
Je loue ma maison 8 jours. Je dois partir. Normal. Non que ça m’enchante de voyager tout le temps ;), mais bon… C’est la vie
Un coup d’œil sur le site de Transavia et son catalogue de destinations. Plutôt le soleil, plutôt le sud. Le Maroc est une évidence. Agadir pourquoi pas. Y suis-je déjà allé d’ailleurs ? Combien le billet AR ? 230€ ? Qu’est-ce que ça doit être en haute saison. Je pianote mes dates et ma destination sur un comparateur. 100€ de moins sur la Royal Air Maroc. Vendu ! Petite valise cabine et petit sac à dos au-dessus.
J’expérimente le prolongement de la ligne 14 jusqu’à Orly. Enfin un transport public pour cet aéroport pratique depuis chez moi, et pas trop cher (13€). Terminal 4, j’aime bien. J'aime bien le Terminal 3 aussi. Les Terminaux 1 et 2 sont très bien également. En fait je les aime tous tant que je peux m'envoler. Des rigolos à la RAM, il faudrait venir au moins 4 heures avant le décollage. 1 heure trente sera largement suffisante. Durée du vol : 3h30. Peu avant l’atterrissage, survol de "champs" de serres, façon Espagne.

Sur le tarmac, un seul avion. Ryanair vomit ses passagers et ne tarde pas à en engloutir d’autres. Le temps, c’est de l’argent. Aéroport de taille tranquille, tout vite fait bien fait, carte SIM 10€. Le loueur de voiture m’attend à la sortie, le bureau est à courte distance. Location de la 208, 100€ pour 8 jours. A ce prix là, je prends l’assurance complète (50€), ce qui ne m’arrive jamais. Température extérieure : 28°.
Vingt minutes de trajet pour ma chambre dans un riad familial. Très jolie chambre aux murs vert turquoise, énorme portrait photographique en noir et blanc d’un noir du sud accroché à côté du lit. Il va bien veiller sur mon sommeil. Je dors comme un bébé. Le jeune couple qui tient le riad est adorable. Kenza est bien ronde, c’est pour dans une vingtaine de jours. Ils ne savent pas encore où madame va accoucher. Ils en sont encore à faire la tournée des cliniques pour comparer les prix, négocier… Le système, plus américain que français, n’est pas égalitaire. La question de la césarienne se pose avant l’accouchement. C’est le médecin qui décide (avant), c’est une question de budget !
La clientèle touristique est âgée. Je me fond facilement dans la foule. Certains résidents sont bien délabrés.

La plage est à dix minutes. Des grosses vagues comme sur toutes les plages de cette côte. Je me baigne. Je ne peux pas nager. Pas trop le loisir de tergiverser, on est vite aspergé et englouti. L’eau est bonne.
20 minutes à pied pour le souk Al Had en traversant le quartier populaire de l’Abattoir (qui existe en vrai). J’aime bien cette ambiance pittoresque, sans trop de charme pour les touristes. Pas de chichi. Ici c’est pas Versailles, ni Marrakech, ni Rabat, ni Fès, ni ni. Bien plus sympa (mon opinion) que les abords de mer pour touristes. Une petite fille qui sort de l’école me dit «Bijour». Ce souk est paraît-il le plus vaste d’Afrique. J’ai des doutes, mais c’est vrai qu’il est très grand. Les locaux y trouvent leur bonheur, constitué de fruits et légumes, de viande (bien s’accrocher les tripes à la vision des tripes supendues), de fripes… Le touriste trouve les t-shirts Ronaldo ou MBappé, les poteries marocaines vernissées, les baskets Nike et sacs Chanel, les montres dorées et l’huile d’Argan... nécessaires à sa survie.
Au dîner du soir : Seffa Medfouna poulet (petits vermicelles à la place de la semoule habituelle). Very good.

En 1960, gros gros tremblement de terre. Agadir est dévastée. Quick sous le earth quake. La vieille médina est détruite. Un projet de reconstruction de celle-ci voit le jour à quelques kilomètres au sud. Désillusion (mon opinion encore). C’est joli, c’est bien fait, mais n’ayant pas d’histoire ni d’utilité autre que d’abriter des petites boutiques d’artisanat, ça me laisse assez froid. Je pense à un village reconstitué au sein de Disneyland, l’animation en moins.
Pas loin, le Kasbat Souk est un regroupement d’artisans. Quelques vendeurs tentent, en pure perte, de m’intéresser à leurs étalages de babouches.
Le musée d’art (fermé le mardi) présente, sur deux étages, des peintures contemporaines inspirées de l'art traditionnel du temps des colonies. Pas mal.

