller aux toilettes. Ce blog démarre sur les chapeaux de roues. Les informations sont intéressantes ! Mes urines sont claires, rien à dire de ce côté-là. Je m’améliore, comme le vin, c’est certain ! Finalement tout va bien. Malgré que ce soit un vol de jour, le temps file, deux films, des pages de lectures, un repas (un seul) vite avalé, un peu de musique dans les oreilles, quelques phases de roupillonade et nous voilà arrivés. Il est 20 heures, l’hôtesse annonce 26°C. Tout se fait au poil bien que j’attende un peu trop mon sac à mon goût. Je ne fais pas la queue à un kiosque pour acheter une carte Sim locale. Je me suis modernisé. J’ai maintenant une carte Esim qui m’assure le réseau Internet dans plein de pays sans changer quoi que ce soit. En effet, Free, mon opérateur, a modifié mon abonnement pour ce faire, sans surcoût (toujours 15,99 € par mois). Je dispose de 35 GO par mois. Ça semble bien fonctionner. Pourquoi n’ai-je pas fait ce changement auparavant ?

Il fait nuit. Je commande un Uber qui arrive vite fait. 20 US$ pour faire les 25 kms jusqu’à la capitale. Une autre solution aurait été le taxi que me proposent gentiment toute une armada de chauffeurs sitôt que les douanes m’ont éjecté dehors. Plus cher pour le même service, comme partout. Une troisième solution aurait été le métro. J’ai monté un cortège d’arguments pour ne pas retenir cette solution malgré un prix défiant toute concurrence : poids de mon sac, nuit et insécurité, fatigue, longueur du trajet (45 minutes), comprendre comment ça marche…). L’heure est bonne, personne sur la route, alors que Panama City est réputée pour son trafic. J’arrive à mon hôtel, Canova Hostelaje, dans le secteur Calidonia, pas trop top ni intéressant. De toutes façons, ce n’est pas si loin à pied du centre et il y a toujours le métro à deux blocs et les Uber pas chers. 28 € la nuit, c’est très correct. Chambre de bonne taille, climatisée (la clim marche bien), et propre. Lit confortable et douche bien chaude. Seule fausse note, le rideau de douche est « made in China ». Je zappe le dîner, pas faim, c’est bien pour ce que j’ai. Les dents, une petite tape sur les fesses et au lit. Evidemment je me réveille avant l’heure des poules. C’est encore l’horloge qui dirige les opérations, et non la durée de sommeil nécessaire. Et puis les bruits de la rue démarrent très tôt. Dans un ou deux jours, ce sera bon.

Cela me donne le temps de penser à la géographie du pays. Le Panama fait partie de l’Amérique Centrale. Sauras-tu, petit scarabée, retrouver et positionner dans l’ordre les pays de l’Amérique Centrale, depuis le Mexique au nord jusqu’à la Colombie au sud ? Indice : ils sont six. Après avoir joué sans tricher, sans avoir fait appel ni à une IA, ni à une Ebay, ni à une Hissez, regarde la carte. Le Panama a la particularité d’être à l’horizontale, parallèle à l’Equateur (la ligne, qui passe d’ailleurs par le pays). Ainsi le Costa Rica (autre indice), qui vient après lui se trouve en son ouest et non en son nord. Second pays limitrophe, la Colombie à l’est. Au nord, c’est l’Atlantique (mer des Caraïbes) qu’on écrivait « Mer du Nord » sur les vieilles cartes. Au sud, c’est le Pacifique (« Mer du Sud »). C’est simple. Ni cap, ni île, ni péninsule, le Panama est un isthme (orthographe bizarre, non ? Une bonne question pour le jeu des Mille Euros). On parlait d’ailleurs de l’isthme du Panama. Aucune concurrence avec le communisthme, le sarkozisthme ou le macronisthme, la masochisthme ou le mélenchonisthme ? Question : comment dira-t-on bientôt ? Le bardelisthme ? le bordelisthme ? Digressions… Il y a fort fort longtemps, et je vous parle d’un temps que les moins de 220 millions d’ans ne peuvent pas connaître, les terres de la planète étaient divisées en deux seuls blocs. Au nord, ce qui correspond à peu près à l’Amérique du Nord, à l’Europe et à l’Asie. Au sud, un conglomérat d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Inde et d’Australie. Les plaques tectoniques ont bougé (elles continuent) et ces deux zones se sont éclatées. Ainsi l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud ne sont pas issus d’un même bloc, même si elles sont aujourd’hui rejointes. Sous les effets volcaniques, s’est alors formé cet isthme très étroit reliant le nord et le sud. C’est là qu’on prend conscience que le passage sur Terre de notre humanité n’est même pas un grain de poussière dans l’histoire de la planète.

