Kalimera
Spilli est une petite ville agréable où la plupart des visiteurs viennent au déjeuner casser la croûte. Je trouve d’ailleurs qu’à part les restaurants et les boutiques à touristes, il n’y a pas grand-chose à y faire. Je loge à Mourne, à quelques kilomètres de Spilli, en pleine campagne/montagne, dans une petite maison pour moi tout seul. C’est royal. 43€ la nuit. Une petite taverne familiale toute simple pour mes premiers souvlakis (brochettes). La vallée d’Amari, qui démarre ici, est fertile et verte. Des petites routes serpentent de villages en villages de façon très bucolique. Chaque village a son église, sa taverne où semble se trouver l’ensemble de la population. Gerakari détruite par les allemands en 1944, reconstruite sans que cela paraisse trop moderne, Modernas justement et sa toute petite église du 14ème siècle bien restaurée (fresques top d’origine), Amari et ses quelques grandes maisons vénitiennes où je déjeune d’une salade et du fromage de la patronne, Monastiraki, Thronos… A chaque fois, des vues magnifiques sur vallées et montagnes. Pour le repos du guerrier, direction les plages du sud vers Plakias, station balnéaire semble-t-il quelconque où je ne vais pas. Plongeon à la plage de Damnoni, l’eau est toujours excellente, mais il y a beaucoup de vent côté sud. Au delà du rocher, on accède à la micro plage d’Ammoudi où c’est la planète des singes naturistes. Plus loin, l’officielle plage d’Ammoudi est pas mal aussi. Toutes ces plages sont préservées du monde car il n’y a pas de village dans les parages. Encore plus loin, aux pieds du monastère de Preveli (du nom d’un faiseur d’icônes d’il y a fort longtemps), se trouve la plage de Preveli, dite aussi Palm Beach, rien que ça, car la rivière qui se jette dans la mer à cet endroit est bordée de palmiers. C’est somptueux vu du haut. Du parking en hauteur, il faut dévaler un sentier d’un kilomètre en à-pic. Il faut de bonnes chaussures et un bon cardio pour la remontée. Je n’ai rien de tout ça aujourd’hui. Je renonce à mi-parcours. Je ne voudrais pas susciter plus tard la même pitié que j’ai maintenant lorsque je croise les pauvres gens qui remontent, même les jeunes. Cette plage se mérite. J’ai eu mon compte d’eau de mer aujourd’hui. En voilà un bon argument à ma paresse (ou lâcheté).

Au dîner : c’est le cuisinier qui entreprend chaque client, soulève les couvercles des grandes casseroles et détaille les différents niveaux des fours. Je choisis un plat de légumes ce soir, aubergines, tomates, oignons… ingrédients simples mais tellement fondants dans je ne sais combien de litres d’huile d’olive ! Excellent vin rouge, j’ai pu déguster avant car méfiant, ma dernière expérience était infâme

Je quitte ma petite maison rurale et m’embarque sur le chemin de La Canée au nord-ouest. Petites routes de montagne Dans les parages, le point culminant de la Crète est à 2.500m. Et la mer arrive vite, qu’on aille vers le nord ou vers le sud. Toute en longueur, la Crète est une sorte de rectangle de 260 kms de long par 12 à 60 kms de large. En superficie, elle est presqu’aussi vaste que la Corse. Les criques que je vois du haut ne me conviennent pas, trop de vagues, trop de touristes, je deviens exigeant. Mais j’ai besoin de mon quota de nage quotidienne, alors va pour la plage de Kalivès. Je trouve cette plage blindée de monde. Qu’est-ce que ça sera dans un mois ! Ceux qui ne trouveront pas de place sur le sable seront jetés à la mer, une vraie pissotière ! Les gens d’ici louent parasol et transats (8-10€ par jour) pour la journée et font le lézard. Derrière chaque concession de parasols alignés, il y a un bar resto. Ah les belles vacances… Moi je viens, je nage, je me sèche, je regarde les jolies filles et je repars. Je retourne déjeuner dans l’arrière-pays (Gavalochori, Vamos) où viennent s’échapper ceux qui en ont marre de faire le tournedos sur le sable. Rien à voir avec les plages et stations balnéaires de l’est ici…