Je snobe le port.
Agadir ne vaut pas les cités célèbres du Maroc en termes d’architecture, de charme, de quartiers, etc. La faute au séisme de 1960. 12-15.000 morts (plus du tiers de la population) et 25.000 blessés. Durée de la secousse : 15 secondes (seulement). Selon les quartiers, 60 à 95% des bâtiments détruits. La magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter est moyenne, mais l’épicentre placé sous la ville (construite alors sur une faille) explique l’immensité des dégâts. La ville a été reconstruite, ce qui explique son charme moyen. Le riad où je loge est l'un des trois bâtiments du quartier à ne pas avoir bougé. Ca s'est bien reconstruit autour de lui. En revanche, Agadir dispose d’un climat clément toute l’année. Et ça, c’est pas rien.
A Agadir, les petits taxis sont orange... et les petits poissons rouges :)
A Agadir aussi, on tend un peu la main...

Sur la route de Tiznit vers le sud, trépidante ville d’Inezgane et bifurcation à l’ouest pour retrouver la mer à Tifnit. Le village de pêcheurs (jolies photos vues sur Internet qui ont motivé mon détour) a été détruit récemment. Deux explications selon les sources : une grosse tempête ravageuse l’an passé ou la destruction en un jour par des industriels pour y construire une zone industrielle. Du village il ne reste rien, les bulldozers ont tout évacué, mais de zone industrielle il n’y a pas non plus. Il demeure, avant le village disparu, un bâtiment long et jaune canari en surplomb de la plage et des lourdes barques bleu foncé des pêcheurs. J’y déjeune longuement d’excellentes sardines avec un couple d’américains du Colorado, heureusement du « bon » bord, très sympas. Les oreilles de DT ont dû bien bourdonner. Le nom du resto ? "Chez Maxim's", trop la classe, on ne peut pas louper. Grâce à moi (et je bombe le torse), ils savent maintenant qu’il faut demander le prix avant de consommer. Là, ils se sont copieusement fait arnaquer. Baignade.

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Tout plein d'enseignes pensent à moi pour l'occasion et m'adressent leur message, Décathlon, Leroy Merlin, La Redoute... Je suis un peu affecté que La Redoute connaisse ma date de naissance et mon email. Bientôt une notification pour une promo sur les couches confort ? Aussi quelques musées... Tom m'appelle. Je suis sulku.

Retour sur la route principale et rebifurcation à droite jusqu'à Aglou, station balbéaire face au vent et aux grosses vagues. Attention baïns. Les marocains aiment se faire construire des cubes. Ca pousse comme des champignons. Toits terrasses tout plats. On ne s'embarrasse pas du degré de pluviométrie. Mais c'est le village des pêcheurs, à l'écart, qui est le plus intéressant. Maisons troglodytes. J'y déjeune d'une sole à la plancha. Top bon !

Plus loin c'est Mirfelt, gros bourg implanté sur des falaises. Grande et belle plage en contrebas. Rouleaux habituels. J'ai un grand appartement bien placé entre plage et centre ville pour moi tout seul (29€/nuit, ça va :). Au dîner du soir : tagine de dromadaire. Cela ressemble à du boeuf mijoté... façon tagine.

Une petite fille pouffe de rire parce que je prends une antique 4L en photo. Maroc, pays de la Renault reconditionnée ! Un vrai béguib pour les R12. Une future pouffiasse qui pouffe… Normal non ? Bon voilà, je viens de perdre la plupart de mes lectrices 😉 A propos des femmes, elles commencent à être enveloppées de tissus comme des poupées russes. Pendant ce temps-là, les hommes sirotent leur café en terrasse. Les jeunes sont en bermuda ou à mobylette.

20 kilomètres au sud, c’est la longue et belle plage de Legzira. Il ne fait pas très beau, il y a des rouleaux, je ne me baigne pô. Sur le côté sud, magnifique arche. On peut passer dessous à marée basse. Et quand la mer monte... j'ai honte :)

Je longe la mer jusqu’à Sidi Ifni. C’est l’entrée du Maroc espagnol. J’entends un peu parler espagnol, mais le français domine encore, tant dans la compréhension orale qu’en écriture (panneaux, menus…). Sidi Ifni, toute blanche, semble assoupie comme dans un bout de monde. En face, ce sont les Canaries. Je déjeune d’un plat de sardines grillées dans le petit marché. Dans des cages engorgées, les galinacés caquètent à gorge déployée en attendant que le gros Georges veuille bien les égorger. Réflexion du jour : y a-t-il, sur notre planète, quelque endroit où les poules meurent de vieillesse ? Quelques femmes très voilées maintenant.
Je quitte la mer pour l’intérieur du pays. Petites collines et décor de far-west jusqu’à Guelmim. Une heure de voiture. Quelques hameaux jolis de loin, maisons et mosquée de rigueur dans un camaïeu de rose.