Je me lève pour Danette et part, à pied, à l’assaut de la ville. Taïaut taïaut… A gauche la skyline qui n’en finit pas de s’agrandir, il y a de l’argent dans ce pays, de l’investissement en tout cas, j’y reviendrai. La plus haute tour est le Mariott. Sa forme figure un "D" (ou une voile. Elle a appartenu Donald Trump, coïncidence ? Devant c’est l’océan Pacifique avec au loin une petite queue de cargos prêts à pénétrer dans le Canal. A droite, c’est le Casco Viejo, la vieille ville coloniale. Le Casco Viejo doit sa bonne tenue au tourisme. Grands hôtels aux nuités hors budget, restaurants et cafés avec terrasses (ce qui n’est pas la tradition panaméenne, les locaux préférant s’engouffrer dans les espaces climatisés), plein de boutiques à merdouilles touristiques fabriquées chez Xi, jolies boutiques bobos avec souvenirs déclarés authentiques, écologiques et éthiques aux prix tellement américains que c’en est risible. On regarde, on vole éventuellement sous le regard des caméras de surveillance, mais on n’achète pas. Ici, je paye quasiment tout en « sans-contact ». Je n’ai pas changé d’argent. La monnaie officielle est le « Balboa », du nom d’un conquistador (de son prénom Vasco Nunez et non Rocky !). En réalité, le Balboa s’est accroché au Dollar US. Un USD équivaut à un Balboa. J’ai apporté pas mal de dollars. Le change est revenu à la normale (environ 1,15 US$ pour 1 €). L'an passé, nous en étions presque à la parité ! Les distributeurs d’argent crachent des dollars si on veut. Quand je paye en US$, on me rend parfois des pièces en Balboas (pas vu de billets encore)…

Quelques églises rafraîchissantes dont la très belle et grande cathédrale Metropolitana Santa (la plus vaste d’Amérique Centrale paraît-il). L’accès est payant bien que ce soit un lieu de culte actif. Comme en Italie, comme en Espagne. Je ne reviens pas sur les débats stériles sur Notre-Dame de Pariggi !
Quelques amérindiennes, rigolotes tellement elles sont petites, viennent vendre (en costume traditionnel) leur artisanat dans la rue. Quelques danses parfois au son du flutiau d’un de leurs coreligionnaires. C’est folklorique. Les touristes filment les scènes à tout va et sont contents.
Au bout du Casco Viejo se situe la très jolie Ambassade de France.
Le secteur est agréable, mais ce n’est pas ma came. Je préfère me balader dans les coins plus en amont, moins valorisés, moins réjouissants, plus pelés par l’humidité constante. Je ne m'y baladerais pas la nuit les poches débordant de billets en arborant tous mes bijoux.

L’air est saturé d’humidité. Il y a deux saisons ici ; la saison sèche et la saison humide. Nous sommes en saison sèche (décembre-avril), ce qui n’empêche pas la pluie de s’inviter. Les perspectives météo des prochains jours ne sont pas des plus réjouissantes. L’hygrométrie du Panama est dix fois supérieure à celle de Paris ! Premier achat : un parapluie, acheté dans un bazar chinois. Il ne résistera pas à de multiples utilisations. J’ai un blouson léger qui, s’il ne s’avère pas étanche, bien que ce soit sa finalité, sèche vite. On ne peut pas tout avoir. Quand ça tombe, c’est de la lourde goutte d’orage en rangs bien serrés. C’est de l’eau chaude, mais s’abriter est urgent. Je me réfugie par hasard au Café Coca-Cola qui est le plus vieil établissement de Panama. Che Guevara y serait paraît-il venu boire une orangeade et un café le lendemain, avec un nuage de lait please. Je renifle mais ne perçoit aucun effluve du cigare de l’argentino-cubano-bolivien… Un plat de 6 belles langoustines dont l’ail va hanter mes interlocuteurs tout l’après-midi. 10 USD. Les pourboires sont à l’américaine. Les taxes aussi, c’est moins cool. L’entreprise Coca-Cola n’ayant pas protégé sa marque au Panama, elle a perdue son procès en usurpation de nom contre le café-restaurant. Et toc ! Ceci dit, c’est un nom bien ridicule et je n’y serais pas entré si je ne m’étais trouvé devant et poussé par la pluie.