A La Canée, j’ai un super petit studio à 1.500m du centre. Je suis le 2ème occupant. C’est tout propre, tout bien fonctionnel et arrangé. Clim bienvenue. En guise d'autre bienvenue, gâteau, miel, pastèque, jus d’orange, raki… C’est l’accueil crétois, pour peu qu’on ne soit pas dans une zone hyper touristique (trop de monde, ça coûterait un bras). Il y a une petite boulangerie pile de l’autre côté de la rue. La boulangère m’offre toujours un petit pain rond avec mon croissant (excellent). Mais ne vous méprenez pas, la boulangère d’ici a quatre fois l’âge de celle fantasmée de la chanson de Joe Dassin, zaïzaïzaïzaïzaï. La Canée (ici on écrit Xavia en grec, traduit par Chania ou Hania sur les panneaux, et on prononce Kania) est la ville la plus visitée de Crète. C’est la plus jolie, avec des vrais restes patrimoniaux. Victime de son succès, trop de monde, trop de boutiques et restaurants qui masquent d’ailleurs les beaux bâtiments. Il y a un petit musée du football national grec. Et puis quoi encore ? La ville me fait penser à Kotor au Monténégro, magnifique mais dévoyée par le tourisme de masse. Sur les murs, des habitants s’en plaignent et incitent les touristes à rentrer chez eux, ils préfèreraient accueillir des réfugiés. Les touristes passent devant sans regarder. Il faudrait leur dire « s’il vous plaît ! ». Je déambule et ne tarde pas à m’échapper. Il y a une base de l’Otan dans les parages. Les murs demandent aussi son départ. Les murs n’aiment pas non plus AirBnb et le font savoir. Il faut dire que la vieille ville n’est plus à sa population (hôtels, studios, restos, boutiques…). Mais voilà, les gens ne veulent plus d’AirBnb chez eux mais trouvent que c’est bien pratique quand ils se déplacent. Ils trouvent honteux toutes ces importations chinoises mais achètent parce que c’est moins cher. Ils sont à fond pour les énergies renouvelables, mais pas d’éoliennes près de chez eux hein ! D’autres encore rejettent l’immigration mais n’accepteraient pas les emplois d’esclaves sous-payés… Les gens ont voté Sarkozy pour ne pas avoir la Royale. Puis ils ont rejeté Sarkozy pour la Hollande bonhomme, dont ils ont été bien déçus. Après, ils ont voté Macron pour ne pas avoir à faire Front national. Et aujourd’hui ce ne serait pas si mal ? Jusqu’à la prochaine désillusion (qui risque d’être bien rapide !). Sujet de philo au Bac : l‘inconstance de l’être va-t-elle à l’encontre de la constance de l’âme ? Vous avez quatre heures.

La visite de La Canée sera plus rapide que prévu… Je m’extirpe de la boulimie de consommation vacancière. L’arrière-pays est vite trouvé, quelques villages de montagne, Meskla et ses allures de bout du monde, comme abandonné, Olamos où démarre le parcours de la fameuse gorge de Samaria, Fournes et son église fermée, tant pis pour les fresques, et Lakki où je déjeune face au vide d’un bouraki. C’est une sorte de salmigondis composé de pommes de terre, courgettes, fromage crétois, menthe, persil et herbes du cru cuit au four. C’est bon mais manque de structuration. Sur la route, les orangers remplacent les oliviers, puis quelques conifères. Plus haut c’est tout pelé. De la neige en hiver. Les grillons battent des ailes en guise de bienvenue. C’est parfois assourdissant. Moi j’entends Hip hip hip Eric. D’ailleurs le bruit des grillons est Ricricricricricri…. Au plus haut, ma 108 bien faiblarde manque d’air et n’est pas loin de s’évanouir. Il ne manquait plus que je tombe sur une asthmatique ! Au retour, petite plage pour montrer mes tablettes aux adolescentes qui font bien de l’économie sur le métrage du tissu, et pour faire peur aux poissons. L’eau est savoureuse. Moi, pour me maintenir jeune, je lis « Le père Goriot ». Ça me rappelle effectivement ma jeunesse. Mais est-ce un bon souvenir ? Jusqu’à présent, même à La Canée où le touriste abonde, je n’ai jamais été vraiment racolé à l’entrée des terrasses et restaurants. Juste parfois un « kalimera » ou un « kalispera » quand je pose mon nez sur le menu… A l’ouest superbe et immense plage, Falassarna, l’eau est plus translucide qu’à la piscine.