En revanche, Guelmim est résolument ocre. Une seule référence de pantone admise ! Le quartier des souks est légèrement différent. Ca tend vers le rose. Très pittoresque. J’arrive après la bataille… ou avant la réouverture du jour. Pâtés et rues bordés d’arcades qui ombragent les boutiques. Impression de ville fantôme à l'heure chaude. J’en parcoure à peine 10%. Je fatigue et j’en ai déjà pris plein les yeux. C’est que j’ai encore de la route à faire.

Je remonte vers le nord. Direction Tiznit. Grande route 2x2 voies où j’avale les 100 kms à la vitesse d’une fusée (au moins 100 km/h). Je passe deux nuits dans le plus grand hôtel de la ville. Moderne, moins de charme qu’un riad, plus conventionnel, mais grand confort et grande chambre. Grande piscine aussi. 50€/nuit, petit déjeuner (pantagruélique) compris. Prix d’ami. Dîner le soir « à l’ombre du figuier » (nom du resto, dans la médina) d’une brochette de dinde. Cadre excellent, nourriture itou.

L’intérêt principal de Tiznit est sa médina insérée dans un ensemble de murailles de couleur orange, ocre ou saumon fumé, selon la lumière. On ne se perd pas dans cette médina à taille humaine. Rien à voir avec les médinas « touristiques » de Marrakech, Rabat et consœurs. L’intérêt secondaire est la proximité de la mer (15 kms) pour aller manger un bon poisson au bord de l’eau et piquer une tête.

Superbe route vers Tafraoute, une centaine de kilomètres à l’est Début des montagnes de l’Atlas. Aride mais superbe. Je longe des oueds asséchés, croise des douars clairsemés, photographie des dars abandonnés… Je fais des coucou-mains, balance quelques salams et reçoit des alaiqums. Et je file dare-dare dans la montagne. Peu avant l’arrivée, un site étonnant : les rochers peints. Un belge a peint une série de rochers ronds à l’écart de tout, il y a une quarantaine d’années. Majorité de bleu, mais aussi du rose et du jaune. Des marocains prennent le relais pour l’entretien. Quelques abrutis sont venus inscrire en grand le nom de leur bien-aimée. Très bel effet… et surprise. C’est du Land Art.

Tafraoute est un gros bourg de l’Atlas de plus de 6.000 habitants, à 1.000 m d’altitude, ceint de montagnes magnifiques au coucher du soleil. Il y a de la vie dans la vieille ville, souks et marché de rigueur. De très belles petites portes en fer magnifiées par la couleur des murs, eux-mêmes sublimés par la lumière joliment filtrée grâce à l’air purifié 😊. Bonne nuit dans une chambre correcte à l’hôtel Arganier (22€ avec petit dej). L’arganier est l’arbre dont le fruit est l’argan, avec lequel on produit la fameuse huile d’argan. Petit déjeuner magique face aux montagnes bien illuminées.

Il y a en ce moment des heurts sérieux au Maroc. La Gen Z 212 est un collectif créé il y a quelques mois, qui manifeste pour des réformes pour de meilleurs services de santé et d’éducation. Pourquoi « 212 » ? 212 est l’indicatif téléphonique du Maroc. En exergue, c’est une lutte contre les inégalités sociales et la corruption. Le roi n’est évidemment pas attaqué, mais il lui est demandé de dissoudre le gouvernement responsable de l’inaction. Il y a eu récemment deux morts parmi les manifestants près d’Agadir. Au calme de mon petit déjeuner et de mes déambulations sereines, je suis à l’écart de tout ce bruit. Là où le voyageur hédoniste, voire épicurien, ressent parfois quelques scrupules et sa part d’irresponsabilité et de lâcheté. Ceci dit, je n’aurais pas été au courant sans quelques notifications Internet. Et si en France on demandait à Macron de dissoudre le gouvernement, hein ? Comment ? Ah bon ? Il n’y a toujours pas de gouvernement en France ? Mais que fait le… gouvernement !!! Ah en fait si, il y a un nouveau gouvernement ? Mais c'est le même ? Ah bon ! Et puis il n'y en a plus encore ?!? Je vais me recoucher...