Alors que je suis à la criée à admirer les jolies morues, qui offre un peu de tradition dans l’univers modernisé de la capitale, un jeune gars me dit que l’accès est interdit aux touristes. J’ai beau lui dire que je ne suis pas un touriste, qu’il se fait des idées de par mon accoutrement et mon réflex, rien n’y fait. Les jeunes sont obtus, c’est bien connu 😉
Je photographie une photo (ben ouais) en noir et blanc d’un char américain déboulant d’une laverie. Derrière mon épaule, une vieille dame me crie « Invasion, invasion, George Bush ». C’est en référence à l’intervention américaine à la fin des années 80, avec exfiltration de Manuel Noriega. C’est une manie américaine de kidnapper les gens d’Amérique Latine, même si ce sont des salopards ! Je reviendrai plus tard sur cet épisode. De même sur les dissensions, semble-t-il récurrentes, entre les deux pays. Il ne m’étonnerait pas que Donald et ses Mickeys aient des vues sur le retour à l’exploitation américaine du Canal ! Mon cerveau est en phase plate et mon regard est attiré par une jeune femme bien bourlettée, maquillage à outrance et vêtements courts, un peu au ras de toutes les parties de son corps. Elle s’approche et me lance un « massage, massage » (plus loin que la vie et l’amour…). Ne croyant pas la proposition honnête, je ne donne pas suite. J’ai eu raison, n’est-ce pas ?
Dans la cohue de fin d’après-midi, des vieillards hirsutes, le regard vide et harassés, portent toutes leurs affaires dans un sac poubelle qui a bien vécu. Certains parlent tout seul. Qu’y a-t-il de si urgent à dire des choses sans attendre d’avoir un interlocuteur attentif ? Mystère…

Je transpire, je pue, je rentre. J’ai un décalage horaire à travailler, moi.
Le taxi me supplie de monter dans son tacot. Je lui montre le prix de la course par Uber. Il me dit ok. J’allonge la note d’1 US$.

A dix kilomètres au sud du centre se trouve Panama Vieja, vestiges de la première installation des espagnols. Le site est entouré de la route, de l’océan qu’il regarde et de hauts buildings. Les promoteurs n’ont pas osé détruire ce qui reste. Ils n’ont certainement pas eu l’autorisation. La corruption n’a pas fonctionné sur ce coup-là. Ce sont des ruines. L’entrée est chère, comme partout finalement. Pour bénéficier du tarif senior, il faut être résident. Il faut prendre l’endroit comme un site archéologique, qu’il est, même s’il ne date que de 500 ans. La balade s’avèrera finalement sereine et intéressante. Un petit musée très bien fait explique l’installation des hommes et familles jusqu’à sa destruction meurtrière par une armée composée par Henry Morgan, corsaire gallois, même pas missionné par son gouvernement (c’est la version officielle des anglais). Le Panama Vieja s’est installé à l’emplacement d’un village de pêcheurs cueva. Les cuevas ont disparu. En langage cueva, « Panama » signifiait « pêcheurs ». Voilà l’origine du nom de la ville, puis du pays. La toponymie est une science bien intéressante.