L’arrivée sur Hera Skafion, au sud de l’île est impressionnante. C’est une véritable plongée dans la mer. Du haut on se sent oiseau et je comprends les passionnés de parapente. On longe la gorge Imbos, véritable entaille dans la montagne jusqu’à la mer. En Crète il y a une bonne dizaine de gorges que l’on peut emprunter avec de bonnes chaussures et surtout beaucoup d’eau pour éviter la gorge sèche. La gorge Moustakis, la gorge Pompidou, la gorge Brassenès, la gorge Simenou, la gorge Sandas… Et moi en ces temps électoraux, c’est à fond que je soutiens Gorge ! Stoooooop ! La prochaine fois c’est promis, je viendrai marcher en Crète. Mais là, je n’ai plus le temps. La bonne excuse. Hora Skafion est une toute petite station balnéaire enclavée, sans trop de prétention. Même s’il n’y a que des restaurants, des hôtels et studios de vacances autour de son petit port, c’est très agréable. Je suis un peu en hauteur dans un studio aménagé comme il y en a pléthore en Grèce. Un peu cher, 57€, mais vraiment agréable, chambre pour 3, vue sur la mer. Je vais bien dormir ici. La petite plage en forme de croissant de tous petits galets est vraiment agréable. L’eau est encore translucide. Je reste deux heures dans l’eau, juste le temps de ne pas avoir les pattes palmées. De Hora Skafion, des bateaux partent cabot(in)er vers l’ouest pour des lieux parfois uniquement accessibles en bateaux. Je n’ai plus le temps de batifoler. Dommage.

Au dîner : ragoût de chèvre en sauce pas mal et ses petits légumes de saison, accompagné d’un verre (sans pied) de vin rouge pas mal aussi. C’est le patron qui m’a amené en cuisine pour faire mon choix. J’ai choisi et je n’ai pas demandé le prix. Ca me servira de leçon, mais ça va, j’ai plein de tunes.
A un autre dîner, ailleurs, La Canée je crois, au milieu des restaurants touristiques du front de mer, le serveur se précipite à ma table avec une petite bouteille d’eau qu’il dévisse et me remplit le verre. Comme ça, ni vu ni connu je t’embrouille, il va me compter la petite bouteille d’eau que je n’ai pas souhaitée ni commandée dans l’addition. Je râle, je râle beaucoup même. C’est insupportable cette arnaque touristes. Ils ne font pas ça avec les locaux. Dans pleins d’endroits maintenant, on apporte la carafe et c’est gratuit. Résultat, on s’aplatit en excuses, on ne me compte pas l’eau et on m’offre un joli dessert avec un verre de raki 😊

La route du sud qui longe la côte en surplomb est magnifique. Difficile de garder la tête sur la route pour ne pas être aspiré dans le vide. Quelques hameaux traversés, chacun sa taverne, le côté sauvage me fait penser à l’est de l’île. Réthymnon, la deuxième ville de Crète en population, me plaît déjà, à peine arrivé. Et tant pis si je loge dans un sous-sol sans fenêtre (mais bien équipé) du coup un peu cher (56€ la nuit). Aujourd’hui dimanche, la ville est toute calme, les magasins classiques sont fermés. Ils doivent être tous à la plage. Les ruelles de la vieille ville ont un grand charme. J’irai tôt demain matin avec mon reflex. Rien à voir avec La Canée. La belle surprise. J’ai pourtant sillonné un peu partout, mais le soir, par hasard, je tombe sur une petite artère commerçante et touristique. C’est là que tous s’agglutinent alors que les ruelles adjacentes sont très calmes. La musique donne de partout, les boutiques sont clinquantes et les jolies femmes trop bronzées. Ca me fait penser à Kho San Road, à Bangkok, sans rire. S’ils aiment faire frotti frotta dans leur coin, moi ça me va tant que j’ai mes endroits pour moi et quelques autres que j’accepte quand même volontiers dans ma zone.

Au dîner : stifado, genre de pot-au-feu sauce tomatée, excellent, accompagné d’un bon verre de vin rouge. Lequel ? Finistère et foule de gnômes. 
Dernière journée tranquille. Je ne bouge pas ma voiture. Je ne retrouverais pas ma place de parking. Les places gratuites sont "chères". Je ne vais pas visiter les lieux stipulés par les guides. Les musées sont minuscules et contiennent des redites de choses vues ailleurs. La forteresse vénitienne est sous le cagnard. Je passe du temps dans mon souterrain, location appart, les photos et l’écriture, la sieste... Je vais me balader vers le petit port qui a des allures de Port Grimaud en pleine saison. Les restaurants où ne mettent sans doute pas les pieds les réthymnonnais sont collés les uns aux autres, tables serrées et brouhaha de cantine. Je vais plutôt manger tranquillement en arrière, excellente et copieuse salade. Et puis la plage, celle du port où il y a peu de monde et celle un peu à l’est mais accessible, grande et plus peuplée. La mer est calme et voluptueuse, très agréable à nager.

