Je vous écris d’Amman, Jordanie
Un trop court séjour (une dizaine de jours) en Jordanie. Revoir l’essentiel, avoir quelques regrets et l’envie de revenir. Ma première et seule venue dans ce pays : 1994. Plus trop de souvenirs précis. Je dois réfléchir pour savoir qui m’accompagnait 😊. Je me souviens avoir aimé Amman la capitale, je ne sais plus pourquoi. Petra m’avait époustouflé, évidemment, Très peu de touristes. Très peu de constructions. Ça a naturellement changé. Je me rappelle les couleurs et couchers de soleil du Wadi Rum et avoir expérimenté la flottaison de mon corps moins lourd sur la Mer Morte. C’est à peu près tout. Je profite aujourd’hui de la présence de mon amie Astrid et de vols Ryanair abordables. J’ai rencontré Astrid en 2019 en Inde, en Assam. C’est une voyageuse. Elle en fait son métier. Rédactrice pour le Petit Futé et vendeuse de circuits dans plusieurs pays. Nous nous sommes retrouvés l’année suivante au Rajasthan, toujours en Inde et c’est avec elle que je me suis fait rapatrier à cause du Covid qui prenait de l’ampleur. Elle travaille aujourd’hui à Amman pour le compte d’une agence française. Elle vend des circuits sur mesure en Jordanie bien sûr, à Oman et Arabie Saoudite, mais aussi en Inde, en Asie centrale, etc. Après une dure période covidesque, les affaires repartent.

L’avion est quasiment plein, beaucoup de touristes, j’en suis un peu étonné compte tenu de la situation dans les parages. La Jordanie est un pays stable, au voisinage assez remuant : Irak, Syrie, Liban, Israël… J’ai quand même trois sièges pour moi tout seul, je ne vais pas râler. Les procédures sont très longues à Beauvais, pourtant il y a peu d’avions. Un peu plus de quatre heures de vol et c’est également un peu long à l’arrivée. Trop peu de personnel. Pour le visa, qu’il faut faire tamponner, j’ai acheté un Jordan Pass en ligne au préalable (95€). Ce pass donne droit au visa et à l’entrée dans quasiment tous les sites touristiques. Ca vaut vite le coup. Je trouve chère la carte sim (36€). J’ai l’impression de faire la même réflexion à chacun de mes voyages maintenant. Ils ont compris que ce bout de plastique était indispensable aux visiteurs. J’attends également un peu pour l’obtention de la voiture de location, une Nissan automatique très bien (25€/jour).

L’aéroport est à environ 40 minutes de la capitale. Je branche Google Maps et me laisse guider. Je retrouve Astrid à son appartement à l’heure de mettre les pieds sous la table. On papote et au schoff. Astrid me raconte son hiver frigorifié, 8°C dans l’appartement, le chauffage déficient. La Jordanie n’est pas qu’un désert torride. Ces jours-ci, il fait bon, 25-35°, l’été est lancé. Pendant six mois, pas besoin de se préoccuper si le ciel sera bleu ou non. Il sera invariablement bleu. Il n'a pas beaucoup plu cet hiver. Il va donc falloir s’attendre à une belle aridité. La Jordanie est un pays sec et l’eau est parfois rare. Ce n’est pas Versailles ici. Une usine de désalinisation d’eau en Mer Rouge vers Aqaba, est en construction. Dans le quartier d’Astrid, on boit et achète de l’alcool facilement, l’islam est tolérant. La Jordanie produit du vin, rouge ou blanc (Sauvignon). Cela rappelle qu’il n’y a pas que des musulmans ici (90% quand même), mais aussi des chrétiens de toutes obédiences qui, comme partout en orient, doivent se méfier des éternuements des musulmans radicaux qui ne supportent qu’eux-mêmes, et encore. Les forces de police protègent maintenant les messes, on ne sait jamais.

Route pour Jerash, site romain incontournable à visiter en Jordanie. Une heure de route. De fait il est vaste et magnifique. Un gardien de parking me certifie qu’il n’y a pas de parking gratuit à Jerash. Les yeux dans les yeux. Je sais bien que non. C’est gratuit à l’entrée du site. Je trouve qu’il y a beaucoup de monde, des touristes blanc becs comme moi (ça parle pas mal français) et aussi des bus scolaires qui déversent beaucoup de gamines virevoltantes excitées. L’une d’elle me demande mon nom et ma nationalité évidemment et puis « do you love Palestine ? ». « Of course, and I like everybody ». Elle et ses copines me disent Bravo et me tapent dans la main. Avant ma promenade dans le site, je prends un café, épais comme du porridge, à boire et à manger ! Café turc. Il est vrai que les ottomans ont investi les lieux pendant plusieurs siècles. Le site est entouré de la ville nouvelle. Jerash est une des villes du Décapole institué par les romains. Je passe par la forteresse d’Ajlun, mais j’en ai marre de la route qui monte et descend fort comme dans des montagnes russes. Pour monter sur une colline, c’est en ligne droite, pas de lacets.