Intermède sociétal. Les amérindiens, venus là par l’opération du Saint-Esprit, consistant en un déboulé depuis l’Amérique du Nord, leurs ancêtres étant eux-mêmes arrivés depuis l’Asie via le détroit de Behring et si on remonte encore plus haut, depuis l’Afrique comme tout un chacun qui se revendique Homo Sapiens. Ils vivaient donc tranquilles au Panama. Les hommes se baladaient avec une petite étoffe masquant leur kiki et les femmes étaient topless. Etions-nous sur un paradis terrestre ? C’est ce qu’ils croyaient. Pendant 15.000 ans, les petites communautés autochtones vécurent sans contact avec le reste de l’humanité qui s’était répartie ailleurs. Mais bientôt vinrent les vilains conquistadors, avec leur instinct guerrier, leur soif d’or et de matières précieuses. Avec leurs maladies aussi. Les populations locales ne résistèrent pas longtemps, furent esclavagisées et décimées. Les vilains espagnols ne tardèrent pas faire venir d’Afrique de grands et beaux nègres plus résistants pour assurer le travail que les blancs ne voulaient pas faire. C’est qu’il en fallait du monde pour enrichir les européens ! On estime qu’entre les 16ème et 19ème siècle, 12 millions d’Africains eurent un voyage en bateau sans retour pour les Amériques. Pas de statistiques pour le Panama seul. La population noire ne tarda pas à supplanter en nombre les autochtones et les envahisseurs. Ces derniers, principalement masculins, copulèrent avec ce qu’ils trouvaient sur place. Je doute que le mot "consentement" faisait partie du vocabulaire usuel de ce temps-là ! Nous ne savons rien des vraies histoires d’amour de l’époque, mais il est à parier qu’elles furent peu nombreuses. Résultat des courses, environ 70% de la population panaméenne d’aujourd’hui est la conséquence d’un joyeux mélange de « races » Peut-être bien que parmi la population, les chinois, venus en force comme partout dans le monde à un certain moment de l’histoire, se sont les moins fusionnés. Il est rigolo d’entendre un chinois parler espagnol. Cette réflexion est nulle, je l’admets.

De l’autre côté du centre de Panama City, se trouve le Biomuseo dont l’architecture est étonnante avec des toits installés en tous sens et multicolores. C’est Richard Ghetty, canadien, qui a entre autres commis le Gugenheim de Bilbao, qui s’est chargé du projet. Sa femme était panaméenne, cela l’a sans doute motivé. Aimait-il sa femme ? Sujet hors contexte. Ce musée, bien situé d’un côté sur la baie de Panama City et de l’autre sur l’embouchure du Canal, est vraiment intéressant. Il montre avec une chouette muséographie, comment s’est formé l’isthme de Panama et les extraordinaires conséquences que ce petit bout de terre étroit a eu sur l’équilibre planétaire. D’abord, en reliant l’Amérique du Nord et l’Amérique du sud, l’impact sur la biodiversité a été gigantesque. Des espèces ont trouvé de nouveaux territoires où elles se sont acclimatées. D’autres se sont confrontées à de nouveaux prédateurs. En son point d’intersection, c’est-à-dire le Panama, la diversité des espèces, animaux et plantes, de ce fait, est incroyablement nombreuse. Par ailleurs, la création de l’isthme a séparé la mer en deux, l’Atlantique au nord, le Pacifique au sud. Les courants marins ont été modifiés, créant de nouveaux climats, tout là-bas, loin, très loin. Il est amusant de constater aujourd’hui, par la main des hommes, le retour en arrière réalisé par le perçage du Canal de Panama. Il réunit à nouveau les deux océans et génère une rupture de passage des espèces animales (hors oiseaux). C’est aussi évoqué dans ce beau musée à vocation écologique. Il faut y remédier.