Voici quinze jours passés bien agréablement. Les premiers jours ont été vraiment très chauds. Moi qui suis contre la clim, j’avoue en avoir profité un minimum. Et puis c’est devenu le climat attendu de Grèce l’été. Les derniers jours ont été encombrés par la remise en location de mon appartement parisien, faire à distance, mettre en ligne, jouer avec un planning très serré, étudier des dossiers, dire oui, penser non, dire peut-être, choisir et renoncer. Je me promets un chouette retour. Au moins j’aurais échappé temporairement au pire printemps en France depuis longtemps je pense, et surtout à la cacophonie politique (et sociétale) française. Et que devienne Gaza ? Quelles avancées en Ukraine ? Prrrrrt, no se. Et la non-folie olympique ? Prrrrt de prrrrt… Je constate qu’autour de moi et les messages échangés, très très très peu (une seule personne en fait) sont satisfaits de la montée de l’extrême droite. Ou bien ils cachent bien leur jeu. Où sont-ils alors les 38% promis ? Qu’on ne me sonde pas, moi-même et ma cour ne sommes pas représentatifs de l’opinion. Pour ma part, on le sait depuis toujours.

On me dit : « dis voir mon p’tit Eric, t’en as pas marre de voyager tout seul ? ». Alors c’est que je ne suis jamais seul. Il y a tous ceux autour de moi, des vacanciers, des marcheurs, des consommateurs, des nageurs, des gros, des grands, des laids, des qui ont le nez en trompette, des ptites nanas, des gros nénés… Certes ce n’est pas ici le genre de destination où je vais chercher le contact. Alors je suis libre, parfois bien, parfois en fuite. Et puis il y a vous tous. Mine de rien vous êtes là et inspirants. Je vous écris. Peut-être même qu’en me lisant vous vous y croyez d’être avec moi. Je pense à vous un peu… beaucoup… passionnément… Je pense à Nicolas dont les beaux-parents de son fils habitent Sitia, dont j’ai vraiment aimé la sérénité. Je pense à Nanette et son Espagne au climat proche d’ici, et qui pourtant est venue se commettre dans les Alpes cette semaine (temps dégueu). Je pense à Dominique qui parcoure à peu près les mêmes destinations que moi, dans d’autres conditions, d’autres points de vue. Je pense à Nathalie, on s’est échangé des écrits, elle trouve les fautes d’orthographe, une fidèle supportrice, elle va tout me lire je pense. Je pense à Christian quand je poste des photos, allez oui celle-là, elle plaira à Christian et Françoise, on se connaît depuis plus de 60 ans, mais se connaît-on vraiment ? Je pense à Tom, tout le temps. Je pense à William, nous avons des grandes divergences d’opinion, de vie, de tout en fait, mais nous réussissons à nous supporter, il a été un de mes grands lecteurs. Je pense à Josy lors de mes marches, elle qui adore ça et que ses genoux font souffrir à faire des castagnettes. Je pense à Gilles quand je nage loin du bord. On remet ça bientôt, hein Gilles ? Je pense à Ysa qui envoie un petit mot de temps en temps en économisant ses mots. Je pense à Sabine, à ses enthousiasmes, souvent de bon conseil quand elle se concentre. Je pense à Astrid qui va nous faire un cake (aux dattes) si je ne la cite pas 😊. Elle habite en Jordanie. Pourquoi en Bardellanie tant qu’on y est ! Je pense à ceux auxquels je ne pense pas là tout de suite, mille pardons, ceux qui sont destinataires de ce blog, les autres… Ça fait donc du monde dans le cortège. Manquerait plus que ça que je me retrouve seul ! Et moi je vous écris. Ma manière de vous dire que je vais plutôt pas mal du tout. Je ne donne pas vraiment de nouvelles sinon, je l’admets.

Mon budget pour ces deux semaines a été d’environ 1.800 € (310€ pour avion et taxis aéroports, 680€ pour les hébergements, 48€/nuit, 300€ pour la location de voiture et l’essence, et 500 € pour le reste, essentiellement nourriture et achats divers, visites…), soit 128€/jour.
Pour les photos, je suis un peu réservé. Je ne suis pas un bon photographe de paysages ou de grands espaces et pourtant qu’il y en a de beaux ici. Je me suis toujours fait cette réflexion en Grèce. Alors je me rabats sur ce que je trouve en ville, pas mal de photos smartphone aussi.
J’ai bien mangé, j’ai bien bu et j’ai hélas la peau du ventre bien tendue.

Merci de m’avoir lu.
A la prochaine