Pour descendre au sud vers Petra, Aqaba et le Wadi Rum, il y a trois routes possibles. A l’ouest, voici la route de la Mer Morte qui longe ladite mer et le Jourdain (Jourdain… Jordanie… capito ?) qui font frontière avec Israël et la Cisjordanie. La route centrale est la Route des Rois qui tourne entre les collines. A l’est, c’est l’autoroute du désert, plus rapide mais pas très folichonne, ce n’est pas un beau désert de dunes. Je fais un mix : autoroute du désert jusqu’à la bifurcation de Kerak. Je remonterai par la route de la Mer Morte. Comme ça tout le monde sera content. A Kerak se visite une forteresse bâtie par les croisés il y a 900 ans. La vue y est époustouflante. Les croisés n’ont pu la défendre que cinquante ans environ, laissant la place aux ottomans et aux mamelouks.

J’embarque un jeune couple de français jusqu’à la prochaine étape qui est Dana. La route est merveilleuse malgré que cela soit bien aride. Comment des gens ont-ils eu l’envie de venir camper dans ces parages ? Blister et moule de gnome. A un arrêt photos, deux gamins tentent de nous vendre trois œufs. En contrebas, la maman surveille qu’on ne va pas voler ses enfants. Dana est un petit village perdu dans un bout de vallée, plus ou moins abandonné avec ses maisons de pierre en ruine et en partie rebâties pour suivre un projet de biosphère. De belles randonnées sont à faire. Plusieurs maisons sont des guesthouses et des restaurants. Je laisse mes jeunes sympas comme tout, ils vont dormir là. Ils voyagent deux mois. Un mois en Jordanie et un autre en Egypte. Ils espèrent trouver un bateau à Aqaba jusqu’à la côte est du Sinaï. Je poursuis ma route jusqu’à Wadi Musa où se trouve le site de Petra. 
La Jordanie, dans ses frontières, est de création récente, à la fin de la seconde guerre mondiale. Les britanniques (Egypte, Arabie Saoudite, Palestine) se partageaient leur influence sur la région avec la France (Syrie et Liban). On considère que la Palestine était la somme d’Israël et de la Jordanie actuelle. Pourquoi ne pas avoir créé un état palestinien formel en même temps qu’Israël ? En 1967 (Guerre des Six Jours), la Cisjordanie a été perdue par la Jordanie et Israël en a pris le contrôle. Aujourd’hui Israël y implante des colonies juives illégalement, le but ultime étant sans doute l’annexion sans retour. La Jordanie a toujours cherché la paix (avec Israël) et s’est montrée fréquentable auprès de l’occident. Il en résulte une situation relativement stable.

Journée merveilleuse à Petra. C’est sans doute la première fois où je ne suis pas déçu d’une seconde visite dans un endroit que j’ai beaucoup aimé. Evidemment pas mal de choses ont changé depuis mon passage d’il y a plus de trente ans. Le Siq était en terre battue. Il est aujourd’hui aplani en dur, ce qui permet aux voiturettes électriques de ne pas sursauter. Elles n’existaient pas. La ville a vu fleurir beaucoup d’hôtels et restaurants. Le centre est plein d’enseignes lumineuses. J’aime rester sur le souvenir de l’authenticité d’avant. Un visitor center tout moderne fait office de billetterie, héberge des boutiques, etc. Petra est un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, ça aide. Fondée par les nabatéens il y a plus de 2.000 ans, la ville était placée sur les routes commerciales de la Turquie à l’Egypte. Un tremblement de terre et le changement de ces routes l’ont faite décliner. Abandonnée ensuite et oubliée. Sauf des bédouins qui se servaient des grottes et tombes pour s’abriter.

C’est le type de sites redécouvert tardivement, parfois par hasard, et qui ont permis de rabouter des chaînons manquants de l’histoire. Comme Angkor, comme des cités amazoniennes, comme la Vallée des Rois… Le Sik est ce long corridor de quelques mètres de large, plus d’un kilomètre de long, ceinturé de chaque côté par de hautes falaises de grès rouge, qui débouche sur le Trésor, ce superbe monument, en fait façade, creusé dans la roche, rendu populaire par Indiana Jones. Autrefois on pouvait entrer dedans pour constater qu’il n’y a aucune profondeur. Ce n’est plus possible. Difficile d’imaginer qu’il y a une semaine une inondation soudaine a emportée deux touristes belges et que les touristes présents se sont réfugiés dans le Trésor (Khasnè).