Le causeway continue jusqu’à deux petites îles. La balade au milieu de la mer est chouette et surtout plate !
Je loue une voiture et part en goguette 😊 Le temps n’est pas au beau ☹
Première étape : les écluses de Miraflores. Les conquistadors se sont vite aperçus que le Panama était l’endroit le plus étroit pour aller de l’Atlantique au Pacifique. Le fantasme d’un canal reliant les deux océans est né. Evidemment pas concrétisé. A la fin du 19ème siècle, le commerce mondial s’agrandissant et les techniques aidant, fort du succès du Canal de Suez ouvert en 1869, Ferdinand de Lesseps prend en main la construction du Canal de Panama. Le relief montagneux du Panama n’a rien à voir avec le désert plat de sable égyptien. Les travaux sont dantesques. De Lesseps veut creuser profond dans la montagne pour rejoindre les deux océans à niveau. Plus de 20.000 ouvriers meurent essentiellement de maladie. Les origines de la malaria et de la fièvre jaune ne sont pas encore connues. Pas de traitement, pas de vaccin. Les moustiques s’en donnent à cœur joie. La société fait faillite, et entraîne avec elle une multitude de petits porteurs. C’est le premier scandale financier du Panama. Sous la houlette de Théodore Roosevelt, les américains reprennent le chantier. Ils y voient comme toujours un intérêt personnel ! Ils mettent au point un système réellement ingénieux d’écluses qui permettra de moins creuser dans la montagne. Le chantier demeure titanesque et dure dix ans. L’ouvrage est livré en août 1914, quelques jours avant le début de la guerre du même numéro. C’est un canal d’eau douce. Pour cela, il a fallu créer un gigantesque lac artificiel, le lac Gatun, alimenté par les rivières et les eaux de pluie (abondantes sous ces tropiques), dont le niveau est bien au-dessus de celui de la mer. De part et d’autre, côté Atlantique et côté Pacifique, des écluses sont créées, destinées à monter les bateaux du niveau de la mer à celui du lac, et à les descendre à l’autre extrémité. Quand on pense qu’aujourd’hui, des cargos longs comme la hauteur de l’Empire State Building sont soumis à ce relevage et à cette redescente, on mesure le génie conçu il y a plus de cent ans.

Il faut huit à dix heures pour traverser le canal qui mesure 80 kms de long. En comparatif, le contournement de l’Amérique du Sud prend trois semaines. Gain de temps. Gain d’argent. Si le péage est cher, en moyenne 100.000 US$ par passage (même avec une cagnotte litchi, je n’en ai pas les moyens), le gain financier est certain. Les navires qui empruntent le canal aujourd’hui sont essentiellement des porte-conteneurs parfois immenses. Les grands bateaux de croisières s’y font voir également. A Gamboa, un peu plus loin, au débouché du lac Gatun, je rencontre des français qui font escale. Leur bateau va jusqu’en Martinique. Les américains l’ayant construit, ils ont pris possession de l’exploitation. Une large zone, de part et d’autre du canal, était dévolue à l’exploitation, donc américaine, coupant le pays en deux. Les américains étaient chez eux, en nombre, comme dans une colonie. En 1989, Jimmy Carter a rendu l’exploitation au Panama et les américains se sont retirés. Aujourd’hui, le Donald coiffé d’un paillasson aimerait certainement reprendre le contrôle pour, notamment restreindre la route aux navires chinois. Et puis Carter était démocrate. Imaginez la suite du discours.

Lors de ma venue à l’écluse de Miraflores, celle qui est proche de Panama City, côté Pacifique, je n’ai pas assisté au passage d’un immense cargo. L’intérêt était donc relatif, surtout compte tenu du prix du billet. En revanche, il y a la projection d’un film très intéressant en Imax (3D) sur la genèse, la construction et les enjeux. Tout cela narré par Denzel Washington. Cela vient compléter le très beau Musée du Canal qui se trouve au Casco Viejo, à Panama City. A la sortie du film, les visiteurs se retrouvent dans la boutique (évidemment) et le restaurant. L’affaire est bien mercantile ! Ce qui est incroyable est que l’ensemble des produits vendus, y compris les t-shirts (chers) vient de Chine. J’ai un peu tout regardé, je n’ai trouvé aucune autre provenance. Je reviens souvent à ce fait, désolé, mais quand notre monde prendra-t-il réellement conscience de cette dépendance extrêmement dangereuse ? N’y a-t-il personne pour parer le désastre ? Bref, je ne suis pas venu au Panama pour acheter des t-shirts fabriqués à l’usine Gang Bang ou Xing Tao de Wuhan !