Nous sommes dimanche et, comme je ne suis pas un fou de la messe (contrepèterie), surtout au Maroc, je reprends ma balade. Direction Taroudant vers le nord, ce qui va achever ma boucle. Trois heures de route montagneuse magnifique. Sinueuse. Ceux qui n’aiment pas la couleur marron préféreront un circuit en Normandie. Des hameaux et villages perdus là, sans doute parce qu’il y a de l’eau. Quand tu vis là tu n’as pas d’autre espoir que d’y mourir ! Beaucoup de maisons de pierre sont écroulées. Les gens préfèrent construire à côté plutôt que remonter les murs.

Taroudant est une ville de 92.000 habitants aux portes du désert et des montagnes. En revanche, c’est tout plat jusqu’à la mer. Agadir est à 80 kms. Je boucle la boucle. C’est une ville dans son jus dont l’intérêt principal touristique (outre ses souks authentiques) est son enceinte de magnifiques remparts en pisé. Par endroit, ce pourrait être restauré. De plus en plus, à l’instar de Marrakech et Essaouira, des Européens acquièrent des riads qu’ils restaurent pour leur propre utilité et/ou pour mettre en location temporaire. C’est dans l’un d’eux que je m’héberge, le Riad Dar Laure, petit bijou dans un quartier qui l’est un peu moins. Parfois les riads sont engoncés au milieu d’autres bâtisses, construits sur deux ou trois étages autour d’un patio qui voit rarement la lumière. Ce n’est pas le cas ici. L’ensemble est vaste, petite piscine top qui fait du bien (il fait chaud à Taroudant) et grande chambre en enfilade donnant sur une vaste cour à l’étage. 40€/nuit avec le petit déj. J’ai le riad pour moi tout seul et suis choyé par Najiba qui passe de temps en temps. Les propriétaires viennent du Nord de la France.

Heureusement Taroudant ne va pas pâtir des dégâts de masse touristique comme Marrakech ou Essaouira. Taroudant n’a pas de mer ni d’histoire particulière à offrir. D’un certain côté, ça me déçoit un peu, heureusement que je suis super bien hébergé. Par petites touches, je vais ressentir la ville et finalement y trouver mon compte sur les terrasses où bouillonne la testostérone. Et puis quelques belles photos et surprenantes scènes dans le vieux souk suffisent à mon bonheur. Souks tranquilles où on ne t’embête pas et se préoccupe pas non plus du plaisir de tes yeux. J’achète des dattes medjouls, les meilleures. 60 dirhams (6,50€) le kilo.

Je pars déjeuner dans une oasis à une trentaine de kilomètres de Taroudant. Tioute. Superbe et vaste palmeraie. Maroc profond. Au restaurant que j’avais prévu, on me dit qu’il faut commander, il n’y a personne, mais il faut compter une heure d’attente. Je me rabat sur un sandwich poulet, qui ressemble à un panini, dans un café, au son des clameurs d’un match de foot retransmis, comme c’est partout au Maroc, clientèle mâle oblige. Une des sept plaies du Maroc, ce sont les chats larmoyants aux terrasses des restaurants. Je n’ai pas encore détecté les six autres. Retour au riad. Je profite de la piscine, m’accorde une sieste d’été. Le chat est dépité de regarder une petite tortue manger dans son écuelle. Il n’intervient pas. Je termine mon écriture. Un peu de lecture. Re piscine. Bientôt le départ.

Ce circuit, très chouette et varié, entre mer et montagne, (très) léger tourisme et Maroc profond, s’adresse aux personnes qui sont déjà venues au Maroc. Un peu comme le Rajasthan en Inde, il y a les incontournables. Marrakech, Fès, Rabat… et après on approfondit. En général bien logé, il y a l’embarras du choix, notamment en cette saison où il n’est pas utile de réserver à l’avance. Très bien mangé en général, bien qu’à la longue, tajine, couscous et brochettes, ça va bien 😊

Longueur du circuit : 900 kms
Photos : 330 photos (dont 170 sur Travelmap)
Livres lus :
- Fin du livre d’Olivier Norek, « Surface », récemment librement adapté en micro-série sur France TV
- « The black loch » de Peter May, toujours aussi prenant
- Début du livre « Chien 51 » de Laurent Gaudé, à l’écriture toujours extraordinaire. Un film librement adapté du bouquin sort le 14 octobre (Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos, Romain Duris…)
Je recommande les trois. C'est du polar très bien fait et de l'anticipation pour le dernier.
Budget général :
Avion et transports aéroports : 200 €
Location voiture, essence : 200 €
Hôtel (8 nuits) : 280 € (35 €/nuit)
Nourriture, divers : 200 €
Total : 900 € (110 €/jour)
J’espère vous avoir bien transportés 😊