Aujourd’hui, il fait beau, température idéale. Tout va bien. Je fais un chouette circuit où il n’y a pas grand monde. Les paysages sont époustouflants et les monuments, souvent des tombes, sont incroyables, creusés dans la roche de façon très rectilignes (comment ont-ils fait ?). Le grès rouge est zébré (si on est animal) ou marbré (si on est plutôt minéral), d’autres couleurs, bleu, jaune, noir, etc. De loin, on penserait à de la peinture. Les bédouins ont installé leurs bédouines à vendre ça et là des produits d’artisanat, des écharpes arabes, des pierres multicolores du site, des boissons et parfois des snacks. On se croit aventurier mais on est vite sorti de la survie. Bref c’est merveilleux. Je suis fourbu et ne sais comment je vais réussir à remarcher demain. D’autant qu’Astrid me rejoint le soir pour une randonnée demain. Elle me houspille quand je lui montre mon trajet de la journée. C’est pile ce qu’elle avait prévu avec moi. Elle me l’avait paraît-il dit. On fera autre chose, les possibilités sont multiples.

De bon matin, nous partons vers Little Petra et le village qui a été construit pour les bédouins qui ont été chassés de Pétra. Petit site rien que pour nous, très chouette où la roche est jaune. De là, nous prenons une navette qui nous amène à l’opposé du Siq d’où nous pouvons atteindre le « Monastère », monument le plus haut et large, encore mieux que le Trésor. La marche est moins ardue que les 850 marches pour l’atteindre depuis le cœur du site, et que nous prendrons donc en descente. Arrivés vers le Théâtre, nous grimpons encore pour aller voir le Trésor du haut. Je m’arrête à mi-parcours. Je n’en peux plus. Je m’assois et regarde le panorama extraordinaire. Je crois bien que je dors un peu, la tête reposée sur mes mains. Après le déjeuner, je laisse Astrid et file en voiture vers le Wadi Rum. Deux heures de bonne route.

C’est certainement le clou du voyage. Deux jours et deux nuits de déambulations dans ce petit désert qui jouxte l’Arabie Saoudite. Je me joins à un groupe de quatre français, plus ou moins retraités, originaires de l’Aveyron et de Lyon. Il y a Didier, Ginette, Isabelle et Jean-François. Aurélie, 45 ans, de la Clusaz, viendra nous rejoindre plus tard. Tous ont beaucoup voyagé. J’adore la bienveillance et l’entrain des français qui voyagent. Aux bivouacs du soir, nous retrouvons d’autres français, du Havre ou d’Aix en Provence, de Picardie, une femme militaire basée à Djibouti aussi. Tous ces gens à qui je n’adresserais pas la parole en temps normal. On nous trimballe de places en places, toutes plus belles les unes que les autres. Difficile de croire qu’il y a des millions d’années tout cela était mer. Nous randonnons beaucoup, parfois dans des endroits escarpés et ardus. Nous commençons à ressentir la chaleur et savourons la sieste à l’ombre après le déjeuner, comme si nous étions sur une terrasse panoramique. Le soir, nous dormons à la belle étoile, sur des rochers plats chauffés la journée. Chacun se raconte autour du feu qui sert d’éclairage. Au début, un sac à viande suffit, mais bientôt l’apport d’une couverture est bienvenu. Terminées les couvertures en poils de chameau, on nous fournit des grosses couvertures très lourdes et colorées de motifs floraux synthétiques.

Le quatuor de français va à Aqaba comme moi. Nous nous donnons rendez-vous pour le soir au restaurant Ali Baba. Nous laissons Aurélie suivre sa route. Une heure de route pour atteindre la ville la plus au sud de la Jordanie, seul port du pays, sur la Mer Rouge. Eilat (Israël) est visible très précisément. Un peu plus au sud sur l’autre rive, c’est le Sinaï égyptien. Côté est, à une quinzaine de kilomètres, c’est l’Arabie Saoudite. Les locaux qui le peuvent vont y remplir leurs réservoirs. Aqaba n’est pas une ville terrible, je le savais. Mais je voulais voir la mer et avais en tête le film « Lawrence d’Arabie » arrivait là, avec ses cohortes de bédouins via la traversée du Wadi Rum pour y déloger les ottomans. Je dors dans un très bel hôtel avec piscine en rooftop. La réceptionniste me dit qu’il fait 44°C. Il fait vraiment chaud et le vent du désert colporte la chaleur.

Le lendemain, je pars rejoindre le quatuor de français (on ne se quitte plus) au Bedouin Garden Village et prends une chambre dans un des bungalows. Je négocie la chambre à 22 dinars avec petit déjeuner. La même est proposée sur le site Booking.com à 32 dinars sans le petit déjeuner. Pas la peine donc de s’exciter à réserver quand on n’est pas en haute saison ou que le tourisme n’est pas à son plus fort. Ils me proposent d’emblée de les accompagner à une plongée facile depuis le bord de la plage. Ca me va très bien, je n’ai pas plongé depuis une quinzaine d’années. Coraux magnifiques et poissons multicolores à seulement quelques dizaines de mètres du rivage. Nous descendons à une dizaine de mètres max.

C’est l’heure de la remontée vers Amman pour le retour imminent. J’embrasse mes français, on se fait des promesses de se revoir si à tout hasard je passais dans l’Aveyron… et je vais prendre la route de la Mer Morte. La route qui longe Israël est morne pendant les deux premières heures. Platitude et caillasse. La blancheur éblouit. Mais la route est bonne. Toujours faire attention aux dos d’âne disposés de façon aléatoire… Puis on arrive à la Mer Morte, couleur vert jade par endroits, que la route longe et surplombe. Par un effet du sel, un petit lagon a la teinte rose. Bizarre.

Des baigneurs expérimentent la flottaison. Je passe mon tour, j’ai déjà fait il y a des années, pas d’endroit pour se rincer… Je bifurque bientôt à l’est pour Madaba. Ça grimpe dans de la petite montagne. Très minéral. Quelques bédouins courageux y plantent leur tente dans cet environnement hostile. Madaba, du moins son centre historique, est la plus agréable ville que j’aie vu jusqu’à présent. Je m’y pose au Mosaic City Hotel, chic et spacieux. Madaba, outre qu’elle abrite la plus grande communauté de chrétiens de Jordanie, est réputée pour ses mosaïques. Qu’on trouve dans quelques vieilles églises qui se visitent, dont l’église St Georges dont le sol est recouvert de carreaux de mosaïque représentant la première carte de la Palestine. Ce centre historique est par endroits piétonnier et empli de boutiques à souvenirs qui lui donnent de l’animation. De bons restaurants aussi. Il faut faire un choix.

Détail important, la chaleur n’est plus suffocante, presque frais le soir.
Le Mont Nebo a l’avantage d’être à dix kilomètres à peine de Madaba. Sinon il n’est pas incontournable, mais est le passage "obligé" des touristes. C’est le lieu où Moïse (on y croit) aurait vu la Terre Promise (on y croit encore) et serait mort à 120 ans (on y croit toujours). De là-haut, très beau panorama sur les paysages bibliques, arides, peuplés de rares moutons et bédouins. Le Jourdain coule pas loin. Il y a Jéricho et ses trompettes. Jérusalem à une cinquantaine de kilomètres… Ca me rappelle le catéchisme des petites classes.

Je continue ma route une petite heure, direction As Salt, capitale de région du temps des ottomans, puis supplantée par Amman. C’est une ville bouillonnante et commerciale implantée sur quelques collines, enregistrée au patrimoine de l’UNESCO. Donc ça monte et ça descend. Beaucoup d’escaliers. Belles maisons ottomanes. Je monte déjeuner sur une belle terrasse avec vue imprenable sur la vieille ville. Il n’y a que des (jeunes) femmes, toutes voilées à la poupée russe (pas une mèche de cheveux visible), on n’a pas dû oser me le dire. Certaines fument la chicha. Un tout jeune couple cependant dans un coin, dans ma ligne de mire. Ils ont l’air amoureux à se regarder d’un air bête et rigoler d’un rien. Ils s’embrassent presque, my god ! Elle porte le voile comme les autres, ce n’est tout de même pas une dévergondée. Lui est sapé comme un kéké : capuche de sweat sur sa casquette et fausses raybans. Je vais me balader dans les ruelles encombrées de commerçants en tous genres. Très chouette. Et je rentre à Amman que j’irai visiter demain avant mon vol de retour.

C’était un chouette voyage, qui est passé rapidement. J’ai fait de belles rencontres. Les voyageurs rencontrés ont fait à peu près comme moi, une dizaine de jours. Cette durée est presque parfaite. J’aurais pu en ajouter quelques-uns pour fouiller au nord vers la frontière syrienne ou randonner dans la vallée de Dana. En tout cas, deux jours à Petra et deux jours au Wadi Rum, c’est ce qu’il faut. Et vraiment, aucun impact visible ou audible en ambiance sur les difficultés proches (Gaza, Israël, Liban, Syrie...)

BILAN
10 jours, 5 nuits à l'hôtel, 3 nuits hébergé par Astrid à Amman, 2 nuits dans le Wadi Rum
1.200 kms
350 photos, dont 130 sur Travelmap
Budget général :
Avion et parking aéroport : 340 €
Location voiture, essence : 360 €
Hôtel (5 nuits) : 210 €
Visa, visites, circuit : 230 €
Nourriture, divers : 440 €
Total 1.580 € (158 €/jour)

J’espère vous avoir bien transportés 😊