Je suis un peu coincé par le mauvais temps. Une amie m’envoie une phrase très juste : « quand un voyageur quitte sa maison, il perd 100% de la possibilité de contrôler son environnement ». Je ne contrôle rien du tout. Croyant voir des trouées de soleil du côté du Fort San Lorenzo, quelques kilomètres à l’ouest de Colon, à l’embouchure atlantique du canal, j’essaye d’en profiter. Peine perdue. Je me dis que je vais juste prendre une petite douche. En fait, c’est un déluge que je prends. « Noé, range tes biquettes et viens me sauver ! » Pour y accéder, il faut traverser le canal. Le nouveau pont de l’Atlantique (Puento Atlantico), ouvert à la circulation en 2019, est impressionnant. Pont à hauban de 2.800 m de long, le tablier central est à 75 m. de hauteur. Un petit saut à l’élastique ? Cocorico, c’est Vinci qui l’a fait. Le fort, construit par les espagnols à la fin du 16ème siècle, était destiné à protéger la côte Caraïbe du Panama des pirates. C’est joli mais je ne fais que patauger… Dommage. Je file vers Portobelo, espérant, à tort, une accalmie. Je me pose à l’Ofurias Hostal, chambre simple et correcte les pieds dans l’eau (20 €), c’est le cas de le dire aujourd’hui. Les catalogues sur une Mer des Caraïbes translucide et bleu turquoise sont une vaste fumisterie. Une rivière chargée d’eau de pluie colporte des masses de terre orange qui vont colorer la mer à son embouchure sur une vaste zone. C’est très étonnant.

A quelqu'un auprès duquel je m'étonne du temps alors que nous sommes en saison sèche, il me répond "Loco tiempo" ! Cela devient ma phrase d’introduction favorite. Mes interlocuteurs acquiescent.
En ouvrant la porte de ma chambre ce matin, je fais face à un rideau d’eau presqu’impénétrable. Je ne suis pas surpris, cela fait un moment que les larmes du Bon Dieu cognent sur les toits et partout où ça fait du bruit. Qu’ai-je fait pour mériter son ire ? (son ire… rigolo). Quand il ne pleut pas, l’air est saturé d’humidité à 90%. Tout colle, je colle. Résultat, je déchire aujourd’hui un t-shirt et un pantalon au niveau du genou. Leur investissement était amorti depuis longtemps, mais j’y étais tout de même attaché !

Je pensais Portobelo petit écrin touristique. Pas du tout. C’est un village resté dans son jus (authentique et pauvre), avec quelques églises. Difficile d’imaginer qu’il fut la plus grande plaque tournante du commerce des marchandises précieuses, des esclaves, des machines à laver et des fleurs en papier de la côte Caraïbe. De là a commencé la colonisation du Panama. Les esclaves et les produits d’Europe arrivaient là puis étaient répartis. Une route menait à Panama Vieja. C’est Christophe Colomb himself qui lui a donné son nom. Il trouvait l’endroit joli.

Le temps tourne au « beau ». J’en profite pour pousser un peu plus loin. Déjeuner à Puerto Lindo, effectivement joli, selon les critères de ce que j’ai vu jusqu’à présent. Le soleil améliore nettement le point de vue. C’est loin de tout, presque le bout du monde. D’ailleurs la route s’arrête quelques kilomètres après le village. Cette route est un joli ruban noir dans la verdure. Le Pays Basque a tout à envier à cette terre saturée d’eau. Quelques fermes où paissent de bien belles vaches. L’herbe est grasse à souhait. Si, en fin de parcours, j’ai du temps à revendre et que le soleil est bien présent, je reviendrai bien dans les parages. Il y a des randos, il y a des îles et il y a le sourire des gens qui disent facilement hola.

J’espère vous avoir bien transportés.
A savoir : le café est dégueulasse (à l'américaine, plein de flotte). En ajoutant du lait et plein de sucre, ça passe mieux. Mais bon, il vaut mieux ne pas en boire ! Il y a deux bières nationales, la Panama et la Balboa. Ce sont deux blondes qui rafraîchissent mais qui ne casse pas des briques. En même temps, ce n'est pas ce qu'on demande aux blondes :) Je parle des bières évidemment... Je tiens à conserver mes lectrices...
Idées de tarifs d’entrée :
Tous les sites n’appliquent pas les mêmes règles (résident / non résident, sénior ou non, etc.)
- Biomuseo : 16 US$ (tarif senior)
- Panama Vieja : 16 US$ (tarif non résident)
- Museo del Canal : 10 US$
- MAC Panama / Musée d’Art Contemporain : 5 US$ (tarif senior)
- Ecluses de Miraflores : 17 US$
- Fort de San Lorenzo : 5 US$