Je vous écris de Bichkek.

 

D’où ça ? Oui Bichkek, Bichkek au poivre, Bichkek hâché ou Bichkek frites… Tom s’esclaffe 😊

Et c’est où ça Bichkek ? Un peu à l’est, 6.500 kms de Paris. Bichkek est la capitale du Kirghizistan. Du quoi ? J’ai bien conscience que l’indice n’éclaire pas tellement plus.

Revenons d’abord à Tom. Pour son voyage (en retard) de ses 18 ans (il en a maintenant 19), on recherche une destination à part, entre inconnu et incongru. Pas seulement une destination, un lieu de choses à partager, pas que visiter, pas que voir en vrai ce que disent déjà les guides. J’ai bien pensé à une ascension du Kilimandjaro, Tom aurait suivi (ou plutôt précédé). J’ai pensé à mon grand âge, à mes essoufflements. Je n’ai pas pris le risque de la frustration de m’arrêter en cours de route. Alors que disent les guides sur le Kirghizistan ? Je n’en trouve qu’un seul, écrit en anglais, aux éditions Bradt, qui paraît pas mal, comme les anglo-saxons savent bien faire. Je suis mauvaise langue, il existe aussi un Petit Futé sur la destination, mais tellement mince qu’il ne peut être que survol, drone de guide ! Donc pour ce voyage, me voici flanqué de mon adu(lescent).

Bon d’accord, mais ça ne nous dit pas où se trouve précisément Bichkek, capitale du Kirghizistan.

On y vient, on y vient, voici les informations de base de ce petit pays au cœur de l’Asie Centrale. On s’endormira plus cultivé(e) ce soir.

 

Le Kirghizistan, donc, est une petite république parlementaire bordée par 4 pays : l’Ouzbékistan à l’ouest, le Kazakhstan au nord (Bichkek n’est qu’à 20 kms de la frontière), la Chine à l’est et au sud-est et le Tadjikistan au sud. Ça fleure bon l’ex-soviétisme, l’ethnisme, le trou d’un cul d’un bout de monde. Les ouïghours maltraités par Monsieur Xi et toute sa clique vénéneuse, le doigt sur la couture du pantalon fabriqué dans les usines aux pratiques sociales douteuses, les ouïghours donc, ne sont pas loin dans le Xinjiang, juste un peu à droite. Ils font bordure, mais traversent-ils ?

Le Kirghizistan est un pays essentiellement montagneux. Tom aime la montagne, il n’a pas été difficile de le convaincre. Le point culminant est dans les nuages, à plus de 7.000 mètres d’altitude, plus haut que le Kilimandjaro. Nous n’irons pas nous asphyxier si haut, mais il est probable que nous serons régulièrement vers 3.000 mètres. D’ailleurs la moyenne d’altitude du pays est 2.750 mètres. Le point le plus bas est à 400 mètres. A vos compas… Bichkek est installée sur un vaste plateau à 800 mètres d’altitude.

Le Kirghizistan est un petit pays de 200.000 km² (550.000 km² pour la France) d’à peine plus de 7 millions d’habitants (dont près d’un million à Bichkek), soit près de 10 fois moins que la France. Qui aurait envie d’habiter à 7.000 mètres d’altitude ? Cela augure de grands espaces peu peuplés, de nomades qui parlent le kirghize (que j’apprends être une langue turcique) pour les trois-quarts de la population et aussi le russe pour près de la moitié. C’est d’ailleurs l’une des trois ex-républiques soviétiques à avoir conservé le russe comme langue officielle (avec le Kazakhstan et la Biélorussie). L’écriture est cyrillique, ça ne va pas arranger nos affaires ! On parle un peu ouzbek aussi et deux autres langues minoritaires : le doungane d’origine chinoise et l’ouïghour. On se débrouillera avec nos mains ou l’anglais, peut-être…

Le Kirghizistan faisait donc partie de la grande Union Soviétique, jusqu’à ce qu’un certain Mikhaïl Gorbatchev desserre les verrous. Le Kirghizistan déclare son indépendance le 31 août 1991, quelques mois avant l’éclatement de l’Union Soviétique, en décembre. Il y a 34 ans seulement. Le temps cependant de quelques révolutions et manifestations d’après indépendance non préparée, contre la corruption, les fraudes électorales ou l’état déplorable de l’économie. Un cheminement classique en fait. On ne se libère en général d’une dictature que pour s’engager dans une autre… 2005 avec la révolution dite des tulipes, 2010, 2020… Quelques présidents et exécutifs ont valsé, quelques opposants ont été embastillés, au mieux muselés, quelques morts, beaucoup de blessés… Les Etats-Unis, pas encore trop imprévisibles, ont souhaité de loin le retour à la stabilité. Ils avaient une base militaire leur permettant d’acheminer hommes et matériels en Afghanistan. Plusieurs constitutions successives ont été écrites : régime présidentiel, puis semi-présidentiel, puis parlementaire… Je me suis perdu dans les lectures, ce monde est bien confus, c’est le bazar.

Cela semble s’être calmé, mais le Kirghizistan demeure un pays pauvre, donc fragile. L’économie repose essentiellement sur l’agriculture, beaucoup d’élevage (moutons essentiellement) et l’exportation de métaux non ferreux, de minéraux, d’or (10% du PIB) et d’uranium (dégâts écologiques, investissements australiens ou canadiens, dont on se demande ce qu’ils viennent faire là !). Le PIB par habitant est de 3.600 $ en 2017 (44.000$ pour la France). Le Kirghizistan se situe à la 150ème place (sur 190). Et le Covid venu du voisin chinois n’a pas arrangé les choses. Le tourisme existe, mais est peu développé, même s’il s’accroît. Quelques agences locales assurent des circuits, les treks sont prisés, à pied ou à cheval…

 C’est dans ces conditions que nous atterrissons à Bichkek, capitale du Kirghizistan. C’est l’aéroport Manas, du nom de la star légendaire du pays, comme Skanderbeg en Albanie ou Charlemagne en France. Il est 5 heures du matin. Nous sommes partis d’Orly il y a 10 heures, avec un stop rapide à Istanbul. Air Pegasus nous a transportés, 1.366 € AR pour nous deux. Installés au bord du hublot, nous n’avons rien vu dans la nuit. Il y a quatre heures de décalage avec la France.

On vient nous chercher à l’aéroport. C’est inédit pour moi, ce n’est pas arrivé beaucoup dans ma vie, peut-être une gentille amoureuse, il y a longtemps… J’ai réservé un hôtel avec piscine. Il va faire chaud, ça sera bien. Nous dormons une heure ou deux dans le lobby, en attente d’une chambre disponible, dans laquelle nous écrasons jusqu’à midi. Pour cette première journée tranquille, dès que nous nous allongeons, nous dormons. Déjeuner au Café de Paris, histoire de nous acclimater doucement. Pour faciliter encore plus notre intégration, nous allons manger un médaillon de filet mignon le soir, et puis une pizza le lendemain 😊 Bichkek n’est pas une jolie ville, loin de là. On n’y vient pas pour son patrimoine architectural. La ville n’a pas d’histoire lointaine. Les bâtiments et le quadrillage des rues, larges avenues, datent de l’ère soviétique, époque durant laquelle l’idée était de maintenir la population dans un profond état de dépression ! C’est une capitale. On trouve tout. Des centres commerciaux, des trottinettes électriques, des cinémas, de jolies minettes bien habillées et qui sentent le parfum et qui portent leur sac à main coincé dans leur coude avec l’avant-bras replié en l’air, la main tenant le smartphone indispensable… Comme partout. Voyager devient un long fleuve tranquille et globalisé. Il va falloir que nous apprenions sérieusement notre alphabet cyrillique ! Quelques séjours en Grèce nous donnent quelques bases. Et puis, pour les menus des restaurants, Google Trad fait son office. Voyager est devenu trop facile !

Dans la rue nous croisons tous types de faciès, chinois, mongoliens, slaves… Le tourisme prend de l’ampleur, près de trois millions de touristes en 2023, un record. 95% de ceux-ci viennent d’Asie centrale. Le touriste n’est pas qu’occidental, qu’on se le dise. Cela place le pays au 50ème rang mondial des pays visité. Ce n’est pas si mal, je suis étonné. Très loin des standards de la France, mais tout de même. A Bichkek, il y a une quantité de bureaux de change, autant que de touristes peut-être. La conversion est simple : 100 soms pour un euro. Attention, sur les marchés, si on lit KGS après un nombre, ce n’est pas le poids, mais le prix. KGS = Kirghiz Som. Il y a forcément une élite à pouvoir se permettre d’aller dans la multitude de bons cafés et restaurants. Paraît-il cinq ou six milliardaires et quelques dizaines de millionnaires qui stockent leur argent à l’étranger, bien à l’abri. L’argent ne revient pas au pays. Et un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et quantité de kighizistanais font chercher la lune ailleurs.

Pour les voyageurs pressés, qui viennent au Kirghizistan pour sa nature et ses montagnes, l’étape Bichkek peut se réduire à une journée, voire être effacée du circuit. Il fait chaud et lourd. Nous sommes encore fatigués et un peu paresseux. Nous zappons le Osh Bazaar, nous irons demain avant notre départ pour notre circuit. Pour les montagnes. Mon adu trépigne.

J’espère vous avoir bien transporté…

Eric, heureux qui communique et fait de beaux voyages